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Notre classe

Ce n'est pas aux travailleurs de payer la crise !

APC à Aubert & Duval, un accord pour mettre à la porte les intérimaires et prestataires

Le 3 juillet dernier, un Accord de Performance Collective, accompagné par la CFE-CGC et la CGT, a été signé dans l'entreprise Aubert & Duval-Interforge. Mis en place pour « limiter l'impact de la sous-activité », ce dernier vise à mettre à la porte les intérimaires et à arrêter le recours aux prestataires, en déléguant leur travail aux salariés en CDI, qui seront toujours plus flexibilisés, à travers un « système de renfort ».

jeudi 9 juillet

Crédits photo : D.R.
Suite à des négociations qui ont eu lieu le 30 avril dernier, un Accord de Performance Collective a été signé le 3 juillet à d’Aubert & Duval-Interforge, entreprise qui produit des pièces superalliage pour l’aéronautique, mais aussi l’énergie, l’automobile, le nucléaire, avec pour principaux clients Safran, Airbus, Boeing, Rolls-Royce, Orano… Cet APC, appelé par la direction « accord de gestion de crise », a également été accompagné et signé par la CFE-CGC et la CGT, syndicat majoritaire dans l’entreprise. Ce dernier entrera en vigueur à compter du 6 juillet 2020 et ce, jusqu’à fin mars 2021.

À travers cet accord, la direction se donne les moyens de se débarrasser des contrats précaires qu’elle utilisait jusqu’à présent, les intérimaires, et de mettre fin au recours aux prestataires. Alors qu’Aubert & Duval dispose de sept sites, et qu’elle avait régulièrement recours à l’embauche d’intérimaires, ce sont plusieurs centaines d’entre eux qui voient leurs missions non reconduites. La fin du recours aux prestataires aura également des conséquences sur l’emploi pour les salariés de ces entreprises. En effet, pour faire face à la crise et préserver leurs profits, de nombreuses entreprises mettent fin au recours aux prestataires, reléguant ces tâches à leurs salariés, contraints eux de s’adapter à de nouveaux postes et possiblement une augmentation des charges de travail. Face à cette situation, le patronat de ces entreprises de prestations de service aéronautique n’hésitent pas à faire payer cette baisse de mission aux salariés, à l’instar de Derichebourg qui a imposé un APC aux siens, et, plus récemment, Assistance Aéronautique et Aérospatiale qui a annoncé un PSE de 719 emplois !
Ainsi, pour ce faire, la direction introduit à travers l’APC ce qu’elle appelle un « système de renforts ». En somme, selon les besoins de la production, les salariés en CDI devront remplacer, à des postes qui ne sont normalement pas les leurs dans certains cas, le travail effectué initialement par les intérimaires et les prestataires.

En effet, dans leur communiqué de presse, la direction explique : « Ce pilotage sera essentiel pour faciliter la démobilisation progressive des contrats temporaires et l’internalisation de prestations aujourd’hui sous-traitées, au profit des salariés d’Aubert & Duval en CDI ». La direction ose par ailleurs cyniquement se poser comme le défenseur de l’emploi et des intérêts de ses salariés, en affirmant qu’elle sauverait ainsi 350 postes : « Un pilotage homogène de la polyvalence au sein d’Aubert & Duval (mise en place d’un système de renforts). Jusqu’à 350 emplois pourraient être préservés grâce à cette mesure. Un important dispositif de formation est associé à cette mesure et contribuera à développer les compétences tout en renforçant l’employabilité des salariés ».

Si cette dernière affirme « sauver » 350 emplois, c’est plus d’une centaine de personnes qu’elle condamne au chômage. En effet, d’après les précisions d’un salarié d’Aubert & Duval que nous avons interviewé à propos de l’APC, ce sont 120 à 150 salariés qui sont embauchés habituellement en intérim sur son seul site, alors que l’entreprise comptabilise sept sites au total. Aujourd’hui, ils ne sont même plus une dizaine. Des non reconductions de missions qui s’opèrent depuis le confinement et qui sont une constante dans l’aéronautique : « Les yeux rivés sur le cash, toutes les entreprises ont tiré un trait sur l’intérim.

Airbus est en train de mettre fin à plusieurs milliers de contrats de ce type. Le groupe va réduire son recours aux prestataires de services informatiques comme Capgemini, Sopra ou Atos mais aussi à tous les acteurs de R&D externalisée comme Altran, Alten, Akka, Segula ou Expleo. » rapportait Emmanuel Grasland dans Les Echos le 28 avril dernier. Entre temps, la situation n’a pas changé, au contraire. Outre Airbus, qui a mis fin à plusieurs milliers de contrat d’intérimaires, Daher, AAA et bien d’autres ont également jeté à la porte des milliers d’intérimaires.

