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Clusters à l’Université : Vidal nie la situation, il faut un plan et des moyens à la hauteur !

Face à l'inéluctable augmentation de la contagion au sein des universités, au point d'en faire le principal cluster à ce moment, Frédérique Vidal a pris la parole au micro d'Europe 1 pour assurer que les universités n'allaient pas fermés. Selon la ministre, ce n'est pas la catastrophique gestion de la crise sanitaire par les universités qui provoquent cette hausse importante du nombre de cas, mais ce sont les activités extérieures des étudiants.

mercredi 30 septembre

Crédit photo : Le Poing Levé

Cluster à l’université, responsabilité individuelle ou absence de plan sanitaire à la hauteur ?

Le 24 septembre dernier, Santé Publique France publiait un rapport qui estimait le nombre de cluster en milieu éducatif (École et université) à 383 ce qui équivaut à environ 16% du total des clusters recensés. Pour les clusters en cours d’investigation, le secteur de l’éducation en concentre 285 soit près de 32% du total ! Face à ce constat, le gouvernement n’a pas tardé à réagir notamment au travers de la ministre de l’enseignement supérieur et de l’innovation, Frédérique Vidal, ainsi que du ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer.

Pour ce dernier, les universités seraient l’un des foyers principaux de contamination du fait de l’activité hors-université des étudiants. Dans une interview pour Le Figaro que : « Vous pouvez avoir un établissement ou vous avez 15 étudiants qui présentent des symptômes, et vous vous rendez compte qu’ils sont dans 4 promotions différentes qui se croisent jamais. Simplement ce sont des amis... »

Le discours est clair : la contamination serait liée à la responsabilité individuelle des étudiants, qui sortent au bar et font des soirées entre amis, et surtout pas liée à la gestion catastrophique de la crise sanitaire dans les universités où les amphis et TDs bondés ne permettent souvent pas de respecter la distanciation physique. La ministre ajoute d’ailleurs à sa précédente déclaration qu’ « Il n’y a pas de corrélation entre l’apparition d’un cluster chez les étudiants et les personnels », une phrase dont la visée est de déresponsabiliser le ministère et les directions universitaires, remettant la faute sur les étudiants et leurs « activités extérieures ».

Le constat qui est établi par les ministres ne semblent toutefois pas correspondre à la réalité quotidienne des étudiants et du personnel universitaire. En effet, même si la ministre défend toujours au micro d’Europe 1 que « Ce que je peux vous garantir c’est que les chefs d’établissements ont travaillé tout l’été avec leur équipe pour préparer cette rentrée, que nous avons mis des masques à disposition des universités pour les cas où les étudiants n’en auraient pas, que quatre scénarios ont été prévus en fonction de l’aggravation de la situation », les photos et vidéos d’amphithéâtres bondés sont légion sur les réseaux sociaux. De même, sur Twitter, le hastag #BalanceTaFac a été très largement repris comme en atteste ces quelques exemples de l’université de la Sorbonne et de l’université Paul-Sabatier

Ces images remettent profondément en cause la logique de la « responsabilité individuelle » que pointe le gouvernement et montre à l’inverse les conséquences sur les universités d’une gestion sanitaire placée sous le signe de l’austérité. Les marquages au sol, la distribution de gel hydroalcoolique, l’affichage des gestes barrières et la maigre distribution de masques ne constituent en effet que de faibles mesures pour assurer des conditions d’études à la hauteur de la crise sanitaire, dans des universités déjà en difficulté pour accueillir l’ensemble des étudiants.

L’impréparation du gouvernement se combine alors à des années de casse du service public universitaire, de la même manière que pour les hôpitaux, avec des réformes successives réduisant toujours plus les budgets alloués au fonctionnement des universités avec une volonté claire de réduire les capacités d’accueil par la sélection (Parcoursup), d’autonomiser toujours plus les universités favorisant une logique de privatisation. Comme le notent les professeurs signataires d’une tribune dans Le Monde : « De prime abord, on serait tenté d’attribuer ce bilan au fait que la crise sanitaire, inédite, a pris de court les bureaucraties universitaires, très semblables à celles qui, depuis vingt ans, entendent piloter les hôpitaux avec le succès que l’on a vu. Mais une autre donnée vient éclairer cette rentrée : les universités accueillent 57 700 nouveaux étudiants, sans amphithéâtre ni salle supplémentaire, sans le moindre matériel, sans le plus petit recrutement d’universitaires et de personnel administratif et technique. Ces trois dernières années, le budget des universités a crû de 1,3 % par an, ce qui est inférieur à l’effet cumulé de l’inflation et de l’accroissement mécanique de la masse salariale. »

