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Balibar, Butler, Federici et Zizek se prononcent contre la répression au Chili

La liste ne s’arrête pas là et continue à s’allonger. L’enjeu central est de contrer la campagne de répression mise en œuvre par le gouvernement de droite chilien qui, parallèlement, a établi des discussions avec l’opposition de centre-gauche. Depuis le début de la mobilisation, on ne dénombre pas moins de 24 morts du côté des manifestantes et manifestants, plus de 6300 arrestations et plus de 2500 blessés, dont 260 blessés graves ou éborgnés

jeudi 21 novembre

Le couvre-feu et l’état d’urgence ont été levés, mais la répression continue. Plus forte que jamais, à mesure où les négociations entre le gouvernement et l’opposition pour trouver une issue à la profonde crise sociale que traverse le pays depuis début octobre achoppent. Les signataires, qui répondent à un appel lancé par La Izquierda Diario.cl, s’opposent à l’ensemble de l’arsenal répressif déployé par le gouvernement et tout droit issu de la dictature pinochétiste, à l’instar de la plainte présentée par Piñera contre Dauno Tótoro, pour « incitation à la révolte », une première depuis le début de la mobilisation.

Ce sont donc plusieurs centaines d’universitaires, d’artistes, de militantes et de militants politiques et des mouvements sociaux en Amérique latine et ailleurs dans le monde qui soutiennent ce texte, à l’instar de Slavoj Žižek, Noam Chomsky, Judith Butler, Silvia Federici, David Harvey, Etienne Balibar, Tithi Bhattacharya, Gilson Dantas, Ricardo Antunes, Massimo Modonesi, Fredric Jameson, Jules Falquet, Laurence De Cock, Christian Laval, Franck Gaudichaud, Eric Fassin, Philippe Corcuff, mais également Olivier Besancenot (NPA) ou Nicolás Del Caño, ancien candidat aux présidentielles en Argentine, ou l’écrivain et journaliste Tariq Ali. Côté latino-américain, la liste des signataires argentins est ouverte par l’ancien Prix Nobel de la Paix Adolfo Pérez Esquivel et la Mère de la Place de Mai Nora Cortiñas. Côté chilien, plusieurs acteurs, écrivains et artistes comme Anita Tijoux, Pablo Schwartz, Nestor Cantillana, Javier Rebolledo ou Víctor de la Fuente, ont également signé.

"Le président chilien Sebastián Piñera, souligne la tribune proposée à signature le 13 novembre continue à réprimer et à criminaliser le mouvement social en cours et il est responsable de graves violations des droits humains. Jeudi 7 novembre, il a annoncé en conférence de presse la convocation d’un Conseil de Sécurité Nationale (COSENA), un organisme créé sous la dictature. Il a également assuré vouloir intensifier la répression et la criminalisation du mouvement social en renforçant, par là-même, l’appareil de répression et les services de renseignement de l’Etat. Mardi 12 novembre, face à une mobilisation massive et en raison de la grève générale, il a annoncé que davantage de policiers seraient mobilisés de même que l’application d’une loi sur la sécurité adoptée sous la dictature contre ceux qui « incitent, promeuvent ou provoquent » des délits. L’objectif est donc d’intensifier la criminalisation du mouvement et les persécutions politiques.

Tout ceci a lieu alors qu’une grande rébellion populaire secoue le Chili. Le monde du travail et la jeunesse sont sortis dans la rue pour dire leur ras-le-bol par rapport à leurs conditions de vie (questions de salaire, de retraite, d’éducation, de santé, de transport), dans un pays où 1% de la population détient 26,5% de la richesse nationale alors que 50% des foyers chiliens n’en détiennent que 2,1%.

En guise de réponse à ces revendications, le gouvernement a lancé depuis le 18 octobre une répression absolument brutale qui a pu inclure l’instauration de l’état d’urgence et du couvre-feu. Le bilan est d’au moins 23 morts, des milliers de blessés et d’arrestations, avec plusieurs centaines de manifestants qui sont aujourd’hui incarcérés, mais aussi des centaines de plaintes de manifestants pour des cas de torture dans lesquels sont incriminés les carabiniers et l’armée. Le nombre de manifestants éborgnés par des tirs de la police a également suscité un véritable scandale au niveau international.

Malgré tout, le peuple du Chili continue à manifester. Il est prêt à poursuivre la lutte contre un gouvernement qui n’a plus aujourd’hui que le soutien de 10% de l’opinion publique.

C’est en ce sens qu’en tant que signataires de cet appel nous manifestons notre solidarité à l’égard de la lutte du peuple chilien et nous dénonçons avec force la répression orchestrée par le gouvernement par le biais de l’armée et des carabiniers. Nous exigeons la fin immédiate de la répression, nous défendons le droit de manifester, nous demandons la liberté pour les manifestants incarcérés, la fin de la COSENA ainsi que le jugement des responsables de la répression. Nous dénonçons également dans sa globalité le nouvel agenda répressif mis en avant par le gouvernement ainsi que l’application de la Loi de Sécurité Intérieure.