Ainsi, ce sont les salariés les plus précarisés qui sont en premier lieu jetés à la poubelle et qui payent les conséquences d’une crise dont ils ne sont pas responsables. Une politique criminelle, d’autant plus en période de crise économique profonde où les perspectives de retrouver un emploi sont minces. Une politique qui va donc condamner des centaines de travailleurs et leurs familles à la précarité et que tente de légitimer la direction auprès des salariés de l’entreprise à travers sa posture de « sauveurs d’emplois ». Face à cela, nous devons refuser toute tentative de division de notre classe et affirmer qu’aucun d’entre nous ne doit payer la crise.

D’autant que les salariés d’Aubert & Duval ne sont pas à l’abri d’attaques encore plus fortes, notamment sur les salaires, ou de licenciements ou suppressions d’emplois. Déjà, nombre d’entre eux, comme beaucoup de salariés, ont vu une baisse de salaire drastique du fait du chômage partiel, qui perdure encore pour certains d’entre eux. Comme si ce n’était pas assez, l’APC qui vient d’être mis en application vient plafonner la majoration des heures supplémentaires, qui ne dépassera pas 10% : « La mise en place d’un système agile de gestion des « pics d’activité », associé à une réduction des majorations des heures supplémentaires. », selon le communiqué de presse de la direction. De plus, avec cet APC, les salariés devront assurer des postes qui ne sont pas forcément les leurs initialement, sans avoir la possibilité de refuser si cela ne leur convient pas. Une surcharge des cadences est donc possible. On assiste bel et bien à un approfondissement de la flexibilisation et de la précarisation. Comme pour tout APC, s’ils refusent, ils seront licenciés.

Avant le Covid-19 et la crise économique, l’entreprise rencontrait déjà des difficultés, de différents ordres : d’abord une crise qualité, ensuite une crise logistique. La direction a réaffirmé des difficultés économiques suite à l’épidémie et plusieurs rumeurs de rachats sont agitées ces dernières semaines. Entre autres, le possible rachat de Safran, qui tente d’imposer à ses salariés l’option actuellement adoptée par le patronat pour préserver leurs profits : s’attaquer aux acquis et salaires des salariés, ici à travers un accord de « Transformation d’Activité ». Tout ceci, au regard de la profondeur de la crise et de son caractère structurel, laisse la possibilité à ce que les salariés d’Aubert & Duval subissent des attaques encore plus fortes que l’APC qui vient d’être mis en place. Par ailleurs, d’autres entreprises, comme Daher, Airbus, AAA, ont commencé elles aussi à mettre à la porte tout d’abord les intérimaires, avant de s’attaquer aux salariés embauchés en CDI.

En signant cet Accord de Performance Collective, la CGT et la CGC-CFE acceptent la division opérée par le patronat, qui utilisent les intérimaires comme première variable d’ajustement. Si la CGT légitimise la signature de cet accord en revendiquant des miettes qu’elle a obtenu dans le cadre des négociations, ces miettes s’inscrivent dans le cadre de l’attaque et ne la remettent pas en question. Dans son communiqué, la CGT explicite la logique de la direction, sans s’y opposer et en y adhérant donc : « Comme expliqué lors des réunions d’info du 9 juin, Aubert & Duval traverse une crise économique profonde qui fait suite à la crise sanitaire ! Nous avions dit aussi, que nous étions en train de discuter d’un « Accord de Gestion de Crise ». But pour l’entreprise, organiser le remplacement des intérimaires et des prestataires, par des personnels en CDI, en leur demandant d’aller potentiellement effectuer des renforts temporaires dans tel ou tel secteur ».

Or, en cette période de crise économique, que tente de nous faire payer le patronat et le gouvernement, il est central que notre classe, ainsi que ses organisations, mette en place des revendications qui unissent l’ensemble des travailleurs et qui soient en rupture totale avec la politique du patronat et du gouvernement. En ce sens, il faut refuser toute concession, toute division, et toute attaque, y compris contre les salariés avec des contrats précaires. Face à la non reconduction des contrats précaires comme les CDD, les intérimaires, à l’augmentation du taux de chômage, il faut revendiquer le partage du temps de travail ainsi que l’interdiction des licenciements, des suppressions d’emplois et des baisses de salaires. Pour ce faire, un plan de bataille unitaire et coordonné permettant d’instaurer un rapport de force à la hauteur est nécessaire pour imposer nos propres solutions à la crise.




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