^

Notre classe

Témoignage

« De la merde, du bruit et des larmes » : au lycée d’Epinay sur Seine en travaux, les personnels n’en peuvent plus

Le lycée Jacques Feyder d’Epinay-sur-Seine entre dans sa 3ème année consécutive de travaux…et de souffrance pour ses personnels et les élèves : salles de classe en préfabriqué au milieu de la zone de chantier, absence de point d’eau pour les enseignants, bruit de travaux permanent, pas de cour pour les élèves, sanitaires défectueux et dernièrement, une infirmerie envahie par des coulées de merde… Témoignage

lundi 12 octobre

Du fait du chantier (une grande partie des cours se déroulent dans des préfabriqués, au “beau” milieu du chantier) et de la crise sanitaire que nous traversons, nous (enseignants, élèves et agents) travaillons dans des conditions déplorables que nous souhaitons dénoncer publiquement parce que ÇA SUFFIT. Nous sommes à bout, victimes, depuis trop longtemps, d’une maltraitance institutionnelle. Ajoutons à cela, qu’en cette période de pandémie, et du fait des conditions désastreuses qu’encaisse notre établissement, la mise en œuvre d’un protocole sanitaire digne de ce nom est radicalement impossible.

Les photos et les vidéos ci jointes, qui témoignent du merdier dans lequel nous enseignons et que subissent les élèves, depuis trois longues années, permettront à chacun de se rendre compte des conditions délétères qui sont notre quotidien. Les élèves qui entrent cette année en terminale, auront subi, durant toutes leurs années lycée, une scolarité au son des marteaux piqueurs, des pelleteuses, des engins de chantier, respirant la poussière, la laine de roche et autres substances dont la nocivité est averée, sans que personne ne s’inquiète véritablement de cette situation cauchemardesque.

Une pluie de laine de roche au milieu de la cour de préfabriqués

Concernant la laine de roche, semaine passée, des ouvriers en combinaison Tchernobyl la manipulaient, pendant que les élèves et le personnel, sans aucune protection, déambulaient entre les préfabriqués sous une déferlante de particules laissant accroire qu’il neigeait à Épinay ! Cette situation délirante et nauséabonde serait-elle possible de l’autre côté du périph, en plein Paris ? La question elle est vite répondue : bien sûr que non, le 93 étant un territoire abandonné et sinistré.

La multiplication des cris d’alerte

Combien de courriers adressés à la Région, à Mme Pécresse, depuis des années, dont le dernier en date du 21 septembre, jour où nous avons, à une quarantaine, débrayé, et qui sont, tous, demeurés sans réponse ! Un CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), a eu lieu l’an passé, en octobre 2019, qui a débouché sur un rapport de visite de 25 pages, contenant de multiples préconisations dont aucune n’a été suivie d’effet. Ont été signalés des dangers graves (protocole d’évacuation incendie notamment), que, nous citons : « la proximité entre les préfabriqués et la zone chantier rendent extrêmement pénibles, sinon dangereuses les activités d’enseignement » ; le rapport préconise aussi de renforcer les équipes d’entretien, d’aménager l’eau courante en salle des profs qui se trouve dans un préfabriqué, etc. Résultat : RIEN. Pour ne donner qu’un exemple : la salle des professeurs n’a toujours ni sanitaires, ni eau courante potable, etc.

Infirmerie inondée d’excréments en pleine pandémie

À noter que depuis jeudi dernier (8 octobre), notre établissement ne dispose plus d’infirmerie (ce qui est un comble en période de covid) du fait d’une inondation d’excréments qui a conduit à sa fermeture. Depuis la rentrée, l’infirmière travaille dans un dénuement scandaleux, la vidéo ci-jointe vous donnera une idée de l’ambiance qui règne en permanence dans ses locaux et dans quasi tout le lycée.

Un véritable cluster épidémique

Concernant la covid, nous déplorons de multiples cas de contamination d’enseignants et d’élèves, que nous ne sommes pas en mesure de comptabiliser, la direction ne communiquant que fort peu à ce propos. Ainsi, certaines classes, en non éviction évidemment, “fonctionnent” avec quelques élèves seulement, sans que l’on soit informés des raisons exactes de leur disparition : covid avéré ? suspicion de covid ? cas contact ? La direction, par contre, nous enjoint vivement d’assurer la fameuse continuité pédagogique auprès des élèves manquants et de ne surtout pas nous inquiéter ! Dans la droite ligne d’un Blanquer assurant, depuis le 2 septembre, que « tout est sous contrôle » !?

Il n’y a pas décalage entre nos constats sur le terrain et le discours officiel des autorités, il y a mensonge éhonté ! À Épinay, nous crevons à petit feu au son des marteaux piqueurs ; dans le 93, le service public d’éducation est à l’abandon ; mais sur le territoire national, après avoir continué à saboter l’hôpital, c’est à coup sûr toute l’école, de la maternelle à l’université, qui est sciemment salopée, bousillée, massacrée. NE RIEN DIRE SERAIT ÊTRE COMPLICES !

Pour finir, nous ne pouvons pas ne pas évoquer la situation non moins pestilentielle des agents, chez nous en burn-out permanent et également abandonnés de tous, dont la souffrance est le plus souvent invisibilisée et décuplée en cette période de covid.

N’ACCEPTONS PLUS DE SOUFFRIR, CHACUN DANS NOTRE COIN, EN SILENCE, MOBILISONS-NOUS CONTRE LA CASSE DE L’ÉCOLE PUBLIQUE, CONTRE LE TRAITEMENT INIQUE QUI NOUS EST FAIT ET POUR DES CONDITIONS DE TRAVAIL DIGNES ET SYNONYMES D’HUMANITÉ. PROTÉGEONS NOS ÉLÈVES PUISQUE PERSONNE NE LE FERA À NOTRE PLACE !