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Monde

S'organiser contre l'extrême-droite

Chambéry. Deux militants agressés par l’extrême-droite après un rassemblement contre Bolsonaro

A l'appel de plusieurs associations et organisations politiques, une quarantaine de personnes se sont rassemblées lundi soir, pour réagir contre la victoire de Jair Bolsonaro lors des élections présidentielles brésiliennes ce dimanche. Un rassemblement surveillé de loin par trois militants du Bastion Social, groupuscule d'extrême-droite qui s'implante à Chambéry, et à la suite duquel deux participants au rassemblement ont été agressés physiquement du fait de leurs opinions.

Comme le laissaient prévoir les sondages, le très réactionnaire Jair Bolsonaro a été élu à la présidence de la République du Brésil avec 55 % des voix ce dimanche 28 octobre, au terme d’un processus électoral clairement manipulé par le pouvoir judiciaire, avec l’emprisonnement arbitraire de Lula et l’invalidation du vote de centaines de milliers d’électeurs pro-PT. C’est pour afficher leur soutien à tous ceux et toutes celles qui sont dans le viseur du nouveau président qu’une quarantaine de personnes se sont rassemblées à Chambéry, devant la Préfecture, ce lundi 29 octobre, à l’appel de plusieurs associations et organisations politiques (Collectif Savoyard Contre les Racismes et la Haine, Association France Brésil Savoie, France Insoumise, Parti de Gauche, Nouveau Parti Anticapitaliste, Ligue des Droits de l’Homme, Ensemble, Parti Communiste Français). Le rassemblement était surveillé de loin par trois militants d’extrême-droite du Bastion Social, dont le local est situé à quelques mètres de là, et que la victoire de Bolsonaro ne peut que réjouir. Alors que les participants au rassemblement s’étaient dispersés, deux d’entre eux ont été frappés au visage et à la main. Leurs agresseurs leur ont également volé leur matériel militant, confirmant le motif politique de l’agression, et faisant peser tous les soupçons sur les membres du Bastion social présents plus tôt sur les lieux.

L’accession de Bolsonaro au pouvoir annonce une période noire au Brésil pour les minorités sexuelles, les femmes, les militants politiques et les personnes racisées. Bolsonaro l’a annoncé : une fois au pouvoir, il "nettoyera" le pays des "marginaux rouges", auquel il laissera le choix entre l’exil ou la prison. Ces menaces ne sont pas que des mots : après le premier tour, la censure et la répression ont sévi dans de nombreuses universités, tandis que les agressions se sont multipliées. Samedi, un militant pro-Haddad a été assassiné par balle lors d’un rassemblement. Dimanche, la police militaire réprimait une manifestation anti-Bolsonaro à Rio de Janeiro, pendant qu’une foule d’électeurs de Bolsonaro en liesse acclamait le passage de l’armée dans les rues de Niteroi. Mais la victoire de Bolsonaro annonce en fait une période noire pour l’ensemble des travailleuses et des travailleurs : si Bolsonaro est soutenu par un tout un pan du patronat brésilien, c’est bien parce que sa victoire annonce la mise en place de politiques ultra-libérales.

Cette victoire est d’autant plus inquiétante qu’elle n’est pas isolée : elle a lieu dans un contexte de montée des phénomènes réactionnaires ouvertement revendiqués comme tels – aux Etats-Unis, en Hongrie, en Italie. Elle est inquiétante, mais elle n’est pas incompréhensible : tous ces phénomènes sont des expressions de la crise organique qui touche le monde entier avec différentes temporalités et différentes intensités, depuis le krach boursier de 2008. Les conséquences de la crise de 2008 ont atteint l’Amérique Latine en 2013 : au Brésil, qui avait pu apparaître, aux yeux des Brésiliens, comme une puissance économique pouvant enfin jouer dans la cour des grands, c’est une déception très importante qui explique le rejet massif des anciens détenteurs du pouvoir et des politiques d’austérité qu’ils ont menées, et ainsi le vote pour Bolsonaro.

Pour autant, la situation reste ouverte : en 2017, les travailleurs s’étaient mis massivement en grève contre la réforme des retraites de Temer, montrant la force du mouvement ouvrier lorsqu’il s’organise et se soulève. Une fois au pouvoir, Bolsonaro sera face au défi de contenter l’ensemble de sa base hétérogène pour pouvoir gouverner.

Face à cette polarisation qui se généralise partout dans le monde, il est nécessaire que les travailleurs, les classes populaires, la jeunesse, les femmes, les LGBT, du Brésil et d’ailleurs, bâtissent une force réelle, en s’organisant à travers des milliers de comités de lutte, pour organiser leur défense physique face aux agressions d’une part, et d’autre part pour organiser la riposte non seulement contre les dirigeants réactionnaires comme Bolsonaro, mais aussi les réformes et l’austérité mises en place par les partis de gouvernement partout dans le monde, qui creusent les inégalités et ouvrent la voie à l’accession de l’extrême-droite au pouvoir.

Voir ci-dessous le reportage de TVnet citoyenne sur la soirée :

Et l’intervention d’une militante du NPA73 :

Crédit photo : TVnet citoyenne




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