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Notre classe

Manif 16 juin

Toulouse : 20 000 manifestants pour la santé publique malgré la répression !

Ce mardi, 20 000 manifestants sont descendus dans les rues de Toulouse pour défendre l'hôpital public. Parmi eux, de nombreux soignants mais aussi des soutiens et des salariés d'autres secteurs : enseignants, travailleurs de l'aéronautique et notamment de Derichebourg, travailleurs sociaux, collectif féministe, Gilets Jaunes...

mardi 16 juin

L’appel du 16 juin, première manifestation nationale post-confinement appelée par les travailleurs de la santé, a été massivement suivie sur l’ensemble du territoire. À Toulouse, le rassemblement a également été une réussite. Selon la CGT, 20 000 personnes ont répondu à l’appel. Une expression de la colère profonde qu’il y a aujourd’hui chez le personnel hospitalier et parmi la population.

En effet, de nombreux soignants sont venus dénoncer la casse de l’hôpital public, en marche depuis plusieurs années, ainsi que les conditions de travail dans lesquels ils exercent leur métier, entre manque de moyens humains et matériels. La responsabilité du gouvernement dans cette casse de l’hôpital public, mais aussi dans la gestion catastrophique de la crise sanitaire, était largement pointée du doigt : « Nous avons travaillé sans rien, ni protections, ni personnels  » ont dénoncé Caroline - infirmière libérale dans le secteur rural, et Thierry - aide soignant en service de réanimation. Ajoutant que le « ras le bol général dure depuis des années », mais que « le covid a accéléré le mal être des soignants ».

Ils montrent par là que le problème que dénoncent les hospitaliers est structurel et résulte d’années de politiques néolibérales et austéritaires visant à casser l’hôpital public. Politiques orchestrées le gouvernement de Macron et ses prédécesseurs, à travers des baisses de moyens, des suppressions de lits, d’hôpitaux...

La politique actuelle du gouvernement a également été dénoncée, à savoir tenter de canaliser la colère des soignants à coups d’effets d’annoncee, de médailles et de primes ridicules versées au compte goutte avec des montants différents pour diviser les travailleurs, sans réel plan pour pallier aux problèmes structurels de l’hôpital public.

Devant l’hôpital La Grave, après avoir réclamé la démission de Macron et d’Olivier Véran, des soignants ont déchiré leurs chèques-vacances pour symboliser qu’ils ne se contenteront pas des miettes qu’on leur jette.

Concernant le Ségur de la santé, ce dernier a l’air effectivement de peu convaincre les soignants. Caroline, infirmière libérale, a dénoncé son caractère antidémocratique : « Tous les représentants ne sont pas là, ce sont les grands pontes qui vont décider à la place de tout le monde ». En effet, le Ségur de la santé apparaît comme un moyen du gouvernement visant à calmer la gronde plutôt qu’un réel plan qui prenne en compte les revendications et besoins des personnels de santé et des usagers.

Après avoir dénoncé le « mépris du gouvernement » à l’égard des soignants, Grégory, infirmier en bloc opératoire et porte parole du collectif Inter-Blocs, a affirmé quant à lui que le Ségur : « a l’air plutôt d’une grande mascarade que d’un vrai plan de santé pour les soignants et le système de santé ». Il dénonce « une grande représentation théâtrale », expliquant qu’il n’y a « pas de moyens qui vont être alloués pour les soignants et la revalorisation salariale » à l’heure où les soignants demandent plus de moyens pour l’hôpital afin de pouvoir soigner correctement la population.

D’ailleurs, le discoursdes soignants aujourd’hui était également d’affirmer qu’ils se mobilisaient pour l’ensemble de la population et des usagers, qui sont concernés directement par la casse de l’hôpital public comme l’a montré dramatiquement la crise sanitaire. Certaines conséquences de cette casse systématique, à commencer par la surmortalité, auraient pu être évitées si le système de santé n’avait pas été précarisé par les politiques gouvernementales.

La crise sanitaire, avec le Covid, a justement montré que ce sont les travailleurs qui font tourner les industries, les services et la santé. Elle a mis en lumière que ce sont eux qui font tourner la société, montrant la nécessité de se battre pour l’hôpital. Ainsi, après les applaudissements à 20 heures, nombreux sont ceux qui ont répondu à l’appel des personnels de santé.

Travailleurs de l’aéronautique, enseignants, travailleurs sociaux, intermittents du spectacle, collectifs de chômeurs, de sans papiers, féministes comme Toutes en grève, étudiants et personnels de l’Enseignement Supérieur : nombreux sont les secteurs qui ont répondu à l’appel. Une convergence plus que nécessaire pour faire plier le gouvernement, d’autant plus à l’aune de la crise économique qui se profile et qui va précariser notre classe encore davantage.

En ce sens, les travailleurs de Derichebourg Aéronautics étaient présents. Ils se sont justement battus ces dernières semaines contre les premiers effets de la crise économique, à savoir un Accord de Performance Collective qui va attaquer leurs salaires. Ils ont tout d’abord manifesté leur soutien aux blouses blanches, comme le dit Romain : « Soutien aux blouses blanches. Nous aussi on nous prend pour des pansements, nous aussi on était en première ligne pour fabriquer des avions qui ne volaient pas, et aujourd’hui on est remercié avec un APC ».

D’autres collègues à lui, comme Seif et Nathanaël, ont souligné le danger de l’APC :« Ce n’est pas aux salariés de payer la crise. On ne négocie pas le poids des chaînes. C’est ce qu’il s’est passé chez nous. Il ne faut pas que ça se passe ailleurs », déclare Seif. Nathanaël a envoyé un message à tous les travailleurs de l’aéronautique pour alerter des conséquences de la crise.

Parmi les autres secteurs, de nombreux enseignants étaient également au rendez-vous. Suite à leur rassemblement organisé au rectorat de Toulouse mercredi dernier, plusieurs appels avaient en effet circulé pour rejoindre les soignants, à l’heure où l’attaque contre les services publics est généralisée. Ainsi, Diane, enseignante et militante au NPA/Révolution Permanente fait le lien entre ces deux secteurs : « En tant que fonctionnaire, je me sens aussi solidaire de leur lutte car les restrictions budgétaires, les suppressions de postes qu’ils vivent à l’hôpital c’est aussi quelque chose qu’on vit dans l’Éducation Nationale ».

Elle souligne, tout comme Seif, que « ce n’est pas aux travailleurs de payer la crise ». Or, c’est bel et bien la politique que mènent le patronat et le gouvernement, que ce soit à l’égard des travailleurs du privé ou de ceux du public, bien que cela s’exprime différemment.

La manifestation s’est terminée sous les gaz et les offensives des CRS. Après les médailles et les discours de reconnaissance hypocrites, le gouvernement envoie une fois de plus sa police pour réprimer les soignants et tous les autres travailleurs et jeunes qui se battent à leurs côtés. Une fin de manif qui illustre une nouvelle fois le mépris du gouvernement envers les soignants et tous les travailleurs qui ont été en première ligne dans la gestion de la crise sanitaire. Ce sont pourtant eux qui ont fait tourner la société lors de la crise, qui ont risqué leur vie, que le gouvernement aimait à appeler « les héros », mais qu’il n’hésite pas à réprimer aujourd’hui. Un mépris qui a été justement dénoncé par les soignants comme on le voit dans les interviews.

Cependant, la journée d’aujourd’hui et son ampleur montre que leur détermination à obtenir ce qu’ils exigent est forte : « Si le gouvernement ne nous entends pas, on va devoir durcir le mouvement » nous disait Grégory. Il faudra continuer à se battre à leurs côtés.




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