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Interdiction des licenciements !

Aéro. Après Daher et ses 3000 licenciements, une deuxième boite évoque un plan social

Chez MAP, « la direction a évoqué les licenciements de chez DAHER et ajouté qu'il est peu probable d'éviter un plan social », raconte Julien Fernandez, syndicaliste CGT dans cette usine aéronautique du Béarn.

jeudi 16 avril

Revolution Permanente : Est-ce que tu pourrais te présenter et nous raconter la situation dans ton entreprise ?

Julien Fernandez : Je suis syndiqué et élu CSE titulaire à la MAP, une entreprise sous-traitante de l’aéronautique dans les Pyrénées Atlantiques. L’entreprise a rejoint depuis un an le groupe d’investissement Bt2i et possède deux sites de production, l’un à Serres Castet où je travaille depuis quelques années et l’autre à Pontacq. Chez nous tout a commencé le mardi 17 mars, lendemain du discours du Président de la République. Notre réunion mensuelle devait être annulée mais nous avons demandé son maintien afin de savoir si nous devions fermer l’entreprise. On a eu donc une conférence téléphonique avec la direction où il n’était nullement question de fermer l’entreprise, au fur et à mesure de la matinée on a appris la mise à l’arrêt des productions chez quelques donneurs d’ordres et sous-traitants.

Finalement peu avant midi il a été décidé de fermer l’entreprise le soir même et jusqu’au lundi 30 mars. La direction a fait le choix de garder une équipe qui devait terminer les urgences et fermer officiellement le vendredi 20 mars. L’entreprise n’a jamais fermé, des salariés étaient de retour dès le lundi 23 mars. Une petite équipe est donc revenu produire, prime à la clé. De notre côté, nous n’avons même pas été mis au courant de cette reprise rapide de l’activité... tout s’est su par le bouche-à-oreille.

Le lendemain les délégués syndicaux CGT et CFDT ont eu une réunion où la direction leur a indiqué la volonté de « réouverture » de l’entreprise pour le lundi 30 mars. Suite à cette réunion, les membres du CSE, syndiqués CGT et CFDT ont écrit une lettre à la direction afin que l’entreprise reporte son plan de reprise au 12 avril inclus. Le 26 mars nous avons eu une première réunion avec le responsable HSE (Hygiène, Sécurité, Environnement) sur les mesures sanitaires prévues que nous sentions déjà insuffisantes. Le lendemain, nouvelle réunion, la direction nous présente officiellement les mesures sanitaires et la volonté ferme de reprise de l’activité. Dès le début de l’intervention de la direction on a senti qu’aucune négociation ne serait possible. Nous avons gardé notre position en demandant une nouvelle fois l’arrêt de toutes les productions non essentielles à notre entreprise.

Finalement le 30 mars, la reprise de l’activité a bien eu lieu sur base d’un soi-disant volontariat. Les non-volontaires se sont vu conseiller de poser des congés payés, RTT... et en dernier recours le congé sans soldes. Une partie des salariés est partie au travail la boule au ventre, certains se sont résignés à solder leurs congés tandis que d’autres ont prolongé leur garde d’enfants ou arrêt-maladie. Les gens des bureaux ont eu le droit au chômage partiel ou télétravail. Chômage partiel qui était impossible pour les salariés qui travaillent en atelier selon la direction.

Après la présentation des mesures sanitaires de la direction il y a eu plusieurs remontées de salariés et d’élus et nous avons lancé un Danger Grave et Imminent. Actuellement la procédure est en phase de clôture, la direction doit répondre à plusieurs interrogations de l’Inspection du Travail. Cette semaine nous avons des salariés des ateliers qui sont en chômage partiel car nous avons des problèmes de retours de pièces, en cause des sous-traitants en traitement de surface qui seraient en sous-effectif.

A notre dernière réunion du 15 avril 2020, la direction a évoqué dès le début les licenciements de chez DAHER et a ajouté que pour nous la probabilité d’éviter un plan social est faible.

RP : Quelles sont les conditions sanitaires prises dans ton entreprise ?

