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Darmanin suspend deux imams : l’offensive islamophobe et liberticide du gouvernement continue

Darmanin a annoncé la semaine dernière avoir fait suspendre deux imams accusés d'avoir tenu des propos misogynes, et demandé leur expulsion du territoire. Une instrumentalisation de la lutte pour les droits des femmes à des fins islamophobes et liberticides, avec la mise en place d'un traitement qui stigmatise spécifiquement les musulmans.

mardi 27 juillet

« A ma demande, il a été mis fin aux fonctions de deux imams des Hauts-de-Seine et de la Loire aux prêches inacceptables ». C’est ainsi que Gérald Darmanin a annoncé vendredi 23 juillet sur Twitter avoir fait interdire de prêcher les deux imams, Mehdi de la mosquée de Gennevilliers et Ahmed de la mosquée de Saint-Chamond, au nom du combat contre « ceux qui bafouent les règles et les valeurs de la République ».

Quelques mois après le débat où le ministre de l’Intérieur accusait marine Le Pen d’être « trop molle », la macronie continue l’offensive sur le terrain de la droite et de l’extrême-droite. Alors que la loi séparatisme vient à peine d’avoir été définitivement adoptée au Parlement, le gouvernement fait la démonstration qu’il n’a rien à envier au RN sur le terrain des mesures islamophobes et liberticides.

A l’origine, une tentative de l’extrême-droite pour instrumentaliser la lutte féministe à des fins islamophobes et racistes

Tout a commencé avec une vidéo du prêche du 20 juillet, posté sur la page Facebook de la mosquée de Saint-Chamond dans la Loire. On y voit l’imam Mmadi Ahamada prêcher devant plusieurs centaines de croyants le jour de la fête de l’Aïd-el-Kebir, et prononcer notamment ces mots : « Ô femme musulmane, entre au paradis par n’importe quelle porte du paradis que tu veux. Tâchez de veiller au droit d’Allah et à ceux de vos époux, c’est-à-dire vos maris. Restez dans vos foyers, et ne vous exhibez pas de la manière des femmes avant l’islam ».

Immédiatement après le prêche, la conseillère régionale du Rassemblement National, Isabelle Surply, se fendait d’un tweet accusateur accompagné de l’extrait en question de la vidéo du prêche. Interrogée par Le Progrès, cette dernière considère ainsi que « l’islam est incompatible avec les valeurs de la République », avant d’expliquer que « nous avons une vision diamétralement opposée de la place de la femme dans nos sociétés » et de réclamer l’expulsion de l’imam du territoire français.

Si les propos de l’imam sont effectivement misogynes, derrière cette rhétorique se cache une tentative évidente d’instrumentaliser la lutte pour les droits des femmes à des fins islamophobes et racistes qui ne doit tromper personne. En effet, malgré les tentatives de « dédiabolisation » de Marine Le Pen, le RN reste fondamentalement un parti anti-féministe à l’image des positions qu’il a exprimé contre le droit à l’avortement. En 2012, Le Figaro rapporte que la cheffe du parti d’extrême-droite s’en prenait aux « avortements de confort » qui semblaient selon elle « se multiplier ».

Un véritable crachat au visage de toutes les femmes qui ont déjà à endurer l’ensemble des manœuvres mises en place pour les dissuader d’avorter, contre leur choix. Par ailleurs, si officiellement le RN n’est aujourd’hui plus contre l’IVG – sur son site internet, aucune position n’est disponible à ce sujet –, il reste proche du milieu catholique intégriste et identitaire anti-IVG.

Applaudie par le RN, l’offensive islamophobe de Darmanin sur le terrain de la droite et de l’extrême-droite

Il n’en fallait pas plus pour que Gérald Darmanin reprenne à son compte cette attaque islamophobe. Le surlendemain, le ministre de l’Intérieur a en effet demandé à la préfète de la Loire de convoquer les dirigeants de la mosquée de Saint-Chamond et de ne pas renouveler le titre de séjour de l’imam en question. Dans un communiqué, la préfecture de la Loire a indiqué que la réunion a eu lieu le 22 juillet, le même jour que le courrier de Gérald Darmanin, et que la préfète a « expressément demandé » de mettre fin aux fonctions de l’imam, tout en précisant que « le non-renouvellement de son titre [de séjour] est à l’étude ». L’élue locale du RN, Isabelle Surply, se « réjouit de la décision » et « demande l’expulsion de cet imam vers son pays d’origine ».

