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"Il ne faut pas s’arrêter là !" Grève et manif dans la santé : un point d’appui pour construire la riposte

Ce mardi, les soignants et travailleurs du secteur social étaient mobilisés pour leurs conditions de travail. Une journée de lutte appelée par la CGT, SUD et de nombreux collectifs, qui montre la colère de ces secteurs en première ligne de la crise. Ces premières manifestations doivent être un point d’appui pour continuer la mobilisation contre la casse des services publics et la gestion autoritaire de Macron, notamment jeudi aux côtés des personnels de l’éducation.

mardi 11 janvier

Alors que l’hôpital est saturé et que le gouvernement laisse consciemment circuler le virus en dépit d’hospitalisations record, avec 3 969 patients en soins critiques, certains soignants veulent exprimer leur colère en descendant dans la rue.

Accompagnés des travailleurs du secteur social et médico-social, oubliés du Ségur et privés des miettes accordées aux soignants, les manifestations ont réuni 5000 personnes à Toulouse, 3000 à Paris, 1500 à Bordeaux, sans compter d’autres rassemblements dans différentes villes.

Si les manifestations regroupaient plusieurs syndicats CGT, SUD et CFE-CGC, et des collectifs comme l’Inter-hôpitaux, Inter-urgences, Inter-blocs, ou encore le Printemps de la psychiatrie, les revendications étaient communes autour du manque de moyens humains et matériels pour exercer correctement, de la nécessité d’augmenter les salaires et plus généralement les conditions de travail.

« On manque de lits, le gouvernement en a fermé 5000 en 2020. Le Covid, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase » : manifester contre la casse de l’hôpital public

Tandis qu’ils sont confrontés à une énorme charge de travail, les soignants reprochent au gouvernement et aux directions d’hôpital leur gestion néolibérale de l’hôpital public. Stéphane, soignant dans les Deux-Sèvres, venu à Paris pour la manifestation, raconte l’épuisement du personnel, en manque d’effectif constant. Il explique que ses collègues ne peuvent plus tenir à force d’être sous-payés et d’avoir des conditions de travail déplorables. Un problème généralisé à l’hôpital puisque le Conseil Scientifique estime que 20% des lits sont fermés, faute de personnel. Pour Stéphane, le gouvernement est responsable de cette situation, après un Ségur de la Santé dans lequel il n’a accordé qu’une revalorisation salariale très minimale.

Les soignants accusent également le gouvernement d’être responsable de la situation de crise, et du départ de nombreux soignants. Ce dernier a en effet choisi de faire peser sur les soignants sa stratégie de « vivre avec leur virus » pour maintenir l’économie et les profits des grands patrons du MEDEF. Derrière les discours du gouvernement cherchant à minimiser l’épidémie, il y a donc des soignants épuisés, qui continuent de travailler même avec le Covid, à cause du manque de personnel. Cette situation scandaleuse amène dès lors nombre d’entre eux à dénoncer l’absurdité de l’obligation vaccinale pour les soignants, ainsi que l’exprime Cécilia, aide-soignante en réanimation médical à l’hôpital Saint-Antoine à Paris.

De plus, elle dénonce la stratégie de division du gouvernement et des directions d’hôpital, qui versent des primes à une partie des équipes seulement. Dans le même sens, tous les manifestants dénonçaient la division entre travailleurs de la santé et travailleurs du secteur social et médico-social, oubliés du Ségur. Fatima par exemple, qui travaille dans un foyer d’hébergement pour personnes handicapées à Boulogne-Billancourt, revendique avec ces collègues de pouvoir bénéficier immédiatement de l’augmentation de salaire de 183 euros, que l’Etat ne leur a pas accordé.

Comme les personnes hospitaliers, les travailleurs du social et médico-social souffrent aussi bien des faibles salaires que du manque de moyen, comme ils l’avaient exprimés en décembre, lors d’une manifestation très suivie. C’est ce qu’explique Stéphane, éducateur dans un Institut Médico-Educatif (IME) du 93 : « On accompagne des jeunes handicapés et malades. Sauf qu’on a pas assez de personnels, donc on se retrouve à prodiguer nous-mêmes des soins. Nos conditions de travail s’empirent, on vient aussi pour les soignants ».

Plusieurs secteurs étaient donc présents dans la manifestation parisienne par exemple, ce qui a permis de mettre en lumière la colère d’une partie des travailleurs en première ligne. On peut souligner les phénomènes de résistance et de grève, comme à Toulouse où le personnel de l’hôpital pour enfants est mobilisé.

Continuer et élargir la mobilisation : tous ensemble contre la casse sociale de Macron !

Pour autant, les manifestants sont conscients que la mobilisation ne peut s’arrêter là, à l’image de Marie-Laure, secrétaire de la CGT blanchisserie du CHU de Bordeaux, qui explique : « Il ne faut pas qu’on s’arrête au 11 janvier sinon on aura perdu de l’argent pour rien. 1 500 personnes sont venues aujourd’hui, c’est énorme par rapport aux dernières mobilisations dans la santé et le social. On voit qu’il y a une souffrance au sein des hôpitaux et il faut continuer à construire la riposte et la mobilisation pour arracher plus de moyens, la revalorisation des salaires, l’arrêt des fermetures de lits, l’arrêt des fermetures des services d’urgences ! Pendant que le gouvernement et les directions s’applaudissent en disant qu’il n’y a pas de problème, nous trinquons. Nous devons leur prouver que nous sommes là, mettre une date après le 11 janvier. »

En effet, après cette première date, il faut absolument élargir la mobilisation dans la santé et dans tous les secteurs attaqués. Alors que le virus circule et que tous les travailleurs subissent la gestion sanitaire catastrophique du gouvernement, il faut des dates de bataille commune contre la casse sociale.

En ce sens Gwen, institutrice dans le 95 et militant à Révolution Permanente, est venue avec d’autres profs en grève apporter son soutien aux soignants. Alors que l’école est un des principaux foyers de contamination du virus et que les personnels, comme les élèves et leurs parents, vivent une rentrée chaotique à cause de l’absence de protocole sanitaire à la hauteur, il est urgent que les travailleurs de l’éducation nationale se lient aux soignants. Comme l’explique Gwen dans son intervention, la jonction entre les différents secteurs en première ligne face au virus, est essentielle pour mettre en place un rapport de force nécessaire pour faire plier le gouvernement. 

En ce sens, il est urgent de préparer un plan de bataille à la hauteur des enjeux, et de rompre avec les dates isolées et l’éparpillement des journées de mobilisation selon les secteurs. Pour continuer le mouvement impulsé ce mardi par les soignants, soyons présents en masse jeudi, au côté des profs, des aed, et des aesh, en grève contre Blanquer et pour des protocoles sanitaires à la hauteur !



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