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Monde

Le temps de l’intégration au régime

Espagne. Débâcle de Podemos et la fin de l’illusion « anti-caste »

Podemos perd un tiers de ses députés et espère « sauver son âme » en concluant une coalition gouvernementale avec les libéraux du PSOE. Très Loin du discours « anti-caste » de jadis.

lundi 29 avril

Il semble très loin le temps où la formation de Pablo Iglesias, Podemos, séduisait les masses avec son discours « anti-caste », en dénonçant ceux, à droite comme à gauche, qui avaient ruiné le pays et soumis dans la misère des millions d’espagnols. Il semble loin le temps où Podemos songeait à dépasser la social-démocratie du PSOE en s’imposant comme la « vraie gauche ». Ce temps est révolu en effet.

A l’issu des élections générales en Espagne ce dimanche, la formation « morada », comme on connait aussi Podemos, a connu un vrai camouflet électoral. Même si elle a obtenu un peu plus de voix que ce que les sondages prédisaient, la formation de Pablo Iglesias (qui se présentait en coalition avec Izquierda Unida et les écologistes sous le nom d’Unidas Podemos) a perdu un tiers de ses élus passant de 71 à 42 députés. En termes de voix, la coalition perd 1,3 millions d’électeurs par rapport aux élections de 2016.

Face à cette débâcle électorale la direction de Podemos tente de faire pression sur les sociaux-démocrates du PSOE pour former un « gouvernement de gauche ». Ce serait une façon pour Pablo Iglesias de « nuancer » le recul de son parti. Bien que l’on s’attendait à une baisse de la performance électorale de Podemos, le parti ne s’attendait pas à un recul aussi important. Comme on peut lire dans le journal espagnol El País : « bien qu’Iglesias avait déjà désisté de la prétention de dépasser les socialistes et a mené une campagne humble et réaliste, assumant un rôle secondaire dans une éventuelle majorité de gauche, ce à quoi il ne s’attendait surement pas c’est que le vote utile catapulte le parti de Pedro Sanchez jusqu’au point de tripler son nombre de sièges. Ce qu’aggrave les effets de la chute c’est la possibilité que le PSOE puisse former une majorité alternative avec Ciudadanos [centre-droit], ce qui réduit la valeur d’échange des voix de Podemos ».

Le résultat favorable aux sociaux-libéraux du PSOE s’explique dans une large mesure par la conjoncture où, bien que divisées, la polarisation politique, et la crise de la droite traditionnelle, ont fait surgir avec force les tendances plus réactionnaires au travers de VOX, de Ciudadanos mais aussi du Parti Populaire qui a droitisé davantage son discours. Ainsi, le « vote utile » contre la droite n’est pas pour rien.

Cependant, c’est aussi dans la politique de Podemos qu’il faut chercher des explications à sa chute. En effet, depuis dix mois le parti soutien le gouvernement minoritaire dirigé par le PSOE de Pedro Sanchez. A cela il faut aussi ajouter sa politique lors du processus d’auto-détermination de la catalogne où il a refusé de soutenir ce droit démocratique élémentaire, ce qui a sans doute affaiblit son influence parmi son électorat plus radical et dans les régions autonomes, notamment en Catalogne où la formation recule fortement.

Dans ce contexte, l’obtention de postes ministériels dans le prochain gouvernement dévient vital pour Pablo Iglesias. C’est en ce sens qu’à la suite des résultats il déclarait : « nous aurions aimé obtenir un meilleur résultat, mais il est suffisant pour atteindre nos deux objectifs : freiner la droite et l’extrême-droite, et former un gouvernement de coalition de gauche ». Et Podemos redouble la mise pour espérer peser sur la décision du PSOE en proposant des alliances non seulement au niveau du gouvernement centrale mais aussi au niveau des communes et des régions autonomes pour les élections du 26 mai prochain. Il n’est pas un hasard non plus qu’Iglesias ait affirmé que pour lui l’Espagne est « multinationale ». Il cherche à attirer le soutien des formations régionalistes basques et catalanes à un éventuel gouvernement commun avec le PSOE.

Ainsi, nous sommes devant l’adaptation ouverte de Podemos au régime politique de la transition de 1978 en Espagne. Alors qu’il n’y a pas si longtemps Podemos dénonçait « la caste » politicienne garante des intérêts des oligarques, des capitalistes et de la monarchie, aujourd’hui Pablo Iglesias est en train de demander, presque d’implorer, à l’un des principaux partis du régime, le néolibéral PSOE, de former un gouvernement ensemble. Le modèle de Podemos semble être le Portugal où le gouvernement de la social-démocratie libérale est soutenu par le Parti Communiste et par le Bloc de Gauche (formation néo-réformiste, comme Podemos). Mais à la différence du Portugal, Iglesias prétend avoir des ministres.

Cependant, le PSOE ne semble pas trop pressé d’avancer en ce sens et laisse ouverte la possibilité d’une coalition avec le centre-droit comme le souhaite le grand patronat option pour le moment très peu probable). En réalité le PSOE chercherait à prolonger l’équation politique actuelle : un soutien parlementaire de la part de Podemos mais sans former un gouvernement commun.

Ainsi, la débâcle de Podemos n’est pas seulement électorale, elle est politique aussi. Car même avec toutes les limites d’un politique réformiste, Podemos dénonçait au moins dans les discours, les partis du régime dont fait partie le PSOE. Aujourd’hui tout cela relève du passé. Le parti est de plus en plus intégré au régime et en devient une béquille de gauche qui aide à la régénération de la social-démocratie et du régime politique espagnol.

Encore une fois cet exemple montre que les politiques qui prétendent réformer le capitalisme mènent tôt ou tard à une impasse qui peut se révéler tragique pour les travailleurs et les classes populaires. Aujourd’hui comme hier ce qui se pose pour les travailleurs, la jeunesse, le mouvement des femmes et l’ensemble des exploités et opprimés en Espagne c’est la formation d’une organisation de classe, profondément anticapitaliste et révolutionnaire.

Crédits photo : FERNANDO ALVARADO / EFE / MAXPPP




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