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Politique

3ème vague à l’horizon et les suppressions de lits continuent

En pleine pandémie les autorités sanitaires continuent de fermer des centaines de lits. Alors que l’on va bientôt « fêter » le triste anniversaire d’un an de suractivité à l’hôpital et avec une crise sanitaire due au coronavirus qui est loin d’être derrière nous, les suppressions de lits continuent dans des hôpitaux où les soignants débordés et épuisés doivent déjà jouer aux chaises musicales pour caser les patients covid. Et ce malgré les promesses d’Olivier Véran après la première vague.

lundi 28 décembre 2020

Pour beaucoup de soignants, Noël c’était à l’hôpital. La « 3ème vague » de l’épidémie de Covid-19 rode, ou plutôt la continuation de la seconde qui ne s’est jamais vraiment arrêtée à cause de la gestion catastrophique de la crise sanitaire par le gouvernement. Crise qui continue à égrainer son sinistre décompte, avec la barre des 60 000 décès depuis le début de l’épidémie franchie en France la semaine du 14 décembre, plus de 24 000 personnes hospitalisées et plus de 2700 places occupées en réanimation par des patients Covid au 20 décembre. Les courbes épidémiques se maintiennent sur un plateau élevé et les services de réanimation s’attendent à un « rebond inquiétant à la mi-janvier », comme le souligne le chef du service de réanimation de la Pitié Salpêtrière.

Mais pendant que cette tendance à l’augmentation des hospitalisations se constate dans plusieurs régions, avec par exemple la Bourgogne-France Comté qui s’est vue obligée de transférer des patients vers d’autres régions, une autre tendance se maintient et se confirme : la politique de suppression de lits et la logique de « gain d’efficience » qui continue de primer sur la santé.

Alors que les services hospitaliers sont sous tension depuis des mois, les fermetures de lits dans les hôpitaux se poursuivent dans le cadre des « projets de restructuration ».

Des fausses promesses…

« Tous les plans de réorganisation sont évidemment suspendus », c’en est fini du « dogme de la réduction des lits ». Cela, ce sont les belles promesses martelées par le ministre de la santé après la première vague de l’épidémie de Covid-19. En avril, après avoir défendu le plan prévoyant des centaines de suppressions de lits et de postes alors en cours au CHRU de Nancy, le directeur de l’ARS – agence régionale de santé – du Grand-Est s’était vu remercié quelque jours après ses propos. Il est vrai que cela faisait un peu tâche en plein premier confinement, à l’heure où chaque jour était rythmé par le décompte quotidien des contaminés et des morts et où le gouvernement appelait à applaudir rituellement les soignants chaque soir à 20h.

Et puis, il y a eu le fameux Ségur de la Santé. Véran a alors notamment annoncé la suppression du Copermo, le Comité interministériel de la performance et de la modernisation de l’offre des soins hospitaliers, créé en 2012. Derrière ce nom pompeux, un outil pour faire toujours plus d’économie à l’hôpital sous couvert de « projets de modernisation ». Remplacé par un « conseil national de l’investissement » pour trouver de « nouvelles modalités d’accompagnement des investissement » dont les premiers feux verts seront attendus début 2021. Bref, le nom a changé mais la logique reste la même. Et les projets de réorganisation se sont poursuivis.

…aux vraies économies

Des plans Copermo sont toujours en cours à Paris, Nancy, Caen, Nantes, avec en ligne de mire la suppression de plusieurs centaines de lits. « Les projets se poursuivent comme avant, alors que la crise a bien montré que ce n’était plus possible », souligne ainsi Christophe Prudhomme de la CGT Santé. Le 29 octobre, au moment où le gouvernement décrète un reconfinement qui ménage les profits du patronat, Bastamag publie même une carte des fermetures de lits https:..., soulignant 13 hôpitaux au moins « qui vont continuer à perdre des places d’hospitalisation ».

