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Société

Gestion coloniale de la crise sanitaire

VIDEO. Grenades, bombes lacrymogènes et chien policier lâché contre des carnavaliers en Guyane

Le 10 janvier, quelques dizaines de personnes ont défilé dans les rues de Cayenne à l’occasion du Carnaval. Des grenades ont été utilisées, et un chien policier a été lancé sur les personnes rassemblées blessant un carnavalier.

mercredi 13 janvier

Crédit photo : Vidéo twitter Anonyme Citoyen

Dans une vidéo circulant sur Twitter on voit des policiers projeter du gaz lacrymogène au visage des manifestants. Un important dispositif a ainsi été mis en place pour une dizaine de personnes rassemblées. Les forces de l’ordre n’ont pas hésité à user de la force et de leur matériel répressif. Des grenades lacrymogènes ont été lancées et des gazeuses ont été utilisées. Un chien policier a même été lancé sur un carnavalier qui s’en est trouvé blessé.

Une gestion coloniale de la crise sanitaire dans les territoires ultra-marins :

Cet usage des forces de répression dans les territoires ultra-marins n’est pas nouveau. Il est directement hérité de l’époque coloniale durant laquelle ces territoires ont été de véritables zones d’expérimentation des méthodes de maintien de l’ordre.

Ces violences policières s’inscrivent de plus dans le contexte d’une gestion calamiteuse de la crise dans les départements d’outre-mer. Une gestion qui a démontré une fois de plus la volonté de l’État français de préserver ses intérêts impérialistes et capitalistes au mépris de la santé des populations des territoires ultra-marins.

En effet, la gestion de la crise sanitaire n’a été absolument pas adaptée à la réalité de l’épidémie sur le territoire guyanais. La Guyane a été confinée au même moment que la France bien que la situation sanitaire de ce territoire d’outre-mer n’était pas comparable : Seulement 10 cas au moment du confinement en Guyane, nombre qui a été multiplié par 15 au moment du déconfinement, en très grande partie à cause d’un cluster brésilien important situé dans une ville frontalière. La naissance de ce cluster géant est une conséquence directe de la gestion catastrophique de la crise sanitaire du président brésilien, Bolsonaro, ce qui a provoqué la large propagation du virus au sein du territoire guyanais.

Cette gestion désastreuse de la crise dans les territoires ultra-marins peut s’expliquer par le fait que l’État français a préféré préserver des intérêts économiques clairs au détriment de la santé de la population guyanaise. En effet, la Guyane est la base centrale des opérations de lancements de fusées spatiales de la France. Or, la crise sanitaire a provoqué la suspension de l’activité du centre spatial guyanais et suspendu de nombreux vols. Les autorités se sont donc empressées de déconfiner afin de permettre le lancement de quelques vols alors même que l’épidémie se propageait à vitesse grand V. Démontrant ainsi la volonté de l’État de défendre ses intérêts coloniaux dans les territoires ultra-marins.

Karine Lacombe, professeure à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, a exprimé le souhait d’ouvrir un centre d’expérimentation thérapeutique en Guyane. Cela a été accueilli de manière hostile par la population guyanaise qui a eu le sentiment de faire office de “rats de
laboratoires”. Ressentiment légitime puisque l’utilisation des populations afro-descendantes à des fins d’essais cliniques ne date pas d’aujourd’hui et est directement liée à l’histoire
coloniale de la France.

Une défaillance des services publics flagrante dans les départements d’outre-mer :

Si la casse des services publics touche le territoire hexagonal de manière conséquente, elle est encore plus flagrante dans les territoires ultra-marins, notamment en Guyane, où 60%
de la population a un revenu inférieur au seuil de pauvreté français. Cette politique de L’État de casse des services publics est encore plus flagrante dans le domaine de la santé où le nombre de lits de réanimation en Guyane est 3 à 4 fois inférieur à celui de la France métropolitaine.

Les territoires ultra-marins de manière générale font face à des problématiques sanitaires considérables. En effet, selon l’agence Santé publique, en Guadeloupe et en Martinique, 90% des adultes auraient été contaminés par le chlordécone. Ce pesticide contaminant les aliments et l’eau serait à l’origine de graves problèmes de santé tels que le cancer de la prostate.

Dans le domaine de l’éducation, le constat est également alarmant, 17% des jeunes des territoires d’outre-mer sont illettrés contre seulement 3,6% en métropole.

Dans ce contexte, il est donc urgent de dénoncer et de condamner ces violences policières racistes et colonialistes dans les territoires ultra-marins mais également d’exiger plus de moyens pour les services publics.




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