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Monde

Troupes françaises hors d'Afrique !

Guerre impérialiste. En 2020 au Sahel, les forces armées ont fait plus de morts que les djihadistes

Un tribune parue dans Le Monde dénonce que « plus de civils ou suspects non armés ont été tués au Sahel en 2020 par des forces de sécurité que par des groupes extrémistes ». Une réalité qui dévoile le cynisme de l'intervention militaire française pour défendre les intérêts de l'impérialisme dans la région.

mercredi 17 février

Dans une tribune de Drissa Traoré, militant des droits humain, parue dans Le Monde, dévoile la réalité meurtrière de l’intervention française au Sahel. On y apprend que « plus de civils ou suspects non armés ont été tués au Sahel en 2020 par des forces de sécurité que par des groupes extrémistes », mettant ainsi à mal le discours de l’Etat français qui justifie son intervention militaire par « la lutte contre le terrorisme ».

D’après les données du site Armed Conflict Location & Event Data Project (Acled), 2.400 victimes au Burkina Faso, au Mali et au Niger, ainsi que le déplacement forcé de plus 2 millions de personnes sont à déplorer du fait des exactions que subissent les population locales. Il apparaît ainsi que 2020 est l’année la plus meurtrière pour les civils au Sahel et ce en grande partie du fait des « forces de défense et de sécurité », c’est à dire de l’armée française et des armées locales avec qui elle est coordonné, un an après le sommet de Pau qui signait le renforcement militaire dans la zone des « trois frontières » (Mali, Niger, Burkina Faso) par l’envoi de 600 soldats français supplémentaires faisant ainsi passer la présence française dans la zone à 5.100 soldats.

En effet, malgré les belles promesses des dirigeants du « G5 Sahel » de « prendre des sanctions exemplaires », les exactions des forces armées se sont multipliées. Encore récemment, début janvier 2021 l’armée française a été accusée d’avoir bombardé des civils célébrant un mariage, tuant 20 personnes. Dans sa tribune, Drissa Traoré rappel aussi l’exemple du village d’Inatès au Niger, où la Commission nationale des droits humains (CNDH) a prouvé la responsabilité des forces armées dans la mort de 71 civils en mars-avril 2020. Ces crimes, qui restent à ce jour impunis et dont la France refuse de reconnaître la responsabilité, alimentent le cycle de violence et la défiance vis à vis des armées. Dès lors, cela offre aux groupes terroriste un réservoir de soldats sur le terreau de la misère, du mépris et des crimes commis par l’impérialisme français qui pille les ressources, détruit la région par la guerre, et est responsable de la mort ou du déplacement des populations locales.

Dès lors, le discours officiel de « lutte contre le terrorisme », qui est devenu le principal moyen de justification de la guerre impérialiste au Sahel n’est plus crédible, et la réalité de l’intervention française ne peut plus être cachée. Et le véritable motif de la présence de l’armée française en Afrique apparaît de plus en plus clairement : l’impérialisme français intervient dans ses ex-colonies pour préserver et garantir les intérêts économiques et géopolitiques des capitalistes français.

En effet, la mainmise sur le Sahel est un facteur déterminant pour l’accès aux importantes richesses souterraines de la région. D’où l’intérêt de l’impérialisme français pour cette région d’Afrique. Le fait que le Mali n’ait pas de réserves d’or significatives alors que le pays produit plus de 60 tonnes par an, tandis que la France possède la 4e réserve d’or mondiale alors qu’il n’y a pas de mines sur le sol métropolitain illustre largement le pillage impérialiste en cours dans la région.

Mais c’est en pleine crise économique mondiale historique que s’est tenu lundi 15 et mardi 16 février un nouveau sommet du G5 Sahel à N’Djamena au Tchad. Un contexte qui combine des difficultés pour l’État français à assumer une intervention militaire coûteuse tant en terme financier que politique, puisque la présence française est toujours plus difficile à justifier que ce soit auprès de populations locales que de l’opinion publique en France. C’est en ce sens que le ministre des affaires étrangères, Jean Yves Le Drian, a annoncé que si « le sommet de Pau a été celui du sursaut militaire, celui de N’Djamena sera celui du sursaut diplomatique, politique et du développement afin de consolider les résultats des derniers mois ». Il apparaît donc que l’intention de l’État impérialiste français est en quelque sorte de « sous-traiter » son intervention militaire en s’appuyant sur les États locaux, sans vraiment se désengager de la région. Ce changement tactique intervient justement dans le contexte où l’armée française est accusée de tuer des civils et où l’intervention militaire française est de plus en plus questionnée tant les moyens déployés sont surdimensionnés financièrement et coûteux en vie humaines.

Mais nous ne devons pas nous y tromper, ce changement tactique n’est qu’une tentative pour restaurer une forme de « soft power », en faisant peser sur les régimes locaux la responsabilité des crimes de l’impérialisme, et en continuant à piller les ressources des pays du Sahel. Qui plus est, elle est loin de signifier la fin de la présence militaire française en Afrique pour « faire la guerre au nom de la paix ». Pour la paix et contre les crimes de l’impérialisme au Sahel, il n’y a rien d’autre à exiger que le retrait des troupes françaises d’Afrique et l’arrêt du pillage des ressources par le multinationales françaises telles qu’Areva ou Total.




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