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A l’UL CGT Tourcoing, on lutte pour défendre les précaires « en première ligne face au virus »

Comme à de nombreux endroits, dans la région de Tourcoing, plusieurs entreprises refusent de fermer leurs ateliers malgré l’épidémie et sont prêts à user de tous les moyens pour que les salariés continuent à bosser. Samuel Meegens, secrétaire à la politique revendicative de l’UL CGT Tourcoing, nous raconte son combat contre des patrons voyous, les difficultés rencontrées par les précaires « en première ligne face au virus » et les nécessité de l’organisation collective.

mercredi 18 mars

Vert Baudet, Innova, Condi Services, « la partie émergée de l’Iceberg »

Cela fait plusieurs jours que Samuel Meegens et ses camarades sillonnent les entreprises de la région pour répondre aux appels à l’aide de différents salariés, souvent isolés et disséminés dans plusieurs ateliers. « Il n’y a pas de grosse industrie à Tourcoing, surtout des PME, des sous-traitants et beaucoup de chômage. Nous devons intégrer cette spécificité due au territoire et nous organisons beaucoup de syndiqués isolés, il n’y a pas de grosses sections comme ailleurs qui permettent d’assurer un syndicalisme « traditionnel » ».

C’est ainsi que le syndicat a accumulé plusieurs dossiers à l’encontre de directions qui refusent de protéger la santé de leurs salariés en leur permettant de rester chez eux, alors qu’il ne s’agit absolument pas de secteurs essentiels de la production. Vert Baudet, usine de vêtement, refuse à des salariées le droit de rester chez elles pour garder leurs enfants, les oblige à venir travailler pour emballer des colis et ne dispose d’absolument aucun des dispositifs sanitaires exigés : ni gel, ni désinfectant, ni masque, alors que les chefs sont évidemment autorisés à télé-travailler. « Il ne s’agit en rien d’une production essentielle à la vie de la population et la direction doit entendre la nécessité de stopper immédiatement le travail ! ».

C’est également le cas de l’usine Innova, qui maintient le travail mais également l’organisation des élections professionnelles dans le seul but de favoriser la liste concurrente à celle de la CGT. « La direction est même capable d’utilise l’épidémie à l’encontre de représentants syndicaux : un camarade a été mis à pied quelques jours avoir les élections simplement pour avoir osé se présenter sur la liste et elle continue à les organiser dans ces conditions ! C’est une vraie violence de classe, qu’on ne montrera jamais dans les grands médias ».

A la Confiserie du Nord, une usine qui fabrique des sucreries, le patron se cache derrière l’argument selon lequel il s’agirait d’une production alimentaire et donc essentielle pour obliger les salariés à venir sur leur lieux de travail, sans aucune protection une nouvelle fois.

La liste des entreprises qui adoptent cette attitude irresponsable est longue : Condi services, où un salarié a été renvoyé chez lui pour cause de toux persistante sans qu’aucune mesure ne soit adoptée à l’égard de ses collègues qui poursuivent le boulot, Auchan, où les caissières ne sont équipées d’aucune protection, Sobrie Restauration dont la gérante est partie en vacances. « Ce n’est que la partie émergée de l’Iceberg » raconte Samuel Meegens. « Ce que ressentent les salariés c’est que les chefs sont protégés quand eux sont envoyés en première ligne, livrés à eux-mêmes. Le patronat joue la course contre la montre, ils savent qu’ils vont devoir fermer mais sont prêts à tout pour terminer les commandes ». L’UL assure une veille téléphonique et électronique mais il reste toutes les boîtes dont les salariés n’ont pas contacté le syndicat : cela donne une idée de l’ampleur du phénomène.

« Les précaires, les femmes et les personnes racisées sont en première ligne. C’est de la chair à canon »

Tourcoing est une région sinistrée par le chômage et la précarité : « un quart de la population vit sous le seuil de pauvreté, le taux de chômage est colossal et il y a énormément de sous-traitants. Les précaires, les femmes et les personnes racisées sont en première ligne, de la véritable chair à canon. Dans la tête du patron, ces vies là ne valent rien ». Et ce sont bien eux qui encaissent les coups. Chez Vert Baudet par exemple, la quasi-totalité des salariés sont des femmes qui, en plus des enfants à garder, subissent une exploitation d’autant plus brutale qu’elle profite leur condition : « Les femmes de Vert Baudet avaient débrayé il y a déjà deux ou trois semaines parce qu’on ne leur versait pas leur prime d’intéressement. Leur chef, un homme, l’avait pourtant perçue et personne ne leur avait expliqué pourquoi la leur était repoussée. Ce sont aujourd’hui ces mêmes chefs qui les obligent à travailler sans masques, sans gel et sans désinfectant ».

« En réalité, les gens ont la trouille, mais pas celle du virus, celle que le patron leur a inculquée depuis des années, en profitant de leur précarité. La trouille de ne pas être renouvelé, la trouille d’être mis à la porte pour un droit de retrait. Alors qu’il s’agit d’une crise sanitaire sans précédent, beaucoup de salariés usent de réflexes qu’ils ont intériorisés en raison de l’angoisse infligée par la toute-puissance patronale ».

De l’accumulation des droits de retrait à l’explosion de la colère sociale

A la Confiserie du Nord, plusieurs salariés ont exercé leur droit de retrait et refusent d’aller bosser dans ces conditions. D’autres sont à prévoir.

« Il y a beaucoup d’agitation, les gens ne sont pas prêts à un vivre un état de confinement car beaucoup sont précaires, habitent des logements insalubres, doivent garder leur enfants à la maison. Socialement, les effets de ce dispositif ne sont pas encore mesurables mais je crois profondément que quand on va sortir de cette épidémie, la période de confinement aura généré beaucoup de colère, qui va se retourner contre le gouvernement dont on va découvrir la politique criminelle. Il suffit d’écouter les propos d’Agnès Buzyn pour être conscients de la gestion erratique et irresponsable du gouvernement alors que des milliers de vies sont en jeu. Tout cela ne les laissera pas indemnes ».




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