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Notre classe

Il n'y a pas de division qui tienne

Contre la loi El Khomri : public-privé, tous concernés !

À proprement parler, la loi El Khomri ne concerne pas la fonction publique. Les médias dominants n’ont pas hésité à le rappeler en criant au scandale à propos du préavis de grève déposé par la SNCF et la RATP le 9 mars, et ce en instrumentalisant le sujet dans la mesure où ce préavis avait été déposé contre la réforme du ferroviaire avant le lancement de la mobilisation contre la loi El Khomri. Pour autant, il ne faut se faire aucune illusion : le public finit toujours par s'aligner sur le privé, dans la mesure où les contre-réformes du Code du travail, une fois appliquées aux droits des agents de la fonction publique, profiteront à l’État autant qu'elles profitent au patronat. Une séquence en deux temps qui empêche, de fait, l'union des luttes des travailleurs du privé et du public. Un piège dans lequel il ne faut pas tomber ! Camilla Ernst

mardi 15 mars 2016

Tôt ou tard, on y aura tous droit

Casse en règle du Code du travail, la loi El Khomri, c’est l’austérité et la précarité imposées aux salariés : remise en cause des 35 heures, modulation du paiement des heures supplémentaires sur trois ans, réduction du délai préalable d’information de la programmation des périodes d’astreintes ou de la modification des congés... Le tout régi par des accords d’entreprises et non plus des accords collectifs, réduisant les possibilités de ripostes à peau de chagrin. Et si la rigueur budgétaire est de mise dans le privé, il n’y a aucune raison qu’elle ne soit étendue également à la fonction publique très prochainement. D’autant que l’austérité s’y fait déjà sentir depuis 2010 avec le gel du point d’indice, alors que le manque de moyens et les restrictions budgétaires sont constants dans l’éducation, dans les hôpitaux et que les personnels ont à subir des dégradations constantes de leurs conditions de travail, dernièrement par exemple avec le Plan Hirsch à l’AP-HP.

Ainsi, si la loi El Khomri passe, elle ne tardera pas à donner des petits rejetons, décrets ou autres lois, applicables à la fonction publique. Car la tendance générale est à l’alignement des règles du public sur celles du privé, sans considération bien sûr de l’impact pour les travailleurs et les usagers des services publics. C’est exactement ce qu’il s’est passé avec les retraites. Une fois les salariés du privé lourdement sanctionnés par Balladur en 1993, par souci d’« équité », les fonctionnaires en 2003 puis les régimes spéciaux en 2008 ont eu droit à leur part du gâteau. Depuis et après d’autres réformes et aménagements, on constate un alignement progressif des minimum d’âge légal de départ à la retraite entre les différents régimes et des durées de cotisations similaires.

Diviser pour mieux régner

L’intérêt de cette stratégie en deux temps pour l’État, c’est la division des luttes et des revendications entre travailleurs des secteurs publics et privés. Une division dans les faits que vient renforcer le poids idéologique qui pousse les salariés du privé à voir les fonctionnaires comme ayant un « statut privilégié » et un « boulot à vie garanti ». Il n’y a qu’à voir l’augmentation incessantes des contractuels ou encore les conditions de travail de plus en plus déplorables, dans la fonction publique territoriale comme dans l’hospitalière... !

De l’autre côté, l’État cherche à endormir les fonctionnaires. Alors que les très attendues négociations salariales sont prévues pour ce jeudi 17 mars, jour de la prochaine mobilisation contre la loi El Khomri, Valls a annoncé un « geste significatif » pour la rémunération des fonctionnaires. Pas de promesse franche de dégel du point d’indice, qui sert de base au calcul des rémunérations, ni de montants annoncés, mais une tentative d’endormir la fonction publique quand la CGT et SUD ont posé des préavis de grève du 17 au 31 mars pour les trois fonctions publiques contre le projet de loi Travail, contre les réformes qui fragilisent la fonction publique et pour la défense et la promotion des services publics, entre autres.

Ainsi, nous sommes bien toutes et tous concernés par la précarité imposée par l’État et c’est donc tous ensemble, fonctionnaires, titulaires de régimes spéciaux, salariés, chômeurs, étudiants et lycéens que nous devons lutter. Le 17 mars puis le 31, unissons nos voix pour exiger le retrait total de la loi Travail dite El Khomri en même temps que le dégel des salaires !




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