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Monde

Les marchés à sec de cash ?

Vers un krach boursier d’ampleur : ce que dit l’injection massive de liquidités de la FED

Fin septembre, la banque fédérale américaine (FED) a, dans la panique, injecté près de 300 milliards de dollars en 4 jours... et dans la même semaine. Un signal rouge, qui témoigne de l'instabilité croissante de l'économie mondiale.

vendredi 11 octobre

Rares sont les économistes, même les plus libéraux, à écarter le scénario d’une crise économique d’ampleur mondiale dans la période à venir. Tout au mieux, les plus optimistes prévoient une année 2020 de maintien d’un « entre-deux » des contradictions, sans s’aventurer à parler d’une stagnation qui se maintiendrait sur un temps long.

Au cœur de l’été, fin juillet, les marchés s’étaient affolés suite à l’annonce surprise de la baisse des taux d’intérêt de la FED, une première depuis plus de 11 ans. Une manœuvre qui en disait long sur la nature de la croissance américaine, qui stagne depuis près d’une décennie aux alentours des 2%, mais aussi européenne (là aussi stagnante, autours des 1,5%) : c’est bien la mise sous perfusion de l’économie depuis des années, pour maintenir artificiellement une croissance même faible, qui atteint ses limites et nécessite, pour éviter la banqueroute, un abaissement des taux d’intérêt pour favoriser l’emprunt.

Une injection de liquidité massive de la FED ... car le secteur financier serait « à sec » !

Fin septembre, c’est au tour de la FED de s’affoler. En quatre jours, ce sont plus de 270 milliards de dollars qui sont injectés en urgence sur les marchés. La raison ? Le marché serait « à sec de cash », ouvrant le scénario d’un krach boursier immédiat. Une situation qui dévoile une grande contradiction, au vu de la quantité de liquidités injectées sur les marchés pour les maintenir à flot depuis la crise de 2008. Pour la seule banque centrale européenne (BCE), de 2011 à 2017, ce sont pas moins de 4 000 milliards d’euros qui ont artificiellement été injectés dans l’économie !

Dans l’article La crise financière qui vient paru dans Les Echos ce 4 octobre, Olivier Klein et Eric Lombard expliquent : « On peut identifier aujourd’hui très clairement les signes annonciateurs d’un cycle financier qui mûrit, conduisant tôt ou tard au retour d’une potentielle crise systémique. En effet, l’installation de taux trop bas - des taux d’intérêt nominaux largement inférieurs aux taux de croissance nominaux - sur une trop longue durée crée un cercle vicieux. Les acteurs économiques sont, de ce fait, incités à encore plus s’endetter au lieu de se désendetter, ce qui rend de plus en plus difficile la remontée des taux ».

Non sans ironie, ce sont donc les très faibles taux d’intérêt permettant, dans une forme d’entre deux instable, d’éviter temporairement la banqueroute, qui aggrave la situation sur le plus long terme. En effet, l’instabilité est telle que, pour accroître leurs profits, les agents financiers se tournent vers l’emprunt, dans des « paris » sans cesse plus risqués, reproduisant de ce fait le scénario pré-2008. L’effet pervers, c’est que la quasi-totalité de la monnaie injectée est, de fait, placée sur des actifs financiers et dans des montages rappelant les fameux CDO de la crise des subprimes, retirés des marchés de « l’économie réelle » pour alimenter la sphère financière.

Les bulles spéculatives sont là ... et l’explosion est proche !

Dans ce contexte, le scénario de formation de nouvelles bulles spéculatives s’est démultiplié, et n’a jamais vraiment cessé depuis la crise de 2008. On retrouve ainsi de nouvelles bulles (à nouveau...) dans le secteur de l’immobilier, mais aussi dans d’autres secteurs. Ainsi, la part grandissante de l’insolvabilité des prêts étudiants aux États-Unis nourrit les inquiétudes. La politique de Trump de baisse des impôts et de rachats d’actions a aussi exacerbé la déconnexion entre l’économie réelle et les marchés financiers. Selon un article de Capital paru en février dernier, « près de 500 milliards de dollars de trésorerie reviennent sur le sol américain en 2018. Et les entreprises se mettent à racheter leurs propres actions - à l’instar d’Apple - ce qui a pour effet d’augmenter les bénéfices par action et de soutenir les cours », le tout sous-tendu, toujours, par une économie sous perfusion.

Olivier Klein et Eric Lombard s’interrogent : « Quels seraient alors les facteurs qui pourraient faire éclater la bulle ? » Et d’apporter dans la foulée des éléments de réponse : « Un ralentissement fort de la croissance, dû au cycle de l’investissement ou à des crises géopolitiques, provoquerait une baisse des recettes, privées ou publiques, donc rendrait plus difficile le remboursement de la dette et compromettrait la valeur des placements ». Et aujourd’hui, le « décalage » entre économie réelle et marché financier est quasiment... le double qu’en 2008, ce qui donne une idée de l’ampleur qu’aurait une nouvelle crise qui semble de plus en plus probable.

Les éléments d’instabilités géopolitiques ayant des impacts immédiats sur la situation économique sont par ailleurs déjà présents. Prenons deux exemples récents. La défaite de Macri, candidat du FMI et de Washington aux élections présidentielles à venir en Argentine, aura eu un impact immédiat sur l’économie du pays, qui est au bord de la débâcle. Plus récemment encore, le raid Houstis, groupe rebelle yemenite allié de l’Iran, sur les installations pétrolières saoudiennes, allié des Etats-Unis, mi-septembre n’aura pas manqué d’avoir des impacts immédiats sur le marché des énergies fossiles, et de susciter une forte inquiétude sur l’ensemble des marchés.

Refuser la « socialisation des pertes » et l’explosion des dettes publiques : La nécessité d’une alternative de classe à leur monde de crises et de misères

Le scénario d’une nouvelle crise supérieure à 2008 peut-il amener à une récession généralisée ? Rien ne permet, aujourd’hui, de valider ou d’invalider cette hypothèse. Ce qui apparaît comme de plus en plus inéluctable, c’est bel et bien qu’une nouvelle crise financière et économique va éclater dans la période à venir, sans doute à court terme.

Cela veut-il dire que « l’effondrement total » du système est à l’ordre du jour ? L’Histoire, y compris récente, nous indique clairement que non. Selon la doctrine « privatisation des profits, socialisation des pertes », il est clair que tout sera mis en œuvre pour sauvegarder le système bancaire, monétaire et, plus largement, l’ensemble du système économique. La conséquence directe, comme en 2008, se matérialisera par une explosion de la dette publique, ce qui amènera à une nouvelle cure d’austérité, de licenciements massifs, de privatisation des services publics et d’attaques en tout genre contre les travailleurs, la jeunesse et les classes populaires pour payer la crise.

Face à ce monde de crises et de misères qui nous est promis, c’est sur le terrain de la lutte des classes qu’il est possible de changer la donne, en exigeant la préservation des emplois et de l’ensemble des épargnes, la réduction du temps de travail jusqu’à éradication du chômage, l’augmentation générale des salaires et des pensions ou bien encore le maintien du système des retraites, avec départ à 60 ans sans annuités (et à 55ans pour les ouvriers). Un tel programme, porté par un mouvement de masse, pourrait ouvrir la voie à une alternative de société, contre toute forme d’exploitation, d’oppression et dans le respect de l’environnement, porté par l’ensemble des exploités et des opprimés.

Crédit photo : Shutterstock/economiematin




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