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Politique

Edito

Craignant un décembre noir, la direction de la RATP se prépare déjà à casser la grève du 5

Suite à la grève massive et radicale qui a explosé le 13 septembre dernier, l’appel à la grève du 5 décembre initiée par les grévistes de la RATP a été rejoint par plusieurs secteurs du mouvement ouvrier, dont les cheminots, et par différentes organisations et fédérations syndicales, apparaissant comme un point de ralliement pour construire le début d’une mobilisation interprofessionnelle contre la réforme des retraites. Les classes dominantes commencent à prendre peur et les briseurs de grève à s’activer. Ainsi, la direction de la RATP vient de lancer un appel à candidatures à tous les partenaires, comme les VTC, hôtels, services de trottinettes, et tous autres services qui pourraient minimiser les effets de la grève.

vendredi 1er novembre

A un mois du 5 décembre et dans un contexte social marqué par la radicalisation à la base de certains secteurs stratégiques du mouvement ouvrier – SNCF et RATP dernièrement, mais aussi la santé et l’éducation - les classes dominantes commencent à montrer des signes d’inquiétudes. En effet, nombreux sont les discours alarmistes qui passent en boucle dans les médias dominants depuis plusieurs jours. Et ce notamment suite au droit de retrait massivement utilisé parmi les cheminots après l’accident en Champagne Ardennes ainsi qu’aux grèves spontanées qui ont suivi et se poursuivent actuellement dans trois technicentres d’Île-de-France : à Châtillon, qui paralyse depuis plusieurs jours le trafic TGV sur l’ouest du territoire, qui a été rejoint par le technicentre le Landy et le technicentre Sud-Est-Européen. Ce réveil spontané des cheminots, qui ont remis en cause les « délais de prévenance » de 48h imposé par la loi de 2007, a confirmé une chose qu’on l’on pouvait déjà observer, à savoir un effet de « gilet-jaunisation » d’une partie du monde du travail, avec un passage à l’action par la base et une détermination et une radicalité nouvelle. Posant dès lors la possibilité d’un dépassement des stratégies perdantes des directions syndicales, à l’instar de la grève du 2 sur 5 de la bataille du rail, au profit de la construction d’une grève interprofessionnelle, illimitée et d’un rapport de force permettant de faire reculer le gouvernement sur le dossier central et potentiellement explosif des retraites.

C’est dans ce contexte que l’inquiétude commence à monter au sein des classes dominantes, qui, après leurs discours alarmistes, commencent à s’organiser ; et les briseurs de grève, à voir le jour ! Avec en ligne de mire la direction de la RATP qui recyclent les vieilles méthodes utilisées couramment par le patronat pour casser les grèves.

En effet, sur son site officiel, la régie de l’entreprise a récemment lancé un appel à candidature pour sélectionner des partenaires sur lesquels s’appuyer pour minimiser les impacts de la grève du 5 à la RATP et d’un possible mouvement reconductible. Il s’agit, selon elle, de « compléter la proposition de services de la RATP en plus des itinéraires de substitution en transport en commun, et permettant aux voyageurs de pallier au mieux les désagréments causés par la grève ». Ainsi, elle s’adresse à travers cet appel aux sociétés proposant aussi bien des services de mobilités complémentaires, comme les VTC, les scooters, vélo, trottinette, covoiturage…. Mais aussi à des services hors mobilités qui pourraient amortir les voyageurs en cas de déplacements rendu impossibles, comme les hôtels, les transports de bagages, le coworking. Des méthodes qui ne sont pas nouvelles au sein de la direction qui avait, déjà le 13 septembre dernier, mis en place des alternatives similaires. Des méthodes qui, cette fois-ci, n’offusquent en rien les médias dominants qui pourtant n’ont cessé de crier au loup ces derniers jours lorsque c’était les cheminots qui ne « respectaient pas la législation », en l’occurrence les délais de prévenance de 48h pour pouvoir se mettre en grève…

La direction de la RATP met en concurrence les différentes entreprises qui souhaiteraient effectuer un partenariat avec, en spécifiant que celles-ci doivent proposer « une proposition spécifique et financièrement avantageuse pour les clients de la RATP pendant la période de grève », annonçant qu’elle sélectionnera « par mode de mobilité et de services, un nombre restreint de partenaires ».

Concernant la durée du partenariat, celle-ci s’élève à « quatre mois à compter de la date de signature de la convention de partenariat qui a pour finalité de couvrir à minima la période de grève illimitée débutant le 5 décembre 2019. Si cet événement venait à dépasser la durée initialement prévue, la durée de la convention de partenariat sera reportée jusqu’à la fin du mouvement de grève ». En d’autres mots, compte tenu de la radicalité qui s’est exprimé le 13 novembre dernier chez les grévistes, la direction s’attend à un conflit très dur et long, et se prépare en conséquence.

Les autres briseurs de grève, on les retrouve sur le terrain idéologique, sur les plateaux ou à la radio des médias dominants, intellectuels, politiciens, qui jouent depuis quelques jours le jeu de la division et de la propagande anti grève, stigmatisant notamment les cheminots qui sont aujourd’hui en grève. Ce qui l’illustre bien, c’est entre autre, le sondage qui a été réalisé, à la demande de France Info et du Figaro auprès de l’opinion publique pour savoir si cette dernière rejetait ou validait les grèves en cours. Résultat ? Si le droit de retrait avait été majoritairement jugé justifié, la grève quant à elle est « jugée injustifiée pour 6 français sur 10 », selon le sondage. Un résultat massivement utilisé par la suite par les médias pour véhiculer cette idée construite médiatiquement par la bourgeoisie des cheminots preneurs d’otage et jouer le jeu de la division entre usagers et cheminots.

Ces manœuvres expriment la peur que ressentent aujourd’hui les classes dominantes, qui craignent le spectre d’un décembre noir. Tout autant qu’elles expriment également leur détermination à écraser toute contestation ainsi que l’émergence d’un tous ensemble dans cette bataille contre la réforme des retraites. A nous de nous organiser, dans nos lieux de travail, d’études, et d’instaurer un rapport de force à la hauteur de les faire plier.

Crédit photo : LP/Philippe de Poulpiquet




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