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Monde

Pour une augmentation des salaires

Ce mercredi, Grève Générale en Belgique

A 3 mois des élections, la Belgique pourrait se retrouver paralysée par une grève générale appelée par un front syndical, sur la question des salaires mais aussi contre les politiques libérales de ces dernières années.

mardi 12 février

Crédit photo : DR

Les syndicats CSC (chrétien), FGTB (socialiste) et CGSLB (libéral), rassemblés autour d’un front commun, ont appelé à la grève générale ce mercredi 13 février.

Cette date de mobilisation, qui s’annonce très suivie, fait suite à l’échec des négociations avec le patronat au sujet de l’augmentation des salaires pour 2019 et 2020. Le patronat s’est montré intransigeant en ne proposant que 0,8% d’augmentation, la limite autorisée par la loi de 1996. Les syndicats souhaitent une augmentation de 1,5% minimum et n’en démordent pas.

Lorsque l’on voit qu’en 2017, les 5 000 entreprises belges les plus importantes ont vu leur chiffre d’affaire grimper de 10% et leur bénéfice de 5%, on constate que de l’argent, il y en a. Selon LaLibre.be, les bilans comptables font état d’un total de 675 milliards d’euros de chiffre d’affaire, soit 9,8% de plus qu’en 2016. Le bénéfice total net a par ailleurs augmenté de 5%, soit 24,2 milliards d’euros.

« Il est dès lors grand temps de montrer qui fait tourner ce pays et son économie »

« Après trois des quatre réunions de négociation prévues, il est clairement apparu qu’aucun accord ne serait possible avec les représentants des entreprises et des actionnaires. Il est dès lors grand temps de montrer qui fait tourner ce pays et son économie. Il est temps que chacun se rende compte de ce qui se passe lorsque les travailleurs décident que trop, c’est trop et que cette situation ne peut plus durer », peut-on lire dans un communiqué de la CSC.

La FGTB, de son côté, explique qu’ « Outre une marge d’augmentation des salaires minimums, les employeurs souhaitent accroître la flexibilité alors qu’ils ont déjà obtenu une flexibilité démesurée au travers de l’adoption de la loi sur le travail faisable conclue sous ce gouvernement ».
C’est donc une grève générale qui a été appelé pour ce mercredi contre la politique libérale menée depuis plusieurs décennies par les gouvernements de coalition successifs. Et d’après tous, elle sera largement suivie.

Le pays paralysé

L’ensemble des secteurs vont être durement touchés. Les transports seront perturbés même si on s’attend à la SNCB à ce que près de la moitié des trains circulent, du fait du service minimum en cas de mouvement social mis en place depuis mars dernier, comme Nicolas Sarkozy avait pu le faire en France.

L’aéroport de Charleroi sera complètement à l’arrêt, la compagnie aérienne Brussels Airlines a supprimé la totalité de ses 222 vols.

D’après la Centrale nationale des employés, la plupart des hôpitaux du pays seront touchés par la grève et il y aura soit un service minimum soit un service limité. Il est prévu de faire des piquets devant certains hôpitaux pour ne laisser rentrer que le personnel requis pour le service minimum.
La collectes des déchets, les dockers, les chauffeurs routiers, les chauffeurs de taxi sont appelés à se mobiliser et à se joindre aux blocages. Des barrages devraient être installés aux abords des centres commerciaux et des entreprises. Les régions industrielles comme Liège ou Charleroi seront bloquées en priorité.

Des revendications au-delà de l’augmentation salariale

Si la journée est appelée pour l’augmentation des salaires, les syndicats, à l’instar de la FGTB, ont tout un programme revendicatif qui, à trois mois des élections, résonne plus profondément dans la société belge. En effet, si la Belgique a également ses Gilets Jaunes, avec une mobilisation certes moins avancée qu’en France, il n’en reste pas moins que les raisons de la colère sont les mêmes, par exemple la vie chère ou l’injustice fiscale.
Le taux de chômage dans la jeunesse était de 12,8 % en Flandre, et de 29 % en Wallonie en 2017.
Il y a donc de véritables raisons de se mobiliser, d’autant plus que la politique de Michel contre le chômage, qui se résume à sa formule « Jobs, jobs, jobs », n’offre aucune garantie puisque repose sur des contrats courts et précaires.
La réforme des retraites avait provoqué la colère en 2018. Ce sont les parties de la population les plus précarisées qui subissent les attaques du gouvernement Michel. Il est donc plus que logique que les revendications syndicales comme une hausse des salaires, une hausse des allocations et pensions, de meilleures conditions de fin de carrière, puissent mobiliser largement.

Le syndicat FGTB réclame une réforme profonde de la nouvelle loi salariale, une augmentation du salaire minimum à 14€/heure ou 2.300€/mois, une pension de retraite au minimum de 1.500€ net, une pension correspondante à 75% du salaire moyen du travailleur, le relèvement des allocations de 10% au-dessus du seuil de pauvreté, l’égalité salariale « À travail égal, salaire égal ! ». Il revendique également un renforcement des services publics qui ont été détricotés par les gouvernements successifs et des factures de biens et services essentiels (eaux, gaz, électricité) raisonnables.

À la veille des élections, cette journée de grève générale vient mettre une pression au gouvernement Michel déjà affaibli depuis le départ théâtralisé du gouvernement des nationalistes flamands du N-VA. Le gouvernement voudrait justement canaliser la colère qui monte de toutes parts dans ces élections qui arrivent à grands pas. Le ministre (CD&V) de l’Emploi, Kris Peeters, a interpelé les syndicats et le patronat- qui est divisé entre Flamand et Wallon- « Après le jour de grève, revenez à la table, il faut trouver une solution au niveau fédéral, les confédéralistes sont en embuscade ».

La menace de l’implosion de l’Etat belge est donc agitée d’un côté, de l’autre le Vlaams belang et la N-VA jouent sur la peur et la xénophobie. Il n’y aura pas de vote utile entre des partis (N-VA compris) qui se partagent le pouvoir depuis des années et qui ont mené des politiques austéritaires et ceux qui font porter les raisons de la colère sur les migrants et les classes populaires.
Au contraire, cette première journée doit marquer une offensive contre ce gouvernement et le patronat belge qui veut encore plus de réformes afin d’engranger toujours plus de bénéfices. Pour cela, une seule journée ne suffira pas, mais il faut que tous les travailleurs s’emparent de ce combat et débordent cette première journée.




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