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Notre classe

Grève pour les salaires

Grève le 25 mars à la RATP : construire l’unité à la base, durcir la grève, et imposer un plan de bataille !

Les agents RATP seront en grève ce vendredi pour les salaires et contre la privatisation. Un rassemblement est appelé à 9h30 devant le siège à Lyon-Bercy. Face à la direction, il faut construire l'unité à la base et durcir le mouvement. Pour déjouer les divisions corporatistes et face à la politique des directions syndicales, la grève doit appartenir aux grévistes !

jeudi 24 mars

La maison de la RATP à Lyon-Bercy. Crédit photo : O Phil Des Contrastes

Salaires, conditions de travail et précarité : à la RATP les agents confrontés au mépris de la direction

« On voit bien le mépris de la direction lorsqu’elle augmente les agents de 7 euros bruts. C’est même pas le prix d’un grec avec boisson, alors qu’il n’y a pas eu d’augmentation depuis sept ans et que la PDG de la RATP a augmenté son propre salaire de 50.000 euros par an ». Pour Ahmed Berrahal, délégué syndical CGT RATP, les négociations annuelles obligatoires (NAO) sur les salaires ont été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Tandis que « le 18 février on était à plus de 50% de grévistes », le syndicaliste annonce une grève très suivie sur son dépôt à Flandres ainsi que dans tous les centre-bus de région parisienne ce vendredi 25 mars.

Et pour cause, les attaques contre les conditions de travail des agents RATP s’enchaînent. Avec la privatisation en marche, les conducteurs de bus savent ce qui les attend dès cet été 2022 : « travailler le samedi en deux fois, rajouter 1h30 de travail, et perdre six jours de repos pour une compensation d’à peine 80€ ».

De plus, contrairement aux fake news répandues dans les grands médias, les agents RATP subissent de plein fouet la précarité. Avec des salaires qui tournent souvent aux alentours de 1.600€ par mois, il devient impossible de se loger à Paris, et le prix de l’essence est de plus en plus difficile à assumer pour ceux qui vivent en banlieue. « Comment vivre avec sa famille à Malakoff avec un salaire de machiniste ? » interroge Yassine Jioua, militant syndical CGT et conducteur de bus au dépôt de Malakoff en petite couronne.

« Le boulot de machiniste est déjà hyper dur à réaliser dans les conditions actuelles, alors personne n’est prêt à accepter tout ça », résume Ahmed Berrahal.

L’unité et la combativité à la base...

« On travaille avec toutes les organisations syndicales, y compris avec la CFDT. On a mis les conflits internes de côté et on a monté un groupe de travail pour faire les communiqués, les vidéos, etc. » Fred Lievrot, militant syndical Solidaires RATP au centre-bus de Lagny à Paris explique que lui et ses collègues ont réussi à faire l’union sur son dépôt pour préparer la grève du 25 février : « on est tous ensemble avec ou sans étiquettes, et pour l’instant on a tous le même mot d’ordre pour sauver notre cul ».

Même s’il précise que « c’est compliqué sur le réseau bus de mettre les gens en grève » – la faute à la précarité des agents, les plus jeunes étant en CDD, ainsi qu’à la répression contre les syndicalistes – il sait que la grève sera suivie, et milite auprès de ses collègues pour qu’un maximum de grévistes viennent sur le piquet puis au rassemblement prévu à 9h30 devant le siège de la RATP à Lyon-Bercy. Comme lui, Ahmed Berrahal considère que l’enjeu de la journée sera de faire pression sur les directions syndicales, exiger un véritable plan de bataille pour construire un mouvement de grève reconductible.

« On sait que les grèves saute-mouton, c’est pas ça qui va faire plier la taule » explique le cégétiste. L’expérience du mouvement de grève contre la réforme des retraites dans lequel les travailleurs de la RATP ont joué le rôle de locomotive pendant 2019-2020, est encore dans toutes les têtes : « si on a pu faire trembler le gouvernement, et s’il a retiré sa réforme, c’est parce qu’on a fait grève reconductible pendant deux mois ! »

En tout cas, une chose est sûre pour Fred Lievrot : « si chacun reste de son côté et qu’on ne se bat pas tous ensemble, ça va être compliqué de gagner ».

