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Politique

6.2% d'inflation en octobre

CNR et « dialogue social » : face à l’inflation, Macron cherche une solution pour calmer la colère

Ce vendredi, les chiffres publiés par l’INSEE confirment la dégradation de la situation économique avec une inflation qui atteint 6,2 % sur an. Si dans ce contexte la revendication de l’indexation des salaires sur l’inflation commence à se répandre, Macron cherche a dévier la colère sur le terrain du « dialogue social ».

lundi 31 octobre

Crédits photo : Ludovic Marin/AFP

Alors que la macronie tente ces derniers mois de « rassurer » la population sur la hausse des prix, la situation économique en France continue de s’assombrir. Ce vendredi, les données mensuelles publiées par l’INSEE témoignent d’une nouvelle dégradation. Le PIB du pays n’a augmenté que de 0,2 % au troisième trimestre et les prévisions de l’institut tendent vers une croissance nulle pour le 4ème trimestre en raison d’une baisse de la consommation sur l’année.

Et pour cause, l’inflation poursuit sa hausse, atteignant 6,2 % sur un an pour le mois d’octobre. Un niveau inédit – le plus élevé depuis 1985 – qui se répercute en premier lieu sur les plus précaires puisque ce sont les prix des produits de première nécessité et de l’énergie qui augmentent le plus fortement : 11,8 % d’augmentation pour les produits alimentaires, 16,9 % pour les produits frais, et 19,2% pour les prix de l’énergie, alors même que le bouclier tarifaire et la remise à la pompe sont encore en place.

Dans ce cadre, alors que cela fait déjà plusieurs mois que l’hiver s’annonce rude, la revendication de la hausse des salaires et plus récemment de leur indexation sur l’inflation s’est imposée sur le devant de la scène. Impulsée par les raffineurs, la dynamique de grève pour les salaires dans le pays a donné voix au chapitre au mot d’ordre d’indexation des salaires. Repris ensuite par la direction de la CGT et des secteurs de la NUPES, il trouve un écho important dans une situation où les salaires se dégradent dans de nombreux secteurs du monde du travail. En témoigne le sondage réalisé par Ifop la semaine dernière qui montre que 87 % de la population souhaite que les salaires soient indexés sur l’inflation.

Face à cette mesure, le refus du gouvernement est clair. Dans son entretien donné à France 2 ce mercredi, Macron a longuement expliqué pourquoi il s’opposait à l’indexation des salaires sur l’inflation, reprenant l’argumentaire préféré des éditorialistes bourgeois de la « boucle prix-salaires ». Dans le même temps, Macron n’a annoncé aucune mesure sur les salaires, expliquant : « les augmentations (de salaire), ce n’est pas l’État qui les décide ». Une façon de masquer l’attitude réelle du gouvernement ces derniers mois, qui a cherché à empêcher à tout prix toute augmentation générale des salaires.

Pour autant, la fébrilité du gouvernement, qui craint une aggravation de la situation sociale dans les mois à venir, se fait sentir. Sur France 2 toujours, Macron a ainsi été contraint d’évoquer « une grande conférence sur le partage de la valeur » dans le cadre du Conseil National de la Refondation. Une tentative de se positionner sur la question désormais incontournable des salaires et des profits milliardaires des grandes entreprises.

En coulisses, la question occupe les ministres qui s’agitent pour faire des propositions sur ce terrain. Selon Les Echos, face aux craintes d’un mois de janvier tendu socialement, Pascal Canfin a ainsi été chargé d’un travail sur les superdividendes après la suppression par Bruno Le Maire de l’amendement du MoDem sur la question la semaine dernière. De son côté, Darmanin, qui cherche tactiquement à se mettre en scène en ministre à l’écoute des classes populaires, souhaiterait lancer une réflexion sur « le salaire des grands patrons et la hausse des salaires »...

Si la macronie continue de vouloir protéger coûte que coûte le patronat, il sait qu’il marche sur des braises et cherche des solutions pour éviter l’explosion sociale. Alors que le gouvernement cherche le moyen de canaliser la colère sur la question des salaires, le « dialogue social » pourrait rapidement revenir en force, pour ramener la CGT à la table des négociations après que celle-ci ait quitté les concertations sur la réforme des retraites au moment de la grève des raffineurs.

Après avoir systématiquement cherché à empêcher les hausses de salaires depuis 5 ans, il n’y a rien à attendre des gestes que pourrait proposer le gouvernement dans les mois à venir, à commencer par sa « conférence sur le partage de la valeur ». Au contraire, de tels cadres visent à empêcher de façon préventive toute possibilité d’une convergence sur le terrain des salaires qui pourrait embraser le pays alors que la colère est forte dans de nombreux secteurs du monde du travail.

En ce sens, face à la fébrilité de la macronie, l’urgence est d’imposer un véritable plan de bataille pour construire un « tous ensemble », seul moyen d’arracher des augmentations générales des salaires et leur indexation sur l’inflation. Un plan de bataille qui devrait commencer par exiger une grève interprofessionnelle d’au moins 48 heures, pour bloquer le pays en s’inspirant des secteurs en grève pour les salaires comme les travailleurs de Géodis, en appuyant leurs luttes, et en cherchant à mobiliser toutes celles et ceux qui sont conscients de l’urgence. Une perspective qu’il faudra porter dans la grève interprofessionnelle du 10 novembre appelée par la CGT.



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