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De l’argent, il y en a

413 milliards d’euros pour la guerre : l’Assemblée nationale approuve l’escalade militariste

Après le tumulte des retraites, l’Assemblée nationale retrouve le ton feutré des débats pour voter un budget record pour l’armée et le complexe militaro-industriel. Au-delà des votes, l’effort de réarmement a été applaudi de tous les bancs, de la NUPES au RN.

Joël Malo

7 juin

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413 milliards d'euros pour la guerre : l'Assemblée nationale approuve l'escalade militariste

Crédits photo :

Ce 7 juin avait lieu à l’Assemblée nationale le scrutin en première lecture de la Loi de Programmation Militaire (LPM) qui alloue à l’armée un budget de 413 milliards d’euros pour l’armée pour la période 2023-2030. Le budget de l’armée, en constante augmentation sous la présidence de Macron, passera ainsi de 40,9 milliards d’euros en 2022 à 68,9 milliards en 2030 ! Alors que le gouvernement prépare une cure d’austérité à tous les étages, dont la réforme des retraites n’est qu’un avant-goût, l’argent magique coule à flot pour l’armée.

Cette course au réarmement, qui a lieu dans tous les pays impérialistes, permet de faire l’unité autour des gouvernements. En France, après le tumulte des retraites, la LPM a été largement adoptée, par 408 voix contre 87 et 53 abstentions.

« De véritables morceaux de RN dedans »

Si Les Républicains (LR) avaient un temps réfléchi à s’opposer à cette loi pour marquer une forme d’opposition vis-à-vis de la Macronie, après leur lune de miel pour détruire nos retraites, l’amour des drones, des sous-marins et des ogives nucléaires l’a emporté. « 413 milliards d’euros, ce n’est déjà pas si mal » a jugé le Républicain, Jean-Louis Thiériot, pour ne pas faire la fine bouche.

Alors que le gouvernement vise l’objectif imposé par l’OTAN consistant à porter le budget à 2% du PIB, les Républicains se remémorent avec nostalgie des budgets militaires qui flirtaient avec les 3% du PIB pendant la Guerre froide. Quelques tractations pour la sécurisation de 13 milliards de budget, qui n’étaient pas totalement assurés, ont fini de convaincre LR d’accorder ses votes à cette loi.

Le Rassemblement National (RN), Marine Le Pen en tête, s’est également félicité de ce texte. Pour l’extrême droite, il y a en effet de nombreux motifs de satisfaction dans cette loi : « modernisation » de l’armée, augmentation des effectifs d’active et de réserve (le nombre de réservistes va doubler), militarisation de la jeunesse avec le SNU. Comme Médiapart l’a relevé, Laurent Jacobelli s’est même réjoui de voter une « LPM avec de véritables morceaux de RN dedans ».

Le vote du groupe LIOT vient compléter l’arc de force ayant adopté cette loi. Alors que ces dernières semaines, la gauche politique et syndicale élève Charles de Courson au rang d’apôtre de la démocratie pour avoir déposé une proposition de loi pour abroger la réforme des retraites, le groupe de celui-ci rappelle qu’il s’inscrit dans la tradition la plus réactionnaire, coloniale et expéditionnaire de la Ve République (en bref, la tradition gaulliste). Mais pour la gauche institutionnelle, la défense de l’armée est au contraire une valeur portée haut.

La NUPES entre « contre » et « abstention » pour mieux soutenir l’impérialisme français

En séance, le 22 mai, Fabien Roussel déclarait ainsi : « nous sommes de ceux qui voteront toutes les dépenses permettront d’augmenter ces moyens, de les moderniser, permettre à nos soldats de s’entraîner, de se protéger, d’être les plus efficaces sur le terrain. La défense nationale ne se négocie pas, elle doit être forte et efficace ». Pour autant, les élus de la France Insoumise et du PCF ont voté contre cette loi. Non pas par anti-impérialisme, mais en critiquant les insuffisances du projet du gouvernement. Malgré son vote, le Parti français (dit communiste) a souligné des « avancées notables pour nos armées » avec la LPM.

