^

Politique

DES MILITAIRES POUR VACCINER

Des militaires pour déployer les vaccinodromes ? Macron cherche à réinstaurer son autorité

Quatre mois après l'Allemagne, le gouvernement français se décide à ouvrir des vaccinodromes pour rattraper son retard dans la campagne de vaccination. Pour mettre en œuvre cette campagne très tardivement, Macron mobiliserait l'armée. Embaucher des soignants en lien avec la population ? Surtout pas ! Macron a choisi encore une fois l’autoritarisme face à la défiance qui monte. Non, ce déploiement de l'armée quand bien même à des fins sanitaires est à dénoncer avec force !

lundi 22 mars

« Nous avons sonné la mobilisation générale pour que nous allions encore plus vite, pour multiplier les points de vaccination, pour vacciner sans relâche tous les jours de la semaine, y compris le week-end » déclarait jeudi dernier Jean Castex lors de son allocution avec un optimisme qui visait, tant bien que mal, à masquer la gestion indigente de la crise sanitaire par le gouvernement. Ainsi, la mobilisation générale se concrétisera-t-elle à la fin mars et au début du mois d’avril par l’ouverture de « vaccinodromes » sur tout le territoire. Pourquoi un tel retard ? Comme toujours sous l’ère Macron, l’argent dicte sa loi : en 2009, le déploiement des vaccinodromes avait coûté 1,5 milliards d’euros au gouvernement avec des résultats très décevant. Hors de question donc pour Véran de réitérer un tel fiasco et ce même si l’épidémie de Covid est plus grave que celle de H1N1 et que la population est beaucoup plus favorable à recourir à la vaccination... Ainsi, le premier vaccinodrome qui sera inauguré n’est autre que le Stade de France, situé à Saint-Denis, au cœur même du département le plus touché par l’épidémie et actuellement a un taux d’incident critique. Une belle opération de communication qui ne doit toutefois pas nous faire oublier la gestion catastrophique de la crise sanitaire par le gouvernement.

Jean Castex s’est ainsi bien gardé, lors de son allocution, de souligner qu’il s’agit là pour le gouvernement d’un sacré retournement de veste. En janvier dernier, il était hors de question que de tel « supermarché de la vaccination » voient le jour en France. Alors qu’en Allemagne la campagne de vaccination battait son plein dès la fin décembre avec des centaines de milliers de personnes vaccinées, la France n’en était qu’à quelques centaines de doses injectées et accusait un retard considérable qu’elle n’a toujours pas rattrapé. Olivier Véran défendait pourtant son choix en promettant des résultats fulgurants à l’avenir. Maintenant que nous y sommes, nous ne pouvons que constater qu’entre le caffouillage sur le vaccin AstraZeneca, la calomnie lancée contre les soignants en première ligne et le troisième confinement, le bilan du gouvernement est mauvais sur toute la ligne.

Après les polémiques et la stratégie des coups de pression, le gouvernement réoriente sa stratégie de communication en feignant d’inventer la poudre et se résout enfin à ouvrir des vaccinodromes, quatre mois après que l’Allemagne ait opté pour cette option. Derrière ce revirement, on peut voir le retard dans la livraison des doses, les erreurs logistiques du gouvernement dans l’acheminement des vaccins et la défiance grandissante envers l’État quant à sa capacité à gérer la crise. Ainsi, 100 à 200 de ces usines à vacciner vont voir le jour à partir du mois d’avril lorsque la France recevra les 12,7 millions de doses qu’elle a commandé. La montée en puissance de la vaccination qui ne concernera plus uniquement les personnes âgées mais aussi les actifs en première ligne devrait enfin avoir lieu. L’objectif affiché par le ministre de la santé est de 330 000 doses par jour afin de vacciner 10 millions de personnes par mois. Un objectif ambitieux avec lequel le gouvernement cherche à temporiser en faisant miroiter des lendemains qui chantent.

Pour ce faire, l’État met en œuvre les grands moyens et sort son joker : l’armée. Fini le temps de la défaillance, le gouvernement Macron veut montrer une image de plus grande fermeté en mobilisant les militaires dans le déploiement des vaccinodromes. Alain Fischer, président du conseil d’orientation sur la stratégie vaccinale, abonde dans le sens du gouvernement au micro de Jean-Jacques Bourdin : « plus il y a de corps professionnels et de compétences qui peuvent s’ajouter, mieux c’est ». Dans le même temps, le ministre de la santé fait la promotion de cette décision dans un déplacement à Epinay-sous-Sénart (Essonne) tout en cherchant à masquer le camoufler que représente cette décision pour la politique qu’il a mis en œuvre : « le service de santé des armées va travailler à développer un certain nombre de grands centres de vaccination - on peut les appeler “vaccinodromes” ou “mégacentres”, quel que soit le nom ». Dans le sillage de l’opération résilience, qui prévoit le déploiement des forces militaires en cas de manquement des forces civiles si elles sont « indisponibles, inadaptées, inexistantes ou insuffisantes », le gouvernement acte une politique autoritaire de la gestion de la crise et sous-traite à l’armée la caisse du service publique qu’il a soigneusement orchestré. À n’importe quel prix le gouvernement veut étouffer les revendications des soignants en matière d’ouverture de lits et de moyens pour l’hôpital. Si la campagne est un succès, tout le bénéfice en reviendra à l’armée et les soignants de la première ligne resteront les héros qu’on rémunère en applaudissement pendant qu’ils sont en première ligne.




Mots-clés

Vaccin   /    Covid-19   /    Armée française   /    Politique