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Boris Johnson à l’hôpital. Combien de morts à cause de sa gestion du virus ?

Le Premier ministre britannique, testé positif au Covid-19 il y a dix jours, a été admis lundi soir en soins intensifs. Boris Johnson a mis du temps à reconnaître la dangerosité du virus, mettant en œuvre une gestion désastreuse de l'épidémie dans son pays.

mardi 7 avril

 Crédit photo : Photo 10 Downing Street / AFP  

Boris Johnson, testé positif au Coronavirus il y a dix jours, a été transféré en soins intensifs lundi, au lendemain de son hospitalisation dans le centre de Londres. Depuis son diagnostic, le chef de gouvernement a ignoré les conseils sanitaires et avait continué de mener sa vie quotidienne normalement. Pas plus tard que le 3 mars, après sa visite dans un hôpital, il déclarait « avoir serré les mains de tout le monde », y compris des malades. Le 11 mars, alors que la secrétaire d’Etat adjointe à la Santé, Nadine Dorries, est diagnostiquée positive au coronavirus, Johnson refuse de se faire dépister et prétend n’avoir rien à craindre puisqu’il « se lave bien les mains ». Il est certain qu’au vu de son attitude, il ne s’attendait sûrement pas à une telle aggravation de son état de santé. Il a en effet fallu du temps à Boris Johnson pour prendre le Covid-19 au sérieux.

Son attitude légère vis-à-vis des consignes sanitaires a au moins le mérite d’être cohérente avec sa gestion nationale de la crise. Depuis le début de l’épidémie, Johnson a en effet largement sous estimé l’épidémie et a préféré miser sur « l’immunité collective ». Il a géré la crise sanitaire avec un temps de retard sur les autres pays – déjà loin d’être à la hauteur eux-mêmes – et, ironie du sort, jusqu’à sa propre contamination. Pour rappel, le principe d’immunité collective consiste à ce qu’une grande partie de la population (plus de 60% selon certains épidémiologistes) soit contaminée par le virus, pour développer une immunité et arrêter de fait la propagation du virus. Cette « stratégie » était présentée comme le contraire du confinement, mais en réalité, tant qu’aucun vaccin n’est développé, les pays ne peuvent faire autre chose que miser sur l’immunité collective à plus ou moins long terme.

Au-delà du fait que l’on est loin de tout savoir sur le virus lui-même, sur ses manières de se propager et ses capacités de mutation, la gestion de Johnson n’est pas une solution. Elle n’empêche absolument pas ce qu’on voit dans les pays européens et aux États-Unis, à savoir un nombre important de morts et une saturation des hôpitaux qui manquent de moyens et de personnels depuis des années. À l’heure actuelle, la stratégie la plus efficace semble être celle des dépistages massifs.

Le 18 mars, après plus de 8000 morts recensés dans le monde, Johnson est contraint de prendre des mesures et ferme les écoles mais continue d’affirmer que le Royaume-Uni est « une terre de liberté » et qu’il ne « veut pas en arriver aux mesures qu’on a vues dans d’autres pays ».

Le chef du gouvernement va finalement faire machine arrière et changer de stratégie lorsque l’hôpital Northwick, au nord-ouest de Londres, tire la sonnette d’alarme : ils n’ont quasiment plus aucun lit de réanimation disponible. Le 23 mars, l’exécutif britannique se résout enfin à confiner sa population et quelques jours plus tard, le pays franchit le seuil des 1000 décès et 17 000 contaminés.

L’attitude et la gestion de Boris Johnson ont été particulièrement irresponsables, même au regard des autres gouvernements européens, qui pourtant sont loin de tout faire pour endiguer l’épidémie et éviter des morts supplémentaires. Ses choix stratégiques ont été lamentables et il a grandement sous estimé ce qu’était le Covid-19. Ironie, il est maintenant en soin intensifs à l’hôpital et « est plus gravement malade que lui ou ses fonctionnaires ne sont prêts à l’admettre », comme le déclare le quotidien The Guardian.




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