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Crise du coronavirus

Etats-Unis : l’épidémie de Covid-19 s’intensifie et fragilise Trump sur fond de mobilisation historique

Pays le plus touché au monde, les Etats-Unis continuent d'être touché de plein fouet par l'épidémie de Covid-19. Les autorités redoutent une hausse « préoccupante » du nombre de cas lors des deux prochaines semaines.

mercredi 24 juin

Donald Trump a beau nier la réalité des faits, comme il l’a fait à Tulsa lors de son premier meeting de campagne, en affirmant avoir demandé à ses équipes de faire moins de tests car sinon « on trouve plus de cas  », l’épidémie est toujours présente aux Etats-Unis. Loin de « s’estomper » comme l’affirme le président des Etats-Unis, le virus progresse. Le docteur Fauci, immunologiste en chef de la Maison Blanche, l’a confirmé et contredit les allégations de Trump : « Il n’a jamais été demandé à aucun d’entre nous de ralentir le dépistage, c’est un fait ». Il renchérit dans une déclaration lors d’une audition à la commission sénatoriale du commerce et de l’énergie : « Le virus n’est pas prêt de disparaître ». Les Etats-Unis n’en sont qu’à la moitié de la première vague affirme-t-il également.

Sur fond de baisse de popularité suite au large mouvement antiraciste et contre les violences policières parti de Minneapolis, Trump poursuit une fuite en avant visant à nier tous les problèmes. La campagne du président républicain s’en ressent et l’accumulation de dénis porte un coup sévère à sa crédibilité, bien plus qu’au début de la crise sanitaire. D’après un sondage Ipsos, 58% des sondés désapprouvent la gestion de la crise du Covid-19 par Trump contre seulement 37% d’opinion favorable. Les Démocrates profitent de chacune de ces occasions pour gagner du terrain et se présenter en alternative en novembre prochain. Joe Bien accuse ainsi directement Trump de ralentir « intentionnellement » les dépistages dans un tweet.

D’après les autorités sanitaires, « les deux prochaines semaines seront critiques » car l’épidémie pourrait connaître une hausse « préoccupante », apportant un démenti formel aux affirmations de Trump en avril selon lesquelles le pic de l’épidémie était atteint. En effet, dans les dernières 24h, près de 32 000 cas ont été enregistrés ainsi que 800 décès supplémentaires qui viennent s’ajouter à la suite des plus de 120 000 morts que compte le pays. La contagion entre habitants se poursuit et fait augmenter le nombre de cas qui s’élève déjà à plus de 2 millions de personnes infectées.

Les Etats-Unis, pays le plus touché et qui pour l’instant comptabilise le plus grand nombre de victimes, s’enfoncent dans la crise. Après une diffusion rapide et massive du virus à New-York, ce sont désormais les Etats du Sud (Floride, Texas) et de l’Ouest (Californie) qui enregistrent une hausse en flèche du nombre de cas détectés. Le Texas, État de tradition républicaine, figure en tête de ce phénomène avec ses hôpitaux surchargés et son confinement prolongé. À ce propos, le docteur Fauci souligne des gestions « problématiques » dans certains Etats où tout n’est pas fait pour endiguer l’épidémie. Ainsi, selon l’université John Hopkins, en pointe sur la comptabilité de l’expansion de l’épidémie, 23 Etats ont constaté un pic dans le nombre de cas lors des deux dernières semaines, ce qui laisse présager un bilan humain de près de 150 000 victimes d’ici peu.

Les défaillances mises au jour par la commission ayant interrogé le docteur Fauci, sont nombreuses et les craintes bien réelles. À court terme, le manque de tests et de moyens pour tracer les personnes infectées est un réel problème pour endiguer la propagation à large échelle du virus. À plus long terme, la perspective de devoir affronter « deux infections d’origine respiratoire simultanément », le Covid-19 et l’épidémie annuelle de grippe en hiver, pose la question de la carence de structure hospitalières pour faire face à cette perspective. Le cas des minorités a aussi été examiné et 40 millions de dollars ont été débloqués pour répondre à leur surreprésentation parmi les personnes infectées. Le docteur Fauci s’en est finalement pris à Donald Trump directement en lui reprochant de ne pas « montrer l’exemple » en refusant de porter un masque.

Les éléments de crise politique autour de la gouvernance Trump atteignent en ces jours un stade critique. Le déni face à l’épidémie et aux violences racistes de la police ne peut plus durer et met Trump dans une situation de plus en plus intenable, et ce alors que des attaques le visant se préparent avec la publication à venir de deux ouvrages. Le premier, intitulé « The Room Where it Happened » a été écrit par John Bolton, ex-conseiller à la sécurité nationale de Trump, qui y dresse un bilan sévère de la politique du Président. Le second, intitulé « Too much and never enough » est l’œuvre d’une nièce de Trump, Mary L. Trump, qui promet de révéler des secrets familiaux concernant le Président. Au-delà de la personne de Trump, la poursuite de l’épidémie met en danger les perspectives de reprises économiques. A quelques mois des élections présidentielles, la triple crise sanitaire, politique et économique devrait ainsi continuer de mettre rude épreuve le chef de l’Etat, et si elle peut paver la voie aux Démocrates, elle pourrait également ouvrir une séquence de lutte de classe intense, que le projet Démocrate a peu de chance de réussir à canaliser à lui seul sur un terrain institutionnel.




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