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Russie

Attentat sanglant dans la banlieue de Moscou : un drame déjà instrumentalisé par le régime

On dénombre à ce jour au moins 115 morts et plus de 121 blessés, lors de l'attaque hier soir d’une salle de concert à Krasnogorsk, dans la banlieue de la capitale russe, par des hommes armés. Alors que l'Etat islamique a revendiqué l'attaque, le gouvernement de Poutine accuse l'Ukraine.

Aretha Morozova

23 mars

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Attentat sanglant dans la banlieue de Moscou : un drame déjà instrumentalisé par le régime

20 ans après l’attaque contre Nord Ost et 7 ans après une explosion meurtrière dans le métro de Saint-Petersboug, la Russie de Poutine est de nouveau prise par surprise par une attaque. Dans la nuit de vendredi à samedi, des hommes armés et cagoulés ont tiré des coups de feu à l’intérieur du Crocus City Hall, où devait débuter un concert du groupe Piknik, et sur la file d’attente. Les vidéos montrent des spectateurs courir en masse en sautant les sièges ou encore se cacher entre les rangs d’une salle, qui a une capacité d’accueil d’au minimum 6200 personnes.

Des vidéos prises plus tard montrent un incendie dans l’une des ailes du bâtiment abritant le Crocus City Hall, apparemment dû à des chaises et à d’autres meubles incendiés avec un liquide inflammable par les mêmes hommes qui ont tiré sur la foule. Après avoir mis le feu au bâtiment, les assaillants se sont enfuis en voiture. Entre-temps, le maire de Moscou a suspendu toutes les activités prévues pour ce week-end. Les images datant de ce matin montrent le centre commercial en ruines, totalement détruit par l’incendie. Nos pensées vont d’abord aux familles des victimes après cette attaque ignoble.

Alors que l’État Islamique a revendiqué l’attaque, ce matin, le FSB a rapporté à Poutine l’arrestation de 11 personnes, dont quatre auteurs présumés de faits interceptés dans l’oblast de Briansk à côté de la frontière avec l’Ukraine. Cela a suffit aux autorités russes pour proclamer la responsabilité de Kiev dans l’attaque, le FSB affirmant que les assaillants avaient des contacts du côté de l’Ukraine et comptaient se réfugier dans son territoire après l’attentat. Dès hier soir, les médias du régime diffusaient de fausses images du secrétaire du Conseil de défense et de sécurité nationale d’Ukraine prenant la responsabilité pour l’attentat, montrant l’empressement du régime russe à blâmer l’Ukraine pour l’attaque.

Pourtant, début mars, les ambassades des États-Unis et du Royaume-Uni avaient émis des avertissements concernant d’éventuelles attaques contre des rassemblements de masse. Ces avertissements ont été rejetés par Vladimir Poutine, qui a déclaré à l’époque que « tout cela ressemble à un chantage pur et simple dans le but d’intimider et de déstabiliser notre société », lors d’une réunion avec les chefs du Service fédéral de sécurité (FSB).

En réponse aux déclarations de proches de Poutine accusant l’Ukraine - et l’OTAN - du crime, le porte-parole de la Maison Blanche pour la sécurité nationale, John Kirby, a déclaré que « rien n’indique que Kiev ait été impliqué dans l’attaque ». La porte-parole du ministère russe des affaires étrangères, Maria Zakharova, a réagi à ces déclarations en déclarant à la presse internationale : « Sur quelle base les fonctionnaires de Washington arrivent-ils à la conclusion, en pleine tragédie, que personne n’est impliqué ? » Elle a ajouté : « si les Etats-Unis ont ou avaient des données fiables à ce sujet, ils devraient immédiatement les remettre à la partie russe. S’il n’y a pas de telles données, alors la Maison Blanche n’a pas le droit d’accorder la clémence à qui que ce soit ».

Comme à l’époque des attentats de Nord-Ost et de Beslan, Poutine semble embarrassé par l’attaque surprise qui brise le mythe de la « stabilité » que prétend garantir son régime à la population. Celui qui a commencé son règne par la promesse de répondre brutalement à chaque attentat en proclamant « on ira les buter jusque dans les chiottes » reste muet plus de 17 heures après l’attaque. Initialement prévue pour hier soir, sa déclaration officielle a été annulée. Pendant ce temps, les médias internationaux se livrent à de nombreuses spéculations, compte tenu du contexte de la guerre entre la Russie et l’Ukraine (qui a été soutenue par l’OTAN dès le départ), dont le gouvernement russe profite pour reprocher à l’Ukraine son implication.

Si l’Etat islamique au Khorassan (groupe IS-K qui dirige ses opérations depuis l’Afghanistan) a revendiqué la responsabilité pour l’attentat dans sa chaîne Telegram, les faits exacts restent à confirmer. Dans tous les cas, cet attentat d’une brutalité qu’on n’avait jamais vu en Russie depuis deux décennies risque d’avoir des répercussions importantes sur le plan intérieur, permettant un nouveau saut répressif du régime réactionnaire de Poutine, mais aussi sur le plan extérieur, où il peut servir à justifier l’escalade dans la guerre en Ukraine.

Mis à jour 13h37. Plus de 17 heures après l’attaque, Poutine a fait une déclaration officielle. Le chef d’Etat russe a annoncé l’interpellation de quatre auteurs présumés de l’attaque à Crocus City Hall ainsi que de sept présumés complices. Il a parlé d’une « fenêtre » préparée pour les assaillants pour le passage de la frontière ukrainienne et a promis de punir toutes les personnes impliquées dans l’attaque « quelles qu’elles soient, quels que soient ceux qui les ont dirigées ». Poutine a fini la déclaration en affirmant que la Russie était prête à unir ses efforts avec d’autres Etats dans la lutte contre « le terrorisme international ».


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