J : Au départ, un rappel des gestes barrières et quelques mesures supplémentaires. Une distance qui passe de 1 à 2 mètres entre les salariés, modifications et aménagements des horaires, un maximum de portes en position ouverte, un minimum de personnes en même temps aux vestiaires. Il y a aussi un parcours à respecter qui débute par un lavage des mains, un changement de notre tenue aux vestiaires pour ceux qui travaillent en atelier puis on se relave les mains avant d’aller à son poste de travail. Au niveau des protections, il y a eu quelques visières qui ont été fournies et du produit désinfectant pour les outils. Dans certains services des gants sont déjà présents au vu des produits utilisés. Avec la procédure de Danger, Grave et Imminent (DGI), il y a eu quelques améliorations et l’entreprise a effectué une première commande de 600 masques alternatifs aux normes AFNOR. Ils doivent être livrés en fin de semaine.

RP : Est-ce suffisant selon toi ?

J : Au départ pas du tout, les mesures n’étaient pas suffisantes et elles ne permettaient pas de rassurer les salariés. On avait pas de masques, pas de gels hydroalcooliques.
La procédure de DGI va permettre des améliorations mais ça restera insuffisant. Les mesures ne sont pas encore assez drastiques au vu de l’ampleur de l’épidémie.

RP : Que pensent tes collègues de ce qu’il se passe dans la boîte ?

J : Nous avons régulièrement des salariés au téléphone ou via les réseaux sociaux avec lequel nous avons beaucoup échangé ces derniers jours. Il y a de la colère, de l’incompréhension et de l’inquiétude. Certains se sont résignés à revenir travailler la boule au ventre et d’autres se sont forcés à prendre des congés pour ne pas prendre de risques...
Ils sont aussi en colère car la direction leur a demandé la semaine dernière de mettre leur compteur de congés payés à zéro au 31 mai. Pourtant nous avons un usage d’entreprise qui nous permet de faire glisser 5 congés payés sur l’année suivante.

RP : Des syndicats combatifs de l’aéronautique, de boites donneurs d’ordres ou sous-traitants, se sont réunis afin d’affirmer leur volonté de fermer les usines. Qu’en penses-tu ?

J : Je suis admiratif par tant de solidarité et je suis entièrement d’accord avec cette prise de position même si je pense que ça sera très difficile de faire réagir les patrons d’Airbus... Les donneurs d’ordres nous font « vivre » je le conçois mais aujourd’hui ils mettent nos vies en danger ainsi que celle des populations qui entourent nos entreprises.

RP : Quelles sont les perspectives pour imposer la fermeture des entreprises non-essentielles selon toi ?

J : Nous sommes « en bas de la pyramide » pour la prise de décision. Pour imposer la fermeture des entreprises non-essentielles le gouvernement doit prendre cette responsabilité, l’Espagne et l’Italie ont fait ce choix, pourquoi pas la France ? Si le gouvernement ne prend pas cette décision, faut-il le forcer à le faire par un mouvement de grève nationale dans tous les secteurs non essentiels ?
La décision pourrait aussi venir des donneurs d’ordres, si fermeture, cela pourrait aider à déclencher la fermeture des sous-traitants...mais bon sur ce point il ne faut pas rêver, ils doivent eux mettre la pression au gouvernement pour rester ouverts.... il suffit de voir le scandale des masques avec Airbus.

Il serait malheureux d’attendre la fermeture d’une entreprise par arrêté préfectoral car elle présente de nombreux cas...

RP : En début de semaine, nous sortions un article pour dénoncer le plan de licenciement de 3000 travailleurs de l’aéronautique dans l’entreprise sous-traitante Daher dont des travailleurs précaires, intérimaires. Que penses-tu de ce scandale ?

J : C’est trop rapide ! On ne connaît pas trop l’évolution de la situation à venir, sans compter que Daher doit avoir les moyens de conserver quelque temps les salariés quittent à les mettre en chômage partiel. Quand je vois le tract CFDT Daher je me dis que les syndicats ont oublié leur rôle...celui de défendre les salariés.

RP : As-tu une dernière chose à ajouter ?

J : Oui ! Un message pour ceux qui nous gouvernent. Et je reviens sur cette phrase de Bruno Le Maire : « Il faut un nouveau capitalisme, plus respectueux des personnes » Le respect des personnes passe en priorité par leur santé, donc qu’il commence par fermer les entreprises non essentielles au pays ! De plus ces fermetures protégeront les salariés et permettront de soulager nos hôpitaux.... 6500 personnes réanimations à l’heure actuelle et on a dépassé les 15.000 morts




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