Les deux groupes parlementaires ont exprimé leurs désaccords sur l’intégration au commandement de l’OTAN, sur la dissuasion nucléaire ou sur le caractère expéditionnaire de l’armée française (comme s’il pouvait y en avoir un autre). Pour la France Insoumise, la loi pêche en ne se projetant par exemple pas assez dans « l’après-pétrole », tandis que le PCF estime que les porte-avions fixent trop de budget pour leur utilité réelle.

Le Parti Socialiste et Europe Ecologie les Verts se sont abstenus, selon la même logique, la porte-parole socialiste sur les questions militaires critiquant ainsi le « manque d’ambition de la loi ».

Après la séquence des retraites, le changement d’ambiance est notable. Toute l’opposition du RN à la FI a souligné l’ouverture et la capacité de dialogue du ministre des Armées, Sébastien Lecornu. Aurélien Saintoul (chef de file insoumis à la commission Défense), qui avait taxé Olivier Dussopt d’assassin (avant de se rétracter) semble porter davantage de considération pour le ministre du complexe militaro-industriel. Pour l’Insoumis, Lecornu « a créé les conditions d’un débat digne et argumenté qui nous permet de prendre acte des convergences comme des désaccords, sans procès d’intention ni remarques infamantes », à l’opposé selon lui de « la brutalité et l’antiparlementarisme ordinaire du gouvernement ».

Derrière la défense nationale, la défense du capital

Ainsi, derrière les tactiques de vote sur des éléments secondaires, cette séance feutrée a montré le large consensus, de la gauche qui se pense radicale jusqu’à l’extrême droite, pour la défense des intérêts de l’impérialisme français. L’armée, ses guerres et ingérences (sobrement intitulées « opérations extérieures »), son complexe militaro-industriel sont pourtant la clé de voûte de l’impérialisme français. C’est ainsi que sont sécurisés les intérêts économiques des capitalistes français (CMA-CGM, Bolloré, Bouygues, Vinci et autres Total) en Afrique, au Moyen-Orient, dans le Pacifique, en Amérique latine et maintenus des dictatures sous parrainage « démocratique » de l’impérialisme français. L’autoritarisme de la Ve République sur le plan policier et social est absolument indissociable de ses exactions à l’extérieur.

Les tournants autoritaires, la montée de l’extrême droite dans les principaux centres impérialistes sont l’expression politique de cette marche de la bourgeoisie à la guerre. Il faut dresser les peuples les uns contre les autres, trouver des ennemis intérieurs, faire l’unité de la nation autour des intérêts de la classe dominante et mettre la jeunesse au pas pour faire accepter l’effort militaire. C’est l’objectif attribué au SNU dans la Loi de Programmation Militaire : « les armées contribueront davantage à la cohésion et à la résilience de la Nation en s’appuyant sur un lien Nation-armée rénové et plus visible (service militaire adapté, service militaire volontaire, service national universel, modification de la doctrine d’emploi des réserves et augmentation de ces dernières, organisation du tissu industriel, lien avec les collectivités territoriales et les établissements scolaires, participation accrue aux cérémonies patriotiques, encouragement de l’organisation d’actions mémorielles, etc.). »

Cet effort sera fait sur le dos des travailleurs à qui on demandera toujours plus d’efforts, pour des salaires toujours plus bas et des services publics toujours plus rachitiques, à l’image de la santé, de l’école ou du fret bradé au privé. Le mouvement ouvrier doit s’opposer au réarmement et se débarrasser de toute déférence à l’unité nationale : elle n’a toujours été qu’un piège pour nous sacrifier au profit du patronat et des riches. Nous ne devons reconnaître que l’unité des exploités et des opprimées contre toutes les attaques de la bourgeoisie.

Cela passe par la construction d’un programme de lutte pour les retraites, les salaires, la répartition du temps de travail, mais aussi refus de l’offensive anti-démocratique et de l’escalade militariste. Un programme à porter dans la lutte, indissociable de la construction d’un plan de bataille sur la base des bilans des derniers mois de combat contre le gouvernement.


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