Face aux divisions corporatistes et à la politique des directions syndicales

La journée de grève massivement suivie le 18 février a démontré la colère des agents RATP face au mépris de la direction. Les grévistes y ont fait la démonstration qu’ils sont prêts à se battre pour leurs salaires et leurs conditions de travail. C’est donc dans la foulée de cette première journée de grève, que l’intersyndicale CGT – FO – UNSA – CFE-GCG – Solidaires – La Base s’est réunie le 23 février pour appeler à la nouvelle journée de grève du 25 mars pour « augmenter les salaires à la RATP » et se battre contre « l’ouverture à la concurrence [qui] va impacter l’ensemble des agents RATP ».

Mais une semaine plus tard, le syndicat FO RATP Pôle Traction qui organise les conducteurs de métro et de RER, publiait un tract dans lequel il se félicitait d’un « dialogue social renoué » avec la direction de la RATP. En échange d’une « première revalorisation qui viendra reconnaître l’implication du personnel conduite », la première organisation syndicale au métro faisait ainsi disparaître son appel à la grève dans ce secteur. Quelques jours après, c’est le syndicat La Base, majoritaire au RER qui lui emboîtait le pas avec un communiqué diffusé par message pour annoncer que « l’appel à la grève du 25 mars […] n’est plus d’actualité » et appeler à « garder nos forces et rassembler le maximum d’agents de conduite dans un combat catégoriel au département RER ».

Un conducteur de métro nous explique ainsi qu’après cet épisode, « les militants FO sont retournés dans les terminus pour dire aux conducteurs que ça ne serviraient à rien de faire grève le 25 mars puisqu’ils ont obtenu une prime et qu’on allait pas faire grève pour les machiniste du réseau Bus ». Il conclut : « On a fait grève le 18 février pour les salaires, et là FO Traction et La Base se couchent pour une prime alors que la direction n’a pas bougé et continue de proposer un augmentation ridicule de 0,4% ». En entretenant la division entre les travailleurs, la direction de FO Pôle Traction et celle de La Base ont ouvertement trahi les agents et envoyé un message à la direction en lui laissant les mains libres pour continuer ses attaques, privatiser le réseau bus, puis le métro et le RER.

Tous en grève le 25 mars ! Il faut s’organiser et se coordonner à la base pour imposer l’unité, durcir la grève et construire un véritable plan de bataille !

Face à la privatisation, à la casse des conditions de travail et aux bas salaires, les agents RATP doivent répondre tous ensemble. Mais le seul moyen de s’opposer à la division instillée par la direction avec la complicité des bureaucraties syndicales, c’est de rendre la grève aux grévistes ! Pour cela il faut multiplier les AG sur les piquets de grève partout où c’est possible ce vendredi 25 mars, et venir massivement au rassemblement devant le siège de la RATP à Lyon-Bercy à 9h30 afin de rencontrer les collègues, discuter de la stratégie à adopter et commencer à imposer des perspectives à la base. « Les prochaines étapes de la mobilisation doivent se décider à la base », défend Yassine Jioua. « À Bercy il y a un rendez vous, et il faut que les agents se coordonnent au delà des étiquettes syndicales, comme on a fait pendant la réforme des retraites ».

Plus largement, il s’agit de se lier aux autres secteurs dans les transports et dans le monde du travail, eux aussi impactés par la vie chère et la casse des conditions de travail. Comme les travailleurs de Transdev en Île-de-France qui ont fait plus d’un mois de grève en automne contre les conséquence de la privatisation, ou encore les salariés du privé à Leroy-Merlin, Décathlon et dans la grande distribution qui ont obtenu des augmentations de salaire par la grève.

Enfin, pour gagner il faut construire le rapport de force en durcissant la grève. L’expérience de la grève contre la réforme de 2019 a montré l’importance d’avoir un plan de bataille sérieux, notamment en préparant les caisses de grève, pour pouvoir tenir le plus longtemps possible et faire plier le gouvernement et le patronat. C’est pourquoi il faut interpeller les directions syndicales et exiger un plan de bataille à la hauteur tout en se donnant les moyens de construire, par en bas, un mouvement de grève reconductible capable d’obtenir l’augmentation générale des salaires et de s’opposer à la privatisation des transports publics.



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