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200 directeurs et directrices d’écoles interpellent Blanquer dans une lettre ouverte

À peine un mois après le suicide Christine Renon, 200 directeurs et directrices d'écoles de Seine Saint-Denis ont adressé une lettre ouverte au ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Ils y dénoncent leur souffrance au travail et la perte de sens de leur profession en raison des multiples contre-réformes libérales qui les frappent.

mardi 15 octobre

Crédits photo : Frederick Florin / AFP

Le 22 septembre dernier, Christine Renon se donnait la mort dans son école maternelle de Pantin, dont elle était la directrice. Elle laissait alors derrière elle une lettre mettant en cause la souffrance dans son travail et le manque d’écoute de sa hiérarchie pour justifier son geste. Un suicide, un de plus dans l’éducation nationale, qui a attiré l’attention sur les conditions de travail auxquelles sont confrontés les travailleurs de l’éducation nationale.

Depuis, au travers notamment de la journée de grève du jeudi 3 octobre dernier, ces derniers ont exprimé leur colère face à ces conditions et l’absence totale de considération d’un ministre de l’Éducation nationale qui disait, quelques jours avant le drame, vivre « sa meilleure rentrée ». Ce lundi, 200 directeurs et directrices d’écoles du département de Seine Saint-Denis ont publié une lettre ouverte à M. Blanquer dans laquelle ils pointent du doigt le sentiment d’abandon et de méprise de la part d’une administration toujours plus prompte à adopter son lot de contre-réformes avant de les faire appliquer par injonctions.

« Le geste de notre collègue Christine Renon a mis tragiquement la lumière sur la souffrance au travail des enseignants, en particulier celle de ceux chargés de la mission de direction d’école », dénoncent-ils dans cette lettre. « Pourtant ce n’est pas faute de vous avoir interpellé à de nombreuses reprises via nos représentants syndicaux dans les instances, via nos mobilisations du printemps dernier contre les EPSF notamment. Nous sommes en colère ! Comment avez-vous pu, par votre absence d’écoute, permettre que notre collègue en vienne à ce geste ultime ? »

Une lettre dans laquelle transparaît également la perte de sens d’un métier que beaucoup ont choisi par vocation. « Notre mission n’a plus ce sens car elle est mise à mal par des injonctions de plus en plus déconnectées de la réalité et des besoins de nos élèves et de nos écoles. Les personnels sont oppressés par une institution obsédée par la mesure et le contrôle qui remet constamment en cause le travail des équipes s’il a le malheur de ne pas correspondre aux attentes et préconisations du moment. Nous sommes traités comme des objets de réforme et non comme des professionnels concepteurs avec une éthique et des valeurs. »

Une situation devenue intenable pour les enseignants, qui rejettent le train de réformes « menées à marche forcée » par M. Blanquer depuis sa prise de fonction. Dix ans après la vague de suicides qui avait frappé France Telecom, et alors que la SNCF a vu plus d’une cinquantaine de cheminots mettre fin à leurs jours depuis 2017 face au management ultra agressif de l’entreprise – notamment dans la foulée de la réforme ferroviaire du gouvernement Macron –, c’est désormais un autre service public qui est touché. Ce mardi, c’est la principale d’un collège de Bondy qui a tenté de se suicider, affirmant « ne plus supporter l’Éducation nationale ».

Une interpellation du ministre qui marque un pas en avant dans la construction d’une mobilisation d’ampleur par les travailleurs de l’éducation nationale pour faire reculer les réformes Blanquer et empêcher la casse accélérée de l’éducation publique.




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