Politique

Les préparations du combat de 2017

Il veut casser du syndicaliste. Fillon lance sa première sommation contre la CGT

Publié le 25 novembre 2016

Tant durant les deux débats que lors de ses nombreuses interventions dans les médias, François Fillon n’a cessé de fustiger les syndicats qui s’opposent aux réformes sociales, notamment FO et la CGT. Cette dernière semble être particulièrement visée par celui qui a déjà mené plusieurs réformes sociales explosives, notamment contre les retraites, un syndicat qu’il juge tantôt « faible » tantôt « dogmatique ». Une CGT contre laquelle, évidemment, le super-candidat du patronat a un programme : répression policière et remise en cause de libertés syndicales. Un programme qu’il continue d’égrener et commence à tester dans les fiefs de ses lieutenants, et qui annonce de plus en plus clairement l’intensité des batailles à venir.

George Waters et Damien Bernard

Unir les salariés dans une organisation pour qu’ils puissent défendre collectivement leurs intérêts matériels contre leur patron, ça ne plait pas à François Fillon. Au mieux, le syndicat doit pouvoir être celui qui accepte tout et signe tous les accords d’entreprise : c’est notamment le cas de la CFDT, qu’il décrit comme « progressiste ». Au pire, les syndicats dits « contestataires », comme la CGT ou FO, sont considérés « dogmatiques et accrochés à des conceptions » ; dans ce cas-là, il faut les faire rentrer dans le rang.

Attaquer les équipes combatives à la base

C’est une réflexion que le très probable candidat républicain avait amorcé dès juin dernier : « il faut réduire le temps consacré à l’activité syndicale ». Et pour cela, la solution est simple « il faut arrêter avec les syndicalistes qui sont à temps plein syndicalistes, il faut qu’ils aient une activité professionnelle au moins à temps partiel pour que ce soit un vrai dialogue qui touche à l’intérêt général de l’entreprise » expliquait-il alors sur France 2, avec évidemment en ligne de mire l’efficacité de ces derniers.

A travers cette pirouette, pour Fillon, il s’agit bien d’attaquer les équipes syndicales combatives notamment dans les grands groupes. Pourtant, une contradiction dans les termes apparait. Dans le même temps, qu’il fustige les « syndicats faibles », il pose la nécessité de réduire le temps consacré à l’activité syndicale. Mais en quoi cela les rendra-t-il plus forts ? La contradiction se résout rapidement : des syndicats forts, certes, mais des syndicats bien pro-patronaux, comme dans le modèle allemand qu’il cite d’ailleurs.

Et pour briser les équipes combatives, quoi de mieux que des tests grandeur nature. A Bourgoin-Jallieu, la CGT est en train d’en faire l’amère expérience. Un des fidèles lieutenants de Fillon veut à tout prix casser les syndicats, en retirant notamment les locaux syndicaux aux UL et dans les villes moyennes. Une volonté résultant de l’épineuse mobilisation contre la loi Travail, où un certain nombre d’équipes très combatives ont incarné l’avant-garde de la lutte. Ce sont ces équipes, sur le terrain, qu’il s’agira de détruire, à coups de procès et d’expulsions si nécessaire.

Fillon se prépare… à envoyer l’armée sur les piquets !

Fillon a l’habitude de réécrire l’histoire à la façon Clemenceau. Cela vaut aussi pour l’histoire contemporaine. Pour rompre la confiance et la conscience acquise notamment pendant la mobilisation contre la loi Travail, il a argué que « la CGT n’a jamais bloqué la France, cela est dit pour décourager de faire des réformes (...) Il y a eu des perturbations mais dire que la France a été bloquée ces derniers mois c’est absurde ».

Qu’on puisse être d’accord sur le constat que la grève générale n’a pas eu lieu pendant la mobilisation contre la loi Travail est une chose. Par contre, qu’on affirme que les blocages des raffineries et des dépôts, les pénuries d’essence dans les stations-services, le blocage du port du Havre, ou encore la grève des salariés de la très grande majorité des centrales nucléaires françaises, n’étaient que des « perturbations », c’est bien ce que l’on appelle réécrire les livres l’histoire.

Ainsi malgré la « faiblesse » et « l’impuissance » que François Fillon attribue à la CGT, nombre d’équipes combatives ont tenu tête au gouvernement. Chose qu’il a en partie reconnue en affirmant en guise de menace contre ces mêmes équipes combatives que « face au blocage des raffineries, on leur a envoyé les gendarmes, et les terminaux pétroliers ont été débloqués en 48 heures ». Une méthode que François Fillon est évidemment prêt à réitérer à un niveau supérieur, d’autant que son programme n’a rien à envier à la loi Travail.

Ordonnance et référendum : de la théorie à la pratique ?

Tout comme la loi Travail était un apéritif libéral pour le patronat français, la lutte contre celle-ci était un échauffement. François Fillon, après une lutte de 4 mois en 2016, a tiré quelques leçons pour son futur gouvernement : les prochaines contre-réformes trouveront en face une opposition nourrie, malgré la défaite, de l’expérience de plusieurs mois de combats intenses des salariés et de la jeunesse, sans que la répression, aussi brutale soit-elle, ne puisse la terrasser.

Et pour préparer le terrain, Fillon a annoncé la couleur. Terminé le dialogue social, qu’a d’ailleurs rompu Hollande en fin de quinquennat notamment avec la loi Travail. Place aux référendums et aux ordonnances pour outrepasser les syndicats. En amont, il s’agit de briser les équipes combatives à la base, deux clés pour cela : réduction des moyens donnés aux syndicats, et accélération de la répression policière et judiciaire.

Pourtant, malgré la rhétorique choc, qu’en sera-t-il si Fillon l’emporte aux présidentielles ? Alors même que le 49.3 usé par le gouvernement pour imposer en force sa loi Travail sur le terrain parlementaire avait provoqué un rebond très fort de la mobilisation, marquant l’entrée en scène du mouvement ouvrier, quelle sera la réaction du monde du travail si Fillon tente d’imposer d’ici à septembre, avec sa « Blitzkrieg », ses contre-réformes par ordonnance, le référendum ayant déjà été exclu sur les terrains sensibles ? Pour le moment, Fillon tente la stratégie de la terreur, jusqu’à quand ?