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Politique

« philanthrocapitalisme »

Factures EDF impayées : ni coupure, ni réduction de puissance, accès à l’électricité pour toutes et tous !

EDF a fièrement annoncé ce vendredi 12 novembre mettre fin à l’arrêt des coupures d’électricité pour impayés. En lieu et place, le groupe réduira la puissance fournie. Une mesure cosmétique qui ne permettra même pas de prendre une douche chaude.

vendredi 12 novembre

Crédits photo : AFP/ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

Vendredi, l’entreprise Electricité de France (EDF) a annoncé que les coupures d’électricité pour les factures impayées ne seraient plus d’actualité. Dans une déclaration solennelle Jean-Bernard Lévy, le Président Général du groupe a déclaré : « Parce que l’électricité est un produit de première nécessité, EDF décide de mettre fin aux coupures d’alimentation. Dans un contexte marqué par la montée des inquiétudes liées au prix de l’énergie, nous faisons ainsi un choix responsable et solidaire qui privilégie l’écoute et l’accompagnement de nos clients en difficulté. »

Jusqu’alors chaque année entre 200 000 et 300 000 foyers étaient concernés tous les ans par des coupures d’électricité. Interviewé par France Info, Manuel Doumergue, directeur des études de la Fondation Abbé Pierre, s’est félicité d’un « pas en avant vers la dignité ». Avant de nuancer :« C’est vraiment une mesure minimale, et c’est pour cela que je dis que ce n’est pas non plus une victoire extraordinaire. […] Effectivement, on ne peut pas se chauffer, quand on a un chauffage électrique, avec 1 000 ou 2 000 watts. ».

Et à raison. Si l’on regarde de plus près cette mesure, derrière l’annonce, pas grand-chose ne va changer pour les plus précaires. Le débit ne sera plus coupé, mais limité à 1kVA. Or avec une telle puissance il est impossible de prendre une douche chaude, qui nécessite 2kVA. Du côté de l’éclairage, avec une lampe halogène, on peut éclairer une seule journée, contre 2h pour une ampoule simple. Dans la cuisine, on ne peut faire fonctionner son réfrigérateur qu’un jour, dans le salon, la télé ne peut rester allumée que de 3h à 5h en fonction du téléviseur. Enfin, pour se chauffer, 1kVA peut maintenir le chauffage allumé pendant environ 45 min. Et encore faut-il avoir un compteur Linky, sans lequel la coupure reste d’actualité. On aura vu plus éclatant changement.

En pleine crise de l’inflation, alors que les prix de l’énergie augmentent considérablement et que près de 12 millions de personnes sont en situation de précarité énergétique en France, l’annonce s’apparente davantage à un coup de com’ qu’à une véritable mesure sociale. Et comme le note Manuel Doumergue, l’enjeu est également commercial : « peut-être que des ménages vont aller chez EDF plutôt que chez les fournisseurs concurrents parce qu’ils savent qu’en cas de pépin, EDF ne leur éteindra pas la lumière. »

Et s’il y a avait un doute, les propos de M. Benayoun, directeur exécutif du groupe ne trompent pas : « Nous nous sommes rendu compte qu’on arrivait à des résultats pratiquement aussi bons, en termes de régularisation des situations et de remboursement des dettes, en utilisant d’autres moyens. Et notamment la limitation de puissance ». Il s’agissait surtout de préserver les profits…

Et ceux-là sont colossaux. Le groupe, profitant de la hausse du coût de l’énergie, va engendrer des profits records en 2022. Ils devraient avoisiner les 7 milliards d’euros en 2022, une valeur historique, depuis l’introduction du groupe en bourse. Et ce qu’oublie de nous dire EDF, c’est que si la raison de la hausse des prix est en partie conjoncturelle à la crise de l’inflation, c’est que dans le même temps des milliards sont distribués au patronat qui encaisse des profits monstres.

C’est donc en premier lieu et en plus de l’Etat, qui est le principal fonctionnaire d’EDF, avec 83,7% des parts et à rebours de cette mesure cosmétique, le groupe aux superprofits qui doit payer.

Contre la destruction des conditions de vie et de santé de millions de personne en raison de la hausse des prix et de la stagnation des salaires, aujourd’hui c’est bien un gel des factures qu’il faut revendiquer. L’électricité est un bien de première nécessite qui doit être accessible à tous et toutes.




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