A travers cette déclaration nous nous faisons le relais d’une grande campagne internationale qui devrait être accompagnée de prises de position, d’événements et de mobilisations de façon à poursuivre la lutte jusqu’à battre en brèche la répression. Nous appelons les organisations de défense des droits humains, du monde du travail, du mouvement étudiant, de femmes, LGBT, des peuples originaires et des mouvements écologistes et, plus généralement, toutes les organisations populaires, à échelle internationale, à participer à cette campagne."

Aux côtés des principales signatures que l’on peut retrouver en ligne, on notera, parmi les premiers et premières signataires au niveau hexagonal, Alerta feminista, Mathilde Allain, chercheuse CREDA-IHEAL, Université Paris III Sorbonne Nouvelle, Eric Alliez, philosophe, Université Paris 8, Grey Anderson, historien, Université Caen Normandie, Gérard Aschieri, ancien secrétaire général de la FSU, CESE, Association Kâlî, Emmanuel Barot, philosophe, Université Toulouse Jean Jaurès, Annie Benvéniste, philosophe, Université Paris 8, Olivier Besancenot, porte-parole du NPA, Stephen Bouquin, sociologue, Université d’Evry, Luc Capdevila, historien, Université de Rennes, Alice de Charentenay, professeure de littérature, Université Paris 1 – Panthéon Sorbonne, Carmen Castillo, cinéaste, París-Santiago, Dorothée Chouïtem, historienne, Sorbonne Université, Nara Cladera, Réseau Syndical international de Solidarités et de Luttes, Philippe Corcuff, sociologue et politologue, Institut d’Etudes Politiques de Lyon, Norah Dei Cas Giraldi, professeure émérite de littérature, Université de Lille, Marnix Dressen-Vagne, sociologue, Université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, Laurence De Cock, historienne, Sabine Dupuy, sociologue, Cédric Durand, économiste, Université Paris 13, Guy Durand, professeur en développement rural, Agrocampus-Ouest, Rennes, Jules Falquet, sociologue et féministe, Université Paris Diderot, Eric Fassin, sociologue, Université Paris 8, Enrique Fernández Domingo, historien, Université Paris 8, Alain Frappier, écrivain et dessinateur, Désirée Frappier, écrivaine et scénariste, Franck Gaudichaud, historien et politologue, Université Toulouse Jean Jaurès, Yvette Marcela García, sociologue, Université de Strasbourg, Isabelle Garo, philosophe, París, François Godicheau, historien, Université Toulouse Jean Jaurès, Nacira Guénif, sociologue, Université Paris 8, Michèle Guillemont, professeure de littérature, Université de Lille, Anouk Guiné, spécialiste en études de genre, Université Le Havre Normandie, Janette Habel, historienne, CREDA-IHEAL, Université Paris III Sorbonne Nouvelle, Nathalie Jammet-Arias, historienne, Université Paris Nanterre, Laurent Jeanpierre, politiste, Université Paris 8, Fanny Jedlicki, sociologue, Université de Rennes 2, Alain Krivine, NPA, Richard Lagache, éditeur, Paris, Christian Laval, sociologue, Université Paris-Nanterre, Alvar de la Llosa, historien, Université Lyon 2, Michael Löwy, sociologue, Centre National de la Recherche Scientifique, Germaine Mandelsaft, traductrice, Micheyle Marlier, artiste, Roger Martelli, historien, revue Regard, Paris, Françoise Martinez, historienne, Université Paris 8, Selim Nadi, politiste, Lyon 2, Olivier Neveux, professeur d’histoire et d’esthétique, Ecole Normale Supérieure de Lyon, Ugo Palheta, sociologue, Université de Lille, Eugenia Palieraki, historienne, Université de Cergy-Pontoise, Stefano Palombarini, économiste, Université Paris 8, Willy Pelletier, sociologue, coordinateur général de la Fondation Copernic, Timothy Perkins, artiste, architecte, ENSCI-Les Ateliers, Roland Pfefferkorn, sociologue, Université de Strasbourg, Thomas Posado, politologue, Université Paris 8, Christine Poupin, porte-parole du NPA, Philippe Poutou, porte-parole du NPA, ex-candidat à la présidentielle, Nicolas Prognon, chercheur en histoire, Université Toulouse Jean Jaurès, Aurélie Prom, historienne, Université Paris 7 Denis Diderot, Lissell Quiroz, historienne, Université Rouen Normandie, Manuel Rebuschi, philosophe, Université de Lorraine, Matthieu Renault, philosophe, Université Paris 8, Réseau Féministe « Ruptures », Roselyne Rollier, Maison des Femmes Thérèse Clerc, Montreuil, Hélène Roux, sociologue, Sébastien Rozeaux, historien, Université Toulouse Jean Jaurès, Véronique Séhier, co-présidente Le Planning Familial, Paris, Patrick Silberstein, éditeur, Editions Syllepse, Paris, Jean Baptiste Thomas, historien, Ecole polytechnique, Paris, Ludivine Thouverez Almansa, historienne, Université de Poitiers, Jean Christian Tulet, géographe, Centre National de la Recherche Scientifique, Alexis Yannopoulos, Professeur de littérature, Université Toulouse Jean Jaurès.




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