Dans une logique constante de réduction de lits, les lits transformés pour répondre aux malades du Covid pendant la première vague pourrait bien être supprimés à plus long terme. Au CHU de Clermont-Ferrand, un aide-soignant et délégué CGT témoignait : « des chambres du service de cardiologie ont été transformées en chambres pour les malades du Covid, des chambres de deux lits sont devenues alors des chambres d’un seul lit. Nous ne sommes pas encore repassés à deux lits. ».

Entre 2003 et 2017, ce sont plus de 69 000 places d’hospitalisation à temps complet qui ont été supprimées. En 2018, 4000 lits supprimés. En 2019, 3400.

À Nancy, où est prévu le rassemblement du centre hospitalier sur un seul site accompagné d’une réorganisation impliquant 598 suppressions de postes et 179 lits de moins d’ici 2024, les choses se sont poursuivies avec 204 suppressions de postes et 78 lits en 2019 et 2020.

En Ile-de-France, le projet l’hôpital Grand Paris-Nord porté par l’AP-HP doit rassembler les hôpitaux Beaujon (92) et Bichat (75) à Saint-Ouen (93). 350 suppressions de lits à la clef. Mais pas de panique, annonce l’AP-HP : 84 lits seraient maintenus, tandis que 94 autres le seraient mais sous forme « flexible ». Sans doute la même flexibilité que celle qui consiste à convertir d’urgence des lits pour faire face à l’afflux de patients Covid…

Bref : rendre des lits, faire de la place, aller plus vite quitte à expédier les patients et ce alors que la pandémie bouscule encore plus des services déjà surchargés.

Le cap est maintenu coûte que coûte. À Nantes, le chantier pour projet de transfert du CHU doit commencer en janvier, avec 202 lits en moins à la clef. Au CHU Caen, 200 lits seront supprimés dans le projet de restructuration.

Des exemples qui se multiplient et qui dressent le tableau d’une gestion de l’hôpital faite de petits calculs comptables que les travailleurs et travailleuses de la santé connaissent malheureusement bien : comment toujours revoir à la baisse, comment en demander toujours plus avec toujours moins. Moins de places, moins de collègues, moins de temps.

Plus que jamais, il faut un plan d’urgence pour l’hôpital

L’énorme hypocrisie des belles déclarations de Véran n’est malheureusement pas une surprise. Le gouvernement s’est enfoncé dans sa gestion catastrophique de la crise sanitaire, en mettant l’accent sur la responsabilité individuelle tout en maintenant la tête sous l’eau de tous les soignants qui continuaient à devoir faire face à un afflux de patients – déjà compliqué en tant normal – impossible à gérer.

L’hôpital est piloté depuis des années selon une logique de rentabilité, sous les gouvernements successifs, au détriment de la santé publique. Le mot d’ordre de faire des économies à tout prix, d’être toujours sur la corde raide en termes d’occupation de lits a montré au grand jour toute son absurdité pendant la première vague de l’épidémie, puis avec la seconde.

Les hôpitaux manquent de tout, tout le temps et la pandémie de coronavirus l’a révélé de façon exacerbée. Le casse-tête pour trouver des lits où caser les patients Covid, les personnels épuisés qui ne sont pas remplacés s’ils sont touchés par le virus sont l’aboutissement de décennies de casse de l’hôpital, de fermeture de lits et de suppressions de postes.

La charge de travail très lourde au quotidien n’est pas seulement le lot des services de réanimation ou des urgences. Les soignants ne sont pas assez nombreux, nulle part.

Comme nous l’écrivions sur Révolution permanente, la condition sine qua none pour faire face à l’afflux de patients, c’est un programme d’urgence de moyens pour l’hôpital : création de lits, embauche de personnels sous statut. C’est la revendication essentielle pour laquelle nous avons tous intérêt à nous battre aujourd’hui, à l’heure où les travailleurs et en première ligne ceux de la santé paient le prix de l’incapacité du gouvernement à faire face à l’épidémie. Plus que jamais, il y a urgence, pour éviter des milliers de morts et soulager un secteur de la santé sous pression.




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