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Politique

Un "pognon de dingue"

Aisne : 35h de travail obligatoires pour toucher le RSA

Retour aux travaux forcés, pour ceux qui coûtent « un pognon de dingue » ?

jeudi 27 juin

Crédits photo : Philippe HUGUEN / AFP

Ce lundi 24 juin, la proposition du président du Conseil départemental de l’Aisne formulée lors de sa rencontre avec Emmanuel Macron dans le cadre du grand débat national a été votée : les bénéficiaires du RSA seront obligés d’effectuer 35h de travail par semaine pour toucher leur revenu. L’idée est que les chômeurs, s’ils ne veulent pas voir leur allocation du RSA réduite, devront consacrer 35h de bénévolat dans le cadre de leur projet de réinsertion. En d’autres termes, un bénévolat… obligatoire. Travailler sans être rémunéré, la nouvelle idée du gouvernement.

Preuve de l’indécence et de l’arrogance du projet, ce dernier a été baptisé « Aisne Actifs ». Dans la droite lignée des nombreuses déclarations du Président des riches qui nous expliquait que les aides sociales coutent « un pognon de dingue » ou qui proposait à un jeune chômeur de « traverser la rue » pour trouver un emploi, cette nouvelle mesure, dont le nom sous-entend que les chômeurs seraient « inactifs », vise une nouvelle fois à culpabiliser et à criminaliser ceux qui subissent de plein fouet la politique ultra-libérale du gouvernement.

Nicolas Fricoteaux, à l’origine du projet, affirmait même au micro de Franceinfo que l’un des avantages du projet serait d’en finir avec « les polémiques sur l’assistanat ». Ces soi-disant polémiques sont pourtant créées de toutes pièces par le gouvernement lui-même et les patrons qui, par ce type de mesures, cherchent à faire peser la responsabilité de la misère sur ceux qui la subissent. C’est en ce sens qu’une mère de famille interpellait le Président dans une lettre ouverte publiée sur Révolution Permanente il y a quelques mois : « Pensez-vous sérieusement que nous « inactifs » nous nous ennuyions ? Nous courons les administrations afin d’essayer d’avoir la place à l’emploi proposé celui où nous sommes parfois vingt à postuler, et vingt autres postuleront après, nous mettant en concurrence les uns contre les autres ».

En instaurant cette mesure dans une région, celle-ci sert bien évidemment de pilote. Nul doute que ce genre de mesures visent ensuite à être généralisées et étendues sur l’ensemble du territoire.

Cette criminalisation des chômeurs est d’ailleurs clairement assumée. En février dernier Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne Rhône Alpes, déclarait : « Je me bats pour que des heures de travaux d’intérêt général (TIG) soient réalisées en contrepartie du RSA ». La logique est donc très claire : les chômeurs sont des criminels, et devront faire des travaux d’intérêt généraux au même titre qu’une personne ayant commis un délit. Les TIG sont en effet en France une sanction pénale de substitution à l’emprisonnement.

Pourtant, c’est bien ce système et ces patrons qui parlent d’assistanat qui sont responsables du chômage structurel leur permettant de créer une concurrence entre les salariés, afin toujours dégrader leur salaire et leurs conditions de travail. Rappelons d’ailleurs que dans l’Aisne, un des départements les plus touchés par le chômage, il y a 22 personnes sans-emploi pour seulement une offre.




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