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Débat Darmanin-Bardella. L’artisan de la Loi Séparatisme se pose en défenseur des musulmans

Après avoir été l’artisan de l'offensive islamophobe du gouvernement, Darmanin ose se poser en défenseur des musulmans face à l'islamophobie décomplexée de Bardella. Une façon pour le gouvernement de chercher à incarner la modération pour raviver le « front républicain », sur fond de surenchère sécuritaire.

vendredi 15 avril

« Je vous trouve un peu molle », déclarait Gérald Darmanin à Marine Le Pen il y a un peu plus d’un an lors d’un pseudo-débat sur la loi Séparatisme. Ce mercredi, changement de ton pour le ministre lors de son débat avec Jordan Bardella sur BMFTV.

Alors qu’ils étaient tous deux interrogés sur le voile, présenté par Apolline de Malherbe comme « l’une des questions qui s’est imposée dans la campagne, le rapport à l’islam, au voile, à la radicalisation », Gérald Darmanin s’est drapé, devant l’islamophobie décomplexée de Jordan Bardella, des habits du défenseur de la liberté d’expression religieuse, se posant comme défenseur des musulmans.

« Moi je suis très attaché à la liberté religieuse et à la liberté de l’expression religieuse aussi dans l’espace public. Et je suis très attaché au fait qu’on ne puisse pas forcer les gens à porter un voile ou à porter un vêtement religieux s’ils ne le veulent pas, mais on n’est pas là pour les interdire.
M. Bardella fait un parallèle que je trouve très nauséabond entre le port du voile, le port d’un signe religieux et l’islamisme. C’est assez insultant pour une immense majorité de nos compatriotes musulmans qui vivent leur religion comme ils l’entendent »
, déclarait Darmanin, interrogé sur la dernière surenchère de Marine le Pen sur le terrain liberticide et islamophobe qui annonçait vouloir interdire le port du voile dans l’espace public.

Dans un contexte de duel Macron / Le Pen au second tour, préparé par le macronisme tout au long du quinquennat, LREM cherche en effet à ressouder un « front républicain » contre l’extrême-droite qui bat aujourd’hui de l’aile. Pour se faire, exitles sorties sur la mollesse de l’extrême-droite, Darmanin veut incarner la modération. Mais la posture est difficile à tenir pour celui qui a été parmi les membres les plus ouvertement réactionnaires du gouvernement, un artisan central des politiques sécuritaires et liberticides avec la loi Sécurité Globale et la loi Séparatisme ou encore la dissolution autoritaire d’organisation politiques et associatives, et à la tête de la répression féroce des mobilisations.

Et en matière d’islamophobie, la politique menée par le gouvernement a en réalité peu de choses à envier à l’extrême-droite. L’examen de la loi Séparatisme, profondément islamophobe, a ainsi vu nombre de députés LREM, en tête desquels Aurore Berger soutenir l’interdiction du voile pour les mères accompagnant les sorties scolaires par exemple.

Et si Darmanin a beau jeu de se présenter mesuré dans son islamophobie, le débat du jour avec Bardella a contribué à rappeler combien gouvernement et Rassemblement national jouent la surenchère sur le terrain sécuritaire.

Alors que le gouvernement, dont Darmanin, se sont emparés à plein des thématiques de l’extrême-droite et ont contribué à une droitisation des débats sur le terrain sécuritaire, autoritaire et islamophobe, comme nous l’écrivions déjà en février 2021 lors du faux-débat entre Marine Le Pen et Gérald Darmanin « sur ce terrain-là, les outrances du RN sont la meilleure couverture pour la politique réactionnaire du gouvernement ».

Loin d’être un rempart à l’islamophobie et au racisme de l’extrême-droite, Macron et son gouvernement en ont au contraire été les relais. C’est pourquoi combattre l’extrême-droite passe aussi par la lutte contre Macron.



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