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Parfois en GAV, jamais au garde à vous !

Bordeaux. Contrôle judiciaire, perquisition et GAV : les étudiants sous les coups de la répression

Depuis plusieurs semaines, la répression de la jeunesse s'intensifie. À Bordeaux, cinq jeunes ont été placés sous contrôle judiciaire la semaine dernière, et mercredi, deux étudiants et un jeune mobilisé ont été perquisitionnés à leur domicile et placés en garde à vue. Une tentative de museler la contestation : une réponse forte et unitaire s’impose !

Yann Causs

12 mai 2023

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Bordeaux. Contrôle judiciaire, perquisition et GAV : les étudiants sous les coups de la répression

Crédits photo : Sophie Serhani

Le mouvement étudiant bordelais ciblé par la répression

A Bordeaux, la jeunesse a été un acteur important de la mobilisation contre la réforme des retraites. En effet, si dès le mois de janvier, les AGs ont réunies plusieurs centaines d’étudiants dans les universités, l’utilisation du 49.3 a marqué un tournant dans la mobilisation de la jeunesse.

Comme dans toute la France, une radicalisation claire de la jeunesse s’est faite ressentir : les manifestations sauvages – réunissant près de deux milliers de personnes, dont une majorité de primo-manifestants – se sont multipliées, des lieux d’études ont été occupés comme l’école des Beaux-Arts et l’université Bordeaux Victoire, d’autres ont été bloqués comme l’université Bordeaux Montaigne et Sciences Po. À cela s’est ajouté une hausse des participants aux Assemblées Générales et la formation de cortèges de jeunesse massifs lors des manifestations de l’intersyndicale. Sans revenir sur l’ensemble des phases traversées par le mouvement étudiant à Bordeaux, il est clair que ces quatre derniers mois ont contribué à l’émergence d’une nouvelle génération militante dans la belle endormie, à l’image de la forte politisation en cours dans la jeunesse.

Mais cette dynamique s’est confrontée à une forte répression, qui s’approfondit depuis plusieurs semaines : nasses ciblées sur les cortèges jeunes et antifa en manifestation, violences policières, délogement de l’université Bordeaux Victoire occupée avec l’aide du RAID, ou encore multiplication des arrestations et des gardes à vues… avec pour objectif de terroriser toute la frange de la jeunesse qui s’est mobilisée.

Cette répression a pris une nouvelle tournure ces derniers jours : la semaine passée, pas moins de cinq jeunes ont été interpellés lors d’un rassemblement devant le commissariat, dont trois pour « soupçon d’outrage à agent » après avoir chanté des slogans. Après 48 heures de garde à vue, quatre d’entre eux écopent d’une interdiction de manifester en Gironde jusqu’à fin octobre et sont placés sous contrôle judiciaire. La cinquième concernée, âgée de 18 ans, a tenté de se défendre lors de son arrestation violente et risque aujourd’hui 8 mois de prison avec sursis et une amende de 1400 euros envers un policier.

Des peines hallucinantes, auxquelles sont venues s’ajouter l’arrestation et la perquisition de deux étudiantes et un jeune mobilisé à leur domicile et celui de leur famille ce mercredi. C’est notamment le cas de M. qui a été arrêtée à plusieurs heure de Bordeaux, avant d’y être rapatriée afin d’effectuer la perquisition de son appartement étudiant. Elle est depuis en garde à vue. Selon un article de Sud-Ouest, les trois jeunes, pour avoir participé à l’occupation de l’université de Bordeaux Victoire, sont accusées d’incitation à la violence, notamment à « incendier des poubelles » et « lancer des projectiles ».

Une véritable tentative de criminalisation des étudiants mobilisés, en particulier celles et ceux qui ont été présent à l’occupation du campus Victoire sur laquelle une enquête a été ouverte. La présidence [avait en effet déposé plainte contre X pour « intrusion non autorisée dans l’enceinte de l’établissement, trouble à la tranquillité et au bon ordre de l’établissement, et dégradation ou détérioration d’un bien appartenant à autrui ». C’est ainsi qu’au lendemain d’une interview publiée sur le site de l’université de Bordeaux du président Dean Lewis, souhaitant que « le campus de la victoire doit rester un lieu apaisé », une étudiante de ce même campus se retrouve en garde à vue. Un apaisement à la sauce matraque macroniste.

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Répondre à la hauteur de l’offensive répressive et autoritaire

La répression qui s’abat sur la jeunesse à Bordeaux s’inscrit dans une offensive plus large menée par le gouvernement, main dans la main avec les présidences d’universités.

L’objectif est clair, Macron veut terroriser et démoraliser toute une génération qui se politise en opposition à un régime qui a montré tout son caractère autoritaire. D’autant plus que la criminalisation de la mobilisation étudiante, en particulier des occupations, prépare le terrain à renforcement de la répression sur les lieux d’études. En ce sens, des députés républicains ont présenté jeudi un nouveau projet de loi visant interdire les occupations et y permettre l’expulsion par la police sans accord préalable de la présidence.

C’est également ce qu’a laissé entendre le président de l’université de Bordeaux, qui instrumentalise les dégradations et les coûts pour annoncer dorénavant « une meilleures sécurisation des accès », avec comme objectif « de trouver, avec les différents acteurs de ce campus, un nouvel équilibre entre l’ouverture et la sécurité ». Un discours qui veut cacher la politique répressive menée depuis le début de la mobilisation (refus constant de la banalisation des cours les jours de manifestation, fermeture du campus pour les AG, entrave régulière à l’activité des associations) et qui réaffirme la volonté de faire taire la contestation étudiante.

Face à l’offensive autoritaire de Macron et des présidences d’université, il est essentiel de construire une riposte collective, et exiger la suspension la suppression de toutes les lois qui visent à criminaliser nos luttes et nos engagements. Il faut également exiger la libération et la relaxe de tous les manifestants interpellés. Dans cette perspective, près de 200 personnes se sont rassemblées jeudi à Bordeaux, pour exiger la libération des trois jeunes perquisitionnés et interpellés. Une solidarité qu’il va falloir réitérer et amplifier, pour empêcher toute tentative du gouvernement de museler la colère. Parfois en garde-à-vue, jamais au garde à vous !


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