Précarité, fermetures universitaires et sélection sociale

La crise économique historique qui est en train de se développer a très largement touché la jeunesse qui occupent les postes de travail les plus précaires (Intérim, CDD, formation, etc..) et a entraîné des vagues importantes de licenciements et de suppression de poste. Cette crise a d’autant plus touché les étudiants précaires puisque 50% des étudiants sont obligés d’avoir un emploi pour pouvoir payer leurs études, les licenciements et la crise de secteurs comme la restauration ont donc une conséquence directe sur leur possibilité d’étudier. De plus, l’absence de masques distribués gratuitement par les universités limite la protection sanitaire le même masque peut-être parfois utilisé durant toute une semaine, en l’absence de moyens financiers pour s’en procurer d’autre pour les plus précaires.

En l’absence de moyens supplémentaires, la mise en place des cours en distanciel pour assurer, quoique de manière très relative, un roulement au sein des amphithéâtres et des salles de TD demeure la seule solution à la disposition des facs. Pour les universités les plus strictes, le choix du distanciel a pour conséquence de détériorer les conditions d’études des étudiants les plus précaires. A l’inverse, une gestion sanitaire plus lâche, qui va de pair avec l’impossibilité de respecter la distanciation sociale donne lieu à un risque élevé pour les étudiants et le personnel.

Dans les deux cas, la situation risque de renforcer les phénomènes de sélection sociale pour les étudiants les plus précaires, qui serait encore aggravée en cas de fermeture. Frédérique Vidal a récemment précise qu’« il n’est absolument pas envisagé que l’on referme l’ensemble des universités », mais la gestion sanitaire chaotique tend à favoriser un tel scénario. Or, une fermeture des universités serait dramatique pour les étudiants les plus précaires puisque cela impliquerait un passage au distanciel pour l’ensemble des cours. Pour faire un parallèle, s’il existe des « licenciements d’aubaine » dans les entreprises sous prétexte de crise sanitaire, pour reprendre l’expression de Bruno Le Maire, alors la fermeture des universités entraînerait une logique de « sélection d’aubaine » contre les étudiants précaires. De même, une partie des personnels universitaires non-enseignants seraient laissés sur le carreau par de telles fermetures.

En outre, si la ministre n’envisage pas la fermeture des universités, aucune proposition de plan de lutte contre la pandémie en milieu universitaire n’est proposé. Le discours sur la « responsabilité individuelle » vient précisément pointer du doigt les étudiants comme principaux responsables et justifier ce manque de mesures et de moyens alloués à la prévention épidémique.

Pas de fermeture, ni d’explosion des clusters : un véritable plan d’urgence pour lutter contre la propagation du virus à l’Université !

Face à l’irresponsabilité du gouvernement et des directions universitaires, il est plus que nécessaire d’opposer un véritable programme de lutte contre la propagation du virus, pour que les universités restent ouvertes contre la logique de sélection sociale et contre la propagation du virus. Les militants du NPA – Révolution Permanente développent un programme qui va en ce sens, et que nous déployons dans les universités notamment au travers du NPA ainsi que des associations animées par nos militants, Le Poing Levé et Onzième Thèse.

→ Des revendications minimales de distribution gratuite de masques en quantité suffisante, notamment pour les étudiants précaires. Mise en place de centres de dépistage près des universités, avec une organisation stratégique des tests.

→ Une véritable transparence sur les cas de Covid dans nos universités, et sur les prises de décisions des conseils centraux ! La mise en place de commissions d’enquête indépendante des directions peut-être un point d’appui pour s’assurer de la transparence démocratique nécessaire pour penser un plan adapté.

→ A contexte spécial, année spéciale ! Les emplois du temps et les programmes doivent être allégés pour permettre une meilleure répartition des étudiants dans les lieux d’études. Le système de notation doit être adapté à la situation. Contre la logique de sélection sociale qui se dessine.

→ Enfin, il est nécessaire de revendiquer un investissement massif dans l’université.

Ainsi, face au gouvernement et aux directions d’universités qui tente de se déresponsabiliser, nous invitons l’ensemble des professeurs, étudiants et personnels universitaire à s’organiser pour imposer un véritable plan à la hauteur de la situation !




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