^

Politique

L'affaire traine depuis 2012

Bygmalion. Les recours des prévenus rejetés. Sarkozy bientôt devant les juges ?

Soupçonné d'avoir dépassé de plus de 35 millions d'euros le plafond de dépenses de campagne autorisé lors des élections présidentielles de 2012, Sarkozy et les 13 autres prévenus impliqués dans l'affaire Bygmalion viennent de perdre une bataille. En effet, les recours que ces derniers avaient déposés pour se tirer d'affaire ont été rejetés par la Cour d'appel de Paris ce jeudi 15 décembre. Le glas de Sarkozy aurait-il sonné ?

vendredi 16 décembre 2016

Eliane Le Floch

Trois semaines après sa défaite cuisante aux primaires de la droite, Sarkozy et son clan encaissent un nouveau coup. Les recours pour vices de procédure portés devant la justice pour faire obstacle à la tenue de leur procès dans le cadre du financement frauduleux de la campagne présidentielle du candidat de l’UMP en 2012, ont été rejetés.

Aujourd’hui, au niveau juridique, seul le pourvoi en cassation permettrait aux 14 hauts responsables de feu l’UMP et membres de la direction de l’entreprise Bygmalion mis en cause dans l’affaire, d’échapper à un procès.

Alors que l’ensemble des prévenus est mis en examen pour faux ou usage de faux, abus de confiance ou recel, escroquerie ou complicité, et complicité de financement illégal de campagne, les proches de Sarkozy tentent de défendre leur chef en expliquant que lui, au contraire « n’est visé que dans le cadre bien spécifique d’un dépassement de comptes de campagne ». Il faut sans doute comprendre derrière cette ligne de défense que le respect des principes démocratiques du pays, et notamment des règles régissant l’élection la plus importante de la Vème République, sont choses toutes secondaires pour le clan Sarkozy.

Mais au fond, que la clique sarkozyste tienne un tel discours est plutôt cohérent avec le parcours de l’homme politique et celui d’une grande partie de la classe politique bourgeoise. Plus choquant au premier abord est la peine qu’il encourt s’il venait à être condamné. En effet, la peine maximale qu’il risque est une amende de 3 750 euros et un an d’emprisonnement. Dérisoire, quand on sait qu’il s’agit de condamner un homme qui a dépensé de manière irrégulière plusieurs dizaines de millions d’euros. La peine de prison d’une durée d’un an pourrait paraitre un peu plus dissuasive, surtout lorsque l’on connait l’état de saleté et de surpopulation scandaleux des prisons françaises, mais il ne fait aucun doute que si condamnation il y a, l’ex-chef de l’Etat ne devrait pas avoir trop de soucis à se faire, et se verrait incarcéré dans une prison plus « accueillante » que Fresnes. Si la peine est bien légère comparée à ce que risque n’importe quel citoyen pour le moindre écart vis-à-vis de la loi, il faudra de toute façon s’attendre à ce que l’issue du procès soit encore lointaine. Un temps de latence saisissant quand on constate à quelle vitesse les manifestant de la loi travail, ou bien encore les frères d’Adama Traoré, se retrouvent au tribunal, avec au préalable des incarcérations préventives. Que Nicolas Sarkozy et l’ensemble des personnes impliquées dans l’affaire Bygmalion se rassurent, la justice bourgeoise à les yeux grand ouverts quand elle rend ses verdicts, et elle sait reconnaître les siens.
_




Mots-clés

bygmalion   /    corruption   /    Nicolas Sarkozy   /    Politique