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Empire colonial

« Rideau de fer maritime », expulsions massives : à Mayotte, le gouvernement prépare l’acte II de Wuambushu

La ministre déléguée chargée des Outre-Mer Marie Guévenoux a confirmé le lancement dans les prochains jours de l’opération Wuambushu 2 et de l’évacuation du stade Cavani à Mayotte. Une manière pour le gouvernement de répondre au mouvement en cours sur l’île tout en prolongeant sa surenchère raciste et ses offensives anti-immigrés.

Maëva Amir

22 février

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« Rideau de fer maritime », expulsions massives : à Mayotte, le gouvernement prépare l'acte II de Wuambushu

Crédits : Policiers de la CRS8 à Mayotte / Vidéo AFP

Lundi 19 février, la ministre déléguée chargée des Outre-Mer Marie Guévenoux a confirmé à différents élus mahorais aux premiers rangs desquels Estelle Youssouffa et Mansour Kamardine ou encore le président du Conseil départemental de Mayotte Ben Issa Ousseni le lancement de l’opération Wuambushu 2 et l’évacuation du stade Cavani « dans les prochains jours ». Ces annonces ont été faites en présence du nouveau préfet de Mayotte François Xavier-Beauville qui prendra ses fonctions le 24 février prochain pour appliquer le plan d’urgence ultra sécuritaire du gouvernement prévu pour l’île.

L’objectif de ces annonces est clair : mettre fin au mouvement actuel dirigé par le collectif d’habitants « Forces vives » qui paralyse l’île depuis plusieurs semaines et dont certains secteurs du patronat local, dont la présidente du Medef de Mayotte, commencent à s’inquiéter. En effet, depuis plusieurs semaines en réponse à l’installation d’un camp de migrants originaires d’Afrique de l’Est dans le stade Cavani des collectifs d’habitants ont dressé des barrages pour revendiquer l’instauration d’un état d’urgence sécuritaire sur l’île, le démantèlement des camps de migrants et leur expulsion systématique du territoire. Ces revendications sont largement relayées par les élus mahorais qui reprennent les arguments de l’extrême droite visant à criminaliser les immigrés les rendant responsable de tous les maux de l’île.

En confirmant le lancement d’une deuxième opération Wuambushu la ministre Marie Guévenoux reprend les annonces du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin du dimanche 11 février. Ces dernières contenaient plusieurs volets annonçant une offensive d’une ampleur inédite : fin du droit du sol, fin des titres de séjour territorialisés, création d’un « rideau de fer maritime » et enfin annonce d’un deuxième acte de Wuambushu.

Si les contours exacts de l’opération n’ont pas encore été annoncés, dans une lettre à destination des Forces vives du 14 février dernier, Gérald Darmanin assurait sa détermination à aller encore plus loin et revendiquait le bilan de la première opération Wuambushu lancée il y a près d’un an. S’appuyant sur la nouvelle loi immigration votée en janvier dernier, il a confirmé l’application de la restriction du regroupement familial à Mayotte. La situation à Mayotte sert donc de tremplin au gouvernement pour légitimer le passage de sa dernière loi immigration tout en prolongeant l’offensive avec l’annonce d’un projet de « loi d’urgence » pour Mayotte qui sera présenté en Conseil des Ministres le 22 mai prochain.

Pourtant, malgré des annonces qui vont largement dans le sens des revendications des collectifs d’habitants, la situation est loin d’être apaisée sur l’île puisqu’une partie des habitants refusent de lever les barrages. En effet, dans une surenchère xénophobe, certains estiment que les propositions du gouvernement ne vont pas assez loin et réclament l’instauration d’un État d’urgence sécuritaire assurant que « la sécurité a toujours été la première revendication de la base ». Cette revendication est largement soutenue par la députée Estelle Youssouffa mais également par Eric Ciotti, président des Républicains qui, se faisant le relais du député LR Mansour Kamaradine, somme Emmanuel Macron de « déclarer l’état d’urgence à Mayotte ».

Face au bilan mitigé de l’acte I, le gouvernement veut prendre sa revanche avec l’acte II de Wuambushu

Dans cette surenchère constante, le gouvernement continue de revendiquer le bilan de la première opération Wuambushu, véritable opération militaro-policière qui avait vu débarquer des renforts policiers inédits depuis l’hexagone pour procéder à des expulsions massives et à des destructions de bidonvilles. Ces renforts n’avaient pas tardé dès leur arrivée à tirer à balles réelles sur des jeunes, provoquant au moins un blessé.

L’opération connaissait pourtant un début mitigé en avril avec l’interdiction par le juge des référés de la destruction d’un bidonville et le refus par les Comores d’accepter les reconduits. Le gouvernement s’était alors concentré sur la traque des jeunes dits « délinquants » se vantant régulièrement d’avoir interpellé 47 soi-disant « chefs de bandes » et plus de 600 autres. Des chiffres à contextualiser dans la politique violente que mène la France contre les enfants sur l’île avec 2905 enfants dans les centres de rétention administrative à Mayotte en 2022.

Finalement, malgré des conséquences catastrophiques sur place et une opération aux allures militaires, on est loin des 10% de destruction de l’habitat informel de l’île annoncé et de l’expulsion de près de 24 000 personnes. Avec la préparation d’une nouvelle opération Wuambushu, le gouvernement semble vouloir prendre une revanche pour atteindre les objectifs réactionnaires visés lors de l’opération de l’année dernière, en allant encore plus loin sur certains aspects comme c’est le cas avec le projet de suppression du droit du sol.

Pourtant, s’il faut bien retenir une chose de l’acte I de Wuambushu c’est son inefficacité à résoudre problèmes structurels de l’île. En effet, toutes ces offensives sécuritaires de chasse des immigrés et de lutte contre la « délinquance » masquent mal une réalité sociale et économique désastreuse sur l’île dont le seul responsable est l’Etat français. Pénurie d’eau, magasins à court d’approvisionnements, écoles et hôpitaux qui peinent à fonctionner, niveau de violence inouïe sur l’île, possible épidémie de choléra à venir : toutes ces problématiques ne seront pas résolues par un acte II de Wuambushu. Au contraire elles seront probablement amplifiées par la fabrication de davantage de sans-papiers, l’abandon de jeunes livrés à eux-mêmes et la mort certaine de davantage de Comoriens dans l’Océan Indien, véritable cimetière à ciel ouvert.

Un mois après le passage d’une loi immigration d’une brutalité historique, la macronie cherche une nouvelle fois à faire de Mayotte la vitrine de ses politiques racistes et réactionnaires en ouvrant un nouveau chapitre dans la gestion répressive de l’immigration sur l’île. Contre l’agitation du chiffon migratoire par les élites mahoraises, il faudra s’opposer fermement à l’acte II de l’opération Wuambushu. Dès à présent, il faut construire une mobilisation avec l’ensemble de la population pour exiger des moyens massifs pour les services publics et l’accès à l’eau potable et dénoncer la gestion coloniale de Mayotte et le statut juridique d’exception qui lui est réservé. Pour mettre un coup d’arrêt à toutes ces attaques, il faut organiser une riposte d’ampleur de tout notre camp social, en refusant de faire de Mayotte un territoire d’expérimentation des politiques les plus répressives en matière d’immigration au service des intérêts impérialistes de la France dans la région.


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