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Politique

Face à une attaque historique

« Bataille juridique » contre l’Assurance chômage : à quand un plan de lutte par la grève ?

Ce jeudi 15 avril, la CFDT a annoncé son intention de s’engager dans la « bataille juridique » contre la réforme de l’assurance chômage, à l’instar de la CGT et de FO. Si une journée de mobilisation est appelée le 23 avril prochain, c’est bien d’un plan de bataille par la grève et l’action, regroupant l’arc de force le plus large possible, qui est nécessaire pour renvoyer dans les cordes le gouvernement.

vendredi 16 avril

Crédit photo : LUDOVIC MARIN / AFP

La CFDT « va déposer un recours en référé devant le Conseil d’Etat pour contester cette réforme parce qu’elle est injuste et totalement anachronique ». C’est avec ces mots que Laurent Berger, secrétaire général de la centrale syndicale, a annoncé ce jeudi 15 avril sur RMC son intention d’entrer dans la « bataille juridique » contre la réforme de l’assurance chômage. Une méthode de recours qui s’inscrit à la suite des annonces de la CGT et de Force Ouvrière qui, eux aussi, entendent mener cette bataille juridique. Dans les faits, si les trois syndicats se concertent, chacun d’entre eux devrait déposer des recours en référé distinct.

Pour la macronie, il s’agit assurément d’un désaveu, tant la direction de la CFDT s’est régulièrement affichée comme un allié de la politique du gouvernement depuis le début du quinquennat. Une annonce qui tombe mal pour l’exécutif, mis à la défensive ces dernières heures. En effet, Elisabeth Borne, ministre du travail, a ainsi concédé qu’il faudrait « corriger » un « effet indésirable » suite à la mise en avant du fait que cette réforme attaque violemment les plus précaires, et en particulier les femmes. Le compte à rebours est donc lancé, alors que la mise en application de la réforme est prévue pour le 1er juillet prochain.

Si bien sûr, le gouvernement cherche par cette manœuvre à redorer sa réforme sans en changer la nature et renouer avec une forme de dialogue social, il est tout aussi évident que, d’une part, c’est l’ensemble de cette réforme qu’il faut retirer et que, d’autre part, un rapport de forces d’une toute autre ampleur est nécessaire pour obtenir la victoire. Leïla de Comarmond explique dans un article des Echos que « les syndicats ont jusqu’à la fin mai pour la contester en justice s’ils veulent déposer un référé-suspension et pouvoir espérer, s’ils gagnent, empêcher la réforme en tout ou partie de s’appliquer ».

Face à une attaque historique et une réforme centrale du gouvernement Macron, il est bien sûr inconcevable de ne s’en remettre qu’aux bonnes volontés du Conseil d’État. Pourtant, la stratégie des directions syndicales a pour centre de gravité le terrain juridique.

Si une journée de mobilisation est prévue le 23 avril prochain, initié avant tout par les occupants des lieux culturels et rejoint principalement par la CGT et Solidaires, l’expérience des épisodes de lutte de classe intense de ces dernières années démontrent que les journées d’actions isolées ne suffisent pas à stopper la politique du gouvernement. Pire encore, une stratégie essentiellement basée sur le terrain juridique appuyée par des mobilisations sporadiques s’inscrit dans la droite lignée des « stratégies de la défaite » des directions syndicales de ces dernières années, de la loi travail à la réforme des retraites.

Tout au contraire, le centre de gravité du combat doit se situer sur le terrain de la lutte des classes alors que les attaques sont multiples : sur l’assurance chômage bien sûr, mais aussi sur le terrain des licenciements, des suppressions de postes jusqu’aux attaques racistes et liberticides incarnées par les lois séparatisme et sécurité globale. En d’autre terme, c’est la question d’un plan de bataille par la grève, la rue et l’action qui est aujourd’hui incontournable pour entrevoir des victoires.

Ainsi, l’enjeu est avant tout de construire la date du 23 avril par le biais d’assemblées générales de grévistes et de faire de cette date de mobilisation un point d’appui pour un mouvement d’ensemble pour le retrait sans condition de la réforme de l’assurance chômage et de la politique du gouvernement. Il est sûr qu’une dynamique de ce type, impulsée par la base des travailleuses et des travailleurs, changerait significativement le rapport de force et porterait un coup important à la politique du gouvernement.




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