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Monde

52.000 voix pour les listes du PTR

Chili. Quelle portée pour les scores de la gauche révolutionnaire ?

Avec 50.000 voix et de bons scores dans certaines des circonscriptions ouvrières et populaires les plus importantes du pays, le Parti des Travailleurs Révolutionnaires a montré que la dynamique ouverte par la grande révolte d’octobre et novembre 2019 au Chili n’est pas refermée.

mardi 18 mai

Les élections de ce week-end, au Chili, qui se déroulaient à quatre niveaux (mairies, conseils municipaux, gouvernorats de province et Convention constituante) ont été marquées par une défaite pour la droite, pour les démocrates-chrétiens et pour les socialistes qui se sont alternés au pouvoir depuis la fin de la dictature. Elles ont également montré qu’un espace, à gauche, s’est consolidé, à la suite du processus historique de mobilisations du printemps austral 2019 contre l’héritage pinochétiste et le gouvernement de Sebastían Piñera. En témoignent, notamment, les résultats surprenants des candidats indépendants, à la Convention constituante, et les très bons scores obtenus par la gauche radicale, menée par le Parti Communiste et le Frente Amplio.

Dans ce cadre, une seule liste se présentait sous les couleurs de la gauche révolutionnaire et défendait ouvertement un programme anticapitaliste et révolutionnaire. Dès lors que l’ensemble du champ politique, de la droite au Frente Amplio, ont appuyé, fin 2019, la proposition de « sortie de crise » de Piñera consistant à convoquer un processus référendaire pour décider de l’avenir constitutionnel du pays, les camarades du Parti des Travailleuses et Travailleurs Révolutionnaires (PTR) ont lancé un appel à l’ensemble de la « première ligne » des manifestants, des secteurs mobilisés qui avaient refusé la trêve décidée par la Centrale Unique des Travailleurs et le PC ayant permis à Piñera de se maintenir au pouvoir, et à l’ensemble des courants politiques se revendiquant de la révolution, pour présenter une alternative politique du monde du travail, dénonçant les limites et les pièges du « processus constituant » et appelant à reprendre le chemin de la mobilisation pour imposer une Constituante libre et souveraine, sur la base de la chute du régime actuel.

Le processus électoral, qui s’est joué en plusieurs étapes, a été maintes fois ajourné, pour cause de pandémie, qui a servi également à placer sous cloche le mécontentement populaire et « geler » la dynamique née du printemps 2019. En dépit de la situation sanitaire catastrophique et malgré l’ensemble des obstacles empêchant les protagonistes de la révolte de se présenter et favorisant les partis institutionnels ou pouvant déjà se présenter aux élections, le PTR a lancé une campagne de mobilisation pour rassembler les signatures nécessaires pour que la gauche révolutionnaire puisse se faire entendre. Au final, il n’a pu se présenter que dans sept districts électoraux, avec 52 candidates et candidats sur ses listes pour la Convention constituante, des listes locales, pour les élections municipales, à Santiago, Valparaíso, Temuco, Antofagasta et Arica et pour les élections au gouvernorat de la région d’Antofagasta, le cœur de l’industrie minière et l’un des centres portuaires les plus importants du pays. Le PTR n’a pas obtenu de député à la Convention, mais la campagne et les scores réalisés témoignent d’une dynamique encourageante pour l’avenir.

Avec des candidats reflétant l’avant-garde des luttes de ces dernières années et, plus particulièrement, de la révolte de 2019, travailleuses et travailleurs du rang, syndicalistes combatifs, activistes du mouvement des femmes et de la jeunesse, le PTR a réussi à rassembler sur ses candidatures pour la Convention constituante un peu plus de 52.000 voix dans tout le pays (près de 90.000 toutes élections confondues), soit un peu plus de 0,9% des voix pour la Constituante au niveau national. Ce résultat rend compte de la projection d’une petite organisation au niveau national et de l’écho qu’un discours lutte des classes, anticapitaliste et révolutionnaire a pu avoir, localement, dans le pays, notamment dans les villes et les quartiers populaires. Ainsi, dans la région d’Antofagasta, la liste conduite par Daniel Vargas, avocat travaillant au service des syndicats combatifs, a obtenu plus de 10.000 voix, soit 6,9% des suffrages exprimés.

Le résultat le plus impactant est sans doute le score réalisé par Lester Calderón, ouvrier de l’usine d’explosifs Orica, qui se présentait au poste de gouverneur de la région d’Antofagasta. Il a rassemblé sur sa candidature plus de 21.000 voix, soit 12,8% des suffrages exprimés. Toujours pour Antofagasta, une jeune médecin, Natalia Sánchez, militante du PTR, est l’une des neuf élues du conseil municipal. Sa campagne a reflété son ancrage local, Sánchez ayant été l’une des organisatrices des Brigades médicales d’aide et soutien aux manifestants et c’est une militante reconnue du Comité de mobilisation de la ville (« Comité de Resguardo y Emergencia »), l’une des pointes avancées de la révolte de 2019.

Au niveau local, les listes du PTR ont également enregistré de bons scores dans plusieurs circonscriptions populaires du pays, 3580 voix dans le district 23 (Sud du pays, Temuco, Tolten, Villarrica, Freire, etc.), 5413 dans le district 12, dans la banlieue de Santiago (Puente Alto, La Florida, La Pintana, Pirque, San José de Maipo), près de 6000 dans le disctrict 9, toujours dans la banlieue de la capitale (Cerrillos, Colina, Estación Central, Lampa, Maipú, Pudahuel, Quilicura y Tiltil) ou encore 8000 pour le district 13 (Cerro Navia, Conchalí, Huechuraba, Independencia, Lo Prado, Quinta Normal, Recoleta, Renca).

La campagne, menée à contrecourant de toutes les illusions qu’ont pu entretenir le PC et le Frente Amplio sur ce que pourrait être une « vraie Constituante de gauche », a été conduite par des travailleuses et des travailleurs et pour le monde du travail et la jeunesse, en défense de leurs revendications, des droits des femmes, notamment le droit à l’IVG, et du droit à l’autodétermination des peuples autochtones. En témoigne, par exemple, les soutiens qu’a reçus Calderón autour de sa candidature de la part de certaines des structures syndicales les plus importantes de la région industrielle et minière du Nord du pays, Antofagasta, comme le syndicat n°1 et n°2 CODELCO de la mine de Chuquicamata, de Conveyor Service, des travailleuses de l’agroalimentaire (Sindicato N°1 Manipuladoras de Alimentos Antofagasta), des syndicats de l’éducation ou encore des quartiers populaires et du mouvement de défense de l’environnement (Federación Nacional de Pobladores- Calama/Fenapo et #MovimientoAmbientalCalama), autant de soutiens de poids de la part de secteurs combatifs dans cette province qui est l’une des principales productrices de cuivre au monde, ravagée par les appétits patronaux et la pollution liée à l’industrie minière.

Comme l’a souligné Calderón à l’annonce des résultats, « le PTR a participé à ces élections en faisant un grand effort militant, sans les fonds que le grand patronat donne à ses partis politiques. Nous sommes fiers que notre programme ait pu arriver à des centaines de milliers de travailleurs, d’avoir pu organiser des centaines de camarades qui ont participé à notre campagne dans les entreprises, dans les lycées et les universités, dans les quartiers populaires, pour défendre la seule perspective réaliste pour en finir avec ce régime qui dure depuis trente ans, héritier de la dictature : reprendre le chemin de la lutte de 2019 et renverser ce régime qui est synonyme de misère et de répression pour des millions de travailleurs et de travailleuses ».




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