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Edito

Dissolution des Soulèvements de la terre : faire front contre le durcissement autoritaire du régime

Ce mercredi 21 juin, Darmanin présentait le décret de dissolution des Soulèvements de la Terre. Un saut dans la politique autoritaire et répressive du gouvernement, face auquel une réaction à la hauteur est nécessaire.

Seb Nanzhel

23 juin 2023

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Dissolution des Soulèvements de la terre : faire front contre le durcissement autoritaire du régime

Crédits photo : Dorian M

Ce mercredi 21 juin, Darmanin présentait en conseil des ministres le décret de dissolution des Soulèvement de la terre. Après des mois d’acharnement policier, entre la répression brutale de Sainte-Soline, la surveillance policière et l’acharnement judiciaire à l’encontre des militants écolos, le gouvernement entend mettre un point final à l’existence de ce groupement d’organisations. Le tout justifié par une rhétorique sur « l’écoterrorisme » et les « militants radicalisés d’ultra gauche ».

Une opération qui aura demandé l’intervention de Macron lui-même le 14 juin pour accélérer l’offensive. Entre deux vagues d’arrestations de militants écolos par la BRI et les services antiterroristes, et alors que le gouvernement patinait sur le dossier de la dissolution depuis deux mois, ce dernier a explicitement réclamé une accélération à Borne et Darmanin. La dissolution était par ailleurs réclamée de vive voix au gouvernement la FNSEA, comme rapporte Reporterre.

La dissolution des Soulèvements marque un nouveau saut dans la surenchère répressive à l’encontre du mouvement écologiste, mais également dans le durcissement autoritaire contre l’intégralité du mouvement social. Un durcissement enclenché ces derniers mois par le gouvernement en pleine bataille des retraites, contre la mobilisation à Sainte-Soline et contre les manifestations spontanées et syndicales après le 49.3. Ce dernier cherchant à discipliner et menacer l’intégralité du mouvement social alors que les mobilisations contre la réforme des retraites traversaient une nouvelle phase de radicalité.

Avec le reflux de la mobilisation, cette répression se prolonge dans les poursuites judiciaires des syndicalistes et des jeunes mobilisés, des convocations et des perquisitions. Dans le même temps, le gouvernement s’en prend au droit de manifester avec l’agitation d’une potentielle nouvelle « loi anti-casseurs ». Enfin, une « commission d’enquête sur les groupuscules violents », votée en mai par l’Assemblée et à laquelle sont convoqués une multitude d’organisations du mouvement social est également un symptôme de ce durcissement en cours. Celle-ci vise à collecter des informations sur les « groupuscules auteurs de violence à l’occasion de manifestations ». Autrement dit justifier politiquement et préparer la répression des manifestants et organisations qui ont pris part aux derniers mouvements.

Autre symptôme de ce durcissement autoritaire, la mise en cause d’organisations autrefois légitimées au sein du régime. Après les menaces contre les financements de la LDH par Darmanin en personne au moment de Sainte-Soline, c’est l’association Anticor qui s’est vue priver ce vendredi par le tribunal administratif de son agrément triennal lui permettant « porter plainte au nom de l’intérêt général en matière de délinquance financière et de lutte contre la corruption » comme l’explique Libération. Une décision derrière laquelle le journaliste d’investigation Xavier Monnier voit la main du gouvernement, qui pourrait avoir volontairement rédigé un « arrêté si mal ficelé qu’il aura permis à la justice administrative de l’annuler, sur demande d’anciens adhérents « maltraités » »…

Quelle réponse face à l’offensive autoritaire du gouvernement ?

La dissolution des Soulèvement prend ses racines dans un tournant autoritaire des gouvernements successifs, initié dès l’été 2014 avec la répression et les interdictions de manifestations pro-palestine, poursuivi après les attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan à coups d’état d’urgence et de législations anti-terroristes liberticides, et qui s’est accélérée à la suite de l’instrumentalisation islamophobe par le gouvernement du meurtre de Samuel Paty, puis avec la loi séparatisme. En avril 2022, le Syndicat des Avocats de France rappelait lors d’une réunion contre la dissolution du Collectif Palestine Vaincra que les dissolutions s’enchainaient à un rythme inédit d’une par mois depuis l’adoption de cette loi. Le gouvernement Macron a ainsi déposé jusqu’ici 33 décrets de dissolutions, dont 14 depuis l’adoption en juillet 2021 de la loi séparatisme alors qu’on en comptait 13 cumulés sur les quinquennats Sarkozy et Hollande.

