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Politique

Seveso seuil haut

Boréalis, une usine d’engrais mise à l’arrêt : le fantôme de Lubrizol hante l’industrie ?

L’usine d’engrais Boréalis, classée Seveso seuil haut, a du suspendre ses activités suite à la mise en place d’une procédure d’urgence à cause d’une perte d’alimentation électrique. L'origine de ce plan d’urgence reste flou, la direction de l’usine et la préfecture sont évasifs.

mercredi 2 octobre

Les pompiers ont été alertés ce matin par l’usine Boréalis située dans la banlieue de Rouen. Classée Seveso seuil haut, tout comme Lubrizol, le plus grand site producteur d’engrais du groupe Boréalis-Chimie en France est actuellement sous un plan d’organisation interne (POI) : une procédure d’urgence utilisée le plus souvent en cas d’incendie. Sans que l’on puisse obtenir de confirmation sur la cause exacte de la mise hors service de ce site de 50 hectares, les premières déclarations de la direction de l’usine et la préfecture s’accordent sur une perte d’alimentation électrique due à l’échauffement dans le poste électrique principal.

Un incendie probable, démenti par la direction et la préfecture

C’est dans un contexte tendu par l’incendie aux conséquences incertaines dans l’usine Lubrizol située à 4 km de l’usine Boréalis, que la direction de l’usine dément la reproduction du scénario d’il y a cinq jours. Une version contestée par les délégués syndicaux de la CGT, dont Christine Poupin : « le transformateur […] de l’alimentation générale du site, a subi une coupure franche d’électricité. Il y a eu un incendie et les pompiers sont nécessairement intervenus », « Les postes électriques sont très vétustes. Il y a déjà eu plusieurs alertes du CHSCT [Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail] sur cette question. À ce stade, plus rien ne fonctionne au sein de l’usine ». Les pompiers de Seine-Maritime, contactés par l’AFP, n’ont pas souhaité s’exprimer sur cet incident. Alors que le site stocke également des produits nocifs, notamment de l’ammoniaque et de l’acide nitrique.

Un site sous haute surveillance depuis 2011

Cette usine, rachetée par Boréalis à la filière de fertilisants de Total en 2013 est connue comme étant « le jumeau » d’AZF, qui en 2001 était tenue par la même filière du géant pétrolier. En 2011 d’ailleurs, dix ans après l’explosion toulousaine, l’usine rouennaise a connu un incendie de grande ampleur, ravivant la peur d’une explosion comparable au site de Toulouse. En outre, en 2014, un nuage orangé flottait au-dessus de l’usine sans que cela n’ait inquiété la préfecture. Autant d’accidents qui montrent tant la vétusté de l’usine que la non-réaction de la direction ou des politiques à cet égard.

Notre santé vaut plus que leur profits !

La préfecture, qui aujourd’hui tente de dédramatiser la situation en rassurant qu’un POI est seulement : « un incident de faible ou de niveau moyen qu’il (l’industriel, NDLR) est capable d’assurer seul » et qu’il y a en Seine-Maritime : « un déclenchement de POI chaque semaine » en Seine-Maritime. Mais pourquoi les pompiers se sont-ils donc rendus sur place si « l’industriel est capable de gérer seul » ? Depuis 5 jours, les habitants de Rouen voient des pluies d’hydrocarbures, des terres contaminées et des procédures de confinement. Pendant ce temps, l’omerta s’amplifie sur l’incendie de l’usine Lubrizol de la part des directions de l’usine et celle-ci est maintenue par les politiques locaux tel que le maire de Rouen ou la préfecture dans le cas de l’usine Boréalis. La catastrophe de Lubrizol a mis sous tension le secteur industriel et spécifiquement les sites Seveso seuil haut.

L’incendie de Lubrizol ou et celui probable de Boréalis ne sont en effet pas des cas isolés mais bel et bien le symptôme d’une gestion tournée exclusivement vers le profit des grands capitalistes : les propriétaires et grands actionnaires. Ainsi, un site dangereux peut sous-traiter son service de nettoyage à des personnels non-formés sur les problématiques du site pour dépenser toujours moins et ainsi augmenter les profits, au prix de l’augmentation des risques d’accidents. En ce sens, des revendications émergent, deux communes ont déjà exigé l’expropriation des sites Seveso, il faut discuter des conditions, une expropriation sans rachat des entreprises polluantes est un mot d’ordre à développer

Crédit photo : Le Parisien / AFP




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