Par ailleurs, une semaine avant l’affaire de Saint-Chamond, Gérald Darmanin a également demandé à la préfecture des Hauts-de-Seine de démettre de ses fonctions l’imam de la mosquée Ennour de Gennevilliers, suite à un prêche le 4 juillet dernier où il aurait fustigé les femmes « qui partagent sur les réseaux sociaux des leçons de maquillage ou des tenues qui mettent en valeur les formes de leur corps, qui sont habités par Sheitan [le diable en arabe, ndlr] ». De plus, le ministre accuse la mosquée d’attirer « un nombre croissant de rigoristes », et a précisé au préfet qu’il devrait utiliser « les nouveaux moyens » contenu dans la loi « confortant le respect des principes de la République » dite « loi séparatisme », dès sa promulgation officielle, pour fermer le lieu de culte en cas de récidive.

Un article du Figaro fait état d’une troisième mosquée dans le viseur du ministère : la Sunna à Roubaix dont les dirigeants sont accusés d’avoir exclus les femmes depuis le début de la pandémie. Le vice-président de la mosquée, interrogé par La Voix du Nord, s’est défendu en affirmant que « ce n’est pas une question d’exclusion » mais « un problème de place », le lieu étant limité à 800 places en raison des restrictions sanitaires, alors qu’en temps normal il peut accueillir jusqu’à 1900 hommes et 600 femmes. L’imam local affirme de son côté que « pour le vendredi et les grandes fêtes, l’obligation du culte, c’est pour les hommes, surtout en cas de pandémie : pour les femmes, venir à la mosquée, c’est facultatif. Il est préférable qu’elles prient à la maison ».

Or la communication du ministre est loin d’avoir été laissée au hasard puisque c’est justement le 23 juillet dernier, jour de l’adoption définitive de la loi séparatisme au parlement, qu’il a dévoilé les deux affaires à travers un tweet. Un mois après la claque des régionales et l’émergence d’un nouvel adversaire sur sa droite, la macronie continue ainsi de multiplier les appels du pied à l’électorat des Républicains et du RN en mettant en musique son projet islamophobe et liberticide qui consiste à pointer du doigt les musulmans ou présumés musulmans, de même qu’à surveiller et à réprimer leur pratique religieuse en instrumentalisant la défense des droits des femmes.

Oui à la lutte pour les droits des femmes, non à l’instrumentalisation islamophobe et raciste !

Entre la volonté de privatiser le numéro d’écoute pour les femmes victimes de violences, la sortie sexiste de Macron en défense d’une « tenue décente exigée » contre le port du crop top à l’école, ou encore les accusations de viol contre Gérald Darmanin, le gouvernement et en particulier son ministre de l’Intérieur sont bien mal placés pour prétendre défendre les droits des femmes. S’il s’agit bien de lutter contre l’oppression patriarcale qui est notamment véhiculée par les cultes religieux, cette lutte ne peut être menée qu’en toute indépendance de Macron et de sa police. A rebours de l’instrumentalisation de la lutte féministe par Darmanin et l’extrême-droite, il faut opposer l’auto-organisation des premières concernées pour le droit des femmes à disposer de leur corps et à s’habiller comme elles veulent.

De plus, la lutte pour les droits des femmes doit s’opposer à la stigmatisation systématique des musulmanes, ainsi qu’au racisme d’État qui n’épargne pas les femmes migrantes. A l’instar de la femme de l’imam Mahdi Ahamada qui est désormais elle aussi menacée d’expulsion avec ses deux enfants et son mari, après avoir été « maintenue pendant huit ans hors de tout statut » par l’État comme le dénonce la Ligue des Droits de l’Homme dans un communiqué. A ce titre, il s’agit de lutter pour la liberté de circulation et d’installation, contre les mesures xénophobes et racistes défendues par le gouvernement et l’extrême-droite qui précarisent en premier lieu les femmes.

Enfin les attaques contre les musulmans sous couvert de lutte contre le terrorisme semble d’autant plus hypocrites que l’on sait que l’État français incitait Lafarge à rester en Syrie et était au courant des versements financiers que la multinationale française versait à Daesh pour pouvoir continuer ses activités. Loin d’une prétendue lutte anti-terroriste, la surveillance et le flicage des musulmans sont la pointe avancée de l’offensive autoritaire du gouvernement qui, pour justifier ses attaques contre les droits démocratiques, doit désigner un ennemi de l’intérieur contre lequel souder les rangs avant de s’en prendre également au mouvement social, comme la marche féministe du 7 mars 2020 à Paris réprimée par la police de Macron et Darmanin. C’est pourquoi, l’ensemble des organisations du mouvement ouvrier et de la jeunesse, ainsi que des organisations féministes doivent s’opposer à l’offensive autoritaire et islamophobe du gouvernement et refuser l’instrumentalisation scandaleuse de la lutte pour les droits des femmes à des fins racistes et liberticides.




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