En 2020, ce sont d’abord plusieurs organisations musulmanes dont le CCIF qui sont ainsi dissoutes, dans la lignée de l’offensive islamophobe instauré par le gouvernement à la suite de l’assassinat de Samuel Paty. Des attaques qui viseront d’autres organisations musulmanes, comme Baraka City, puis des organisations pro-palestiniennes, dont le Collectif Palestine Vaincra avant de s’élargir à toute la gauche, avec entre autres la dissolution du Groupe Antifasciste Lyon et Environ (GALE) ainsi que du Bloc Lorrain, ou encore les menaces à l’encontre du média Nantes Révoltée. Des attaque qui, particulièrement dans le cas des organisations musulmanes, n’avaient à l’époque pas trouvé de réponse à la hauteur de la gauche et du mouvement ouvrier.

Une absence de réaction face à la répression politique dont des fils de continuité se sont retrouvés lors de la réforme des retraites. Durant cette mobilisation, l’un des facteurs ayant facilité l’approfondissement du saut autoritaire du gouvernement a été le refus de l’intersyndicale d’apporter une réponse politique d’ensemble à la question de la répression. En témoigne l’absence de réaction à la hauteur face aux réquisitions de grévistes. « Que ce soit les raffineurs ou les éboueurs, quand les réquisitions sont tombées, il n’y a pas eu de déplacement de membres des directions syndicales, pas de communiqué, pas une prise de parole dans les médias », témoignait ainsi dans nos colonnes Alexis Antonioli, secrétaire de la CGT Total à la raffinerie de Normandie.

Face aux dissolutions, refuser la division, lutter contre l’offensive autoritaire et islamophobe

En réponse au décret de dissolution, des milliers de personnes se sont mobilisées partout en France devant les préfectures mercredi. Au-delà d’un soutien important par en bas aux Soulèvements, l’arc de force s’opposant à cette dissolution est particulièrement large. Ainsi, Sophie Binet s’est prononcée dans Libération, dénonçant une dissolution « très problématique d’un point de vue démocratique. » Du côté de la gauche, différentes figures à l’image de Mélenchon, Julien Bayou, Sandrine Rousseau ou encore Yannick Jadot et Marine Tondelier se sont également positionnées contre la dissolution. Même le PCF a finir par se fendre d’un communiqué.

Des réactions qui vont de pair avec la conscience dans de larges secteurs de la population d’un durcissement du régime. D’autant que, dans le même temps, la répression patronale continue de s’abattre sur les grèves pour les salaires qui émergent partout sur le territoire, à l’image des menaces d’envoi des CRS sur les piquets de la grève de Tisséo, ou encore de la répression des piquets des Vertbaudet. Mais pour faire face à l’offensive, il faut un programme et un plan de bataille contre un gouvernement radicalisé, dont le mouvement des retraites a à nouveau rappelé à quel point il ne comprenait que le rapport de forces.

Ainsi, c’est dans une bataille nationale qu’il sera possible de stopper l’offensive autoritaire et de passer à l’offensive. Une perspective dans laquelle le mouvement ouvrier, seule force capable de bloquer l’économie et d’imposer un rapport de forces maximal à Macron, a un rôle central à jouer aux côtés de toutes celles et ceux qui s’opposent aux attaques du gouvernement. Un constat qui implique de soulever un programme qui articule la poursuite des batailles sociales ouvertes ces derniers mois, sur le terrain des retraites et des salaires, avec la défense du droit à s’organiser et la solidarité face à la répression et l’autoritarisme d’État.

Une lutte contre l’autoritarisme d’État qui passe par l’abrogation des lois réactionnaires qui en sont le terreau, à l’image de la loi séparatisme et de la Loi Sécurité Globale. Comme l’expliquait Anasse Kazib, cheminot et porte-parole de Révolution Permanente lors du rassemblement contre la dissolution des Soulèvements mercredi : « Il y a un an et demi, ils ont dissout le CCIF, ils ont dissout Palestine vaincra ils ont attaqué un certain nombre d’organisations antiracistes : on les a laissé ouvrir la boite de pandore et aujourd’hui ils veulent s’attaquer à nos camarades du mouvement écolo ! ». Si l’on veut fermer aujourd’hui cette boite de pandore, il s’agit dès lors à prendre à bras le corps la question de l’islamophobie et du racisme d’État, en faisant front contre les attaques multiples du gouvernement sur ce terrain, à commencer par les offensives dans l’éducation ou la loi immigration.

Enfin, ce durcissement autoritaire de l’État, qui s’appuie sur les outils les plus autoritaires de la Vème république, nécessite de porter un programme qui s’attaque à ce régime et exige des mesures démocratiques radicales pour stopper la fuite en avant bonapartiste. Un programme qu’il ne sera possible d’arracher que par les méthodes de la lutte des classes, et par une large mobilisation de notre classe et de ses alliés.


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