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Politique

Gestion autoritaire de la crise

Voyageurs retenus à Roissy. Une gestion "indigne et dangereuse" qui vire au cluster

Aujourd’hui ce sont environ 130 personnes enfermées dans "zone d’attente" de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle dans des conditions sanitaires désastreuses. Face à la menace d’un cluster et la mise en danger des personnes enfermées et du personnel, la Croix-Rouge et l’Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers ont décidé de se retirer et de dénoncer ce scandale.

vendredi 30 avril

Crédit photo : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Situé derrière la zone de décollage du terminal 2 de l’aéroport de Roissy, dans une zone de fret désertique, se trouve la zone d’attente pour personnes en instance (Zapi), où sont maintenus environ 130 personnes, demandeurs d’asiles ou en transit. Depuis l’explosion de la situation sanitaire en Inde, les ressortissants du pays sont également retenus là-bas, 85 Indiens en transit y ont passés plusieurs jours récemment, dans un centre fermé, sans aucune aération ou distanciation possible. Après le droit de retrait des salariés de la Croix-Rouge, c’est l’association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé) qui a suspendu sa mission d’accompagnement juridique pour protester contre le traitement réservé aux personnes enfermées et pour protéger ses salariés et bénévoles.

Avant le covid, le centre affichait une capacité de 157 personnes, jauges qui n’a pas été revu et se voit aujourd’hui quasiment atteinte. Les conditions sanitaires sont désastreuses : aucune aération est possible, les couloirs sont exigus, les chambres sont partagées et il n’y a aucune désinfection des locaux ni de savon et gel hydroalcoolique disponible à libre service. Selon un communiqué de l’association Anafé « au cours des audiences sont parfois révélés des cas positifs de covid-19 : ces personnes sont ensuite reconduite en ZAPI une fois l’audience terminée  ». A l’heure où Castex annonce une « bataille contre les nouveaux variants », la gestion sanitaire de cette zone laisse planer un sérieux doute. Au contraire, les institutions de l’État choisissent d’enfermer et de mettre en danger la vie des migrants et des personnels, au dépens de la santé publique, laissant circuler librement le virus.

L’inquiétude provient surtout du variant provenant d’Inde, d’où viennent la plupart des retenus à la Zapi de Roissy. Résultat de la géopolitique des vaccins, la catastrophe sanitaire et économique qui sévissent les pays comme l’Inde est une catastrophe pour ses habitants, qui font face au manque de lits, d’oxygène, de médicaments et de vaccins, malgré le fait que ce soit le pays reconnu comme le plus grand producteur des vaccins.

En effet, si aujourd’hui l’Inde est plongée dans une catastrophe sanitaire sans précédents, le gouvernement d’extrême-droite indien a certainement joué un grand rôle, mais il faut également voir le rôle des grandes puissances internationales, qui s’accaparent les vaccins et la propriété privée des brevets de ceux-ci. En ce sens, la pandémie ne pourra pas être stoppée par la fermeture des frontières ou par le renforcement des protocoles envers les ressortissants des pays les plus touchés par le covid-19. Pour répondre à l’urgence de la pandémie, il faut immédiatement la levée des brevets et la nationalisation des industries pharmaceutiques sur contrôle ouvrier, pour garantir le vaccin et des médicaments pour toutes et tous. Mais aussi, contre la gestion répressive des frontières et alors que les migrants sont plus vulnérables face au virus de par les traitements qui leur sont infligés, il faut exiger la régularisation immédiate de tous les sans-papiers, et un accueil digne avec un accès aux soins égal, plus urgent que jamais dans la période.




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