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Inde. Face à la catastrophe sanitaire, l’aide hypocrite des États impérialistes

S’affichant en grands sauveurs de la population indienne, les États Unis, le Royaume-Uni et la France annoncent l’envoi d’aides humaine et matérielle dans le pays qui fait face à une flambée de Covid-19. Une opération des plus hypocrites, quand on sait l’obstacle que constitue la gestion de la crise des États impérialistes sur la voie de résolution de la pandémie.

lundi 26 avril

Crédits photo : AFP

352 991 nouveaux cas de Covid-19 et 2 812 morts ont été comptabilisés en vingt-quatre heures

Comme le rapporte Le Monde, la situation sanitaire indienne est des plus dramatiques à l’échelle mondiale. Ce pays, qui compte plus d’1,3 milliard d’habitants dont au moins 13,4% vivaient sous le seuil de pauvreté (fixé à $1,90 par jour) en 2018, concentre aujourd’hui 40% des contaminations diagnostiquées dans le monde. La population est en proie à la circulation de nombreux variants, au premier rang desquels le britannique est le plus meurtrier. Touchant une population de plus en plus jeune, le variant indien semble quant à lui coïncider avec l’apparition de nouveaux symptômes (très forts maux de tête voire confusions mentales), une moindre détection par test PCR ainsi que des signes d’une potentielle résistance accrue au vaccin, qui n’a été à ce jour administré au moins une fois qu’à 65% de la population.

Malgré la mise en place et le prolongement de mesures de confinement, ce sont ainsi plus de deux millions de nouveaux cas qui ont été recensés au cours de la dernière semaine, soit le double de la semaine précédente, avec le sombre record de 352 991 nouveaux cas et 2 812 morts atteints en seulement 24h ce dimanche 27 avril. « Les établissements de soins continuent d’envoyer des SOS déchirants pour prévenir ici et là qu’il ne leur reste que trois, deux, parfois une heure d’oxygène pour leurs patients en soins intensifs. Les familles continuent d’errer d’établissement en établissement pour essayer de trouver une place. Les malades continuent de mourir en chemin ou devant les hôpitaux », rapporte Le Monde.

L’hypocrisie de l’aide humanitaire des États impérialistes

Il a fallu en arriver là pour que les principales puissances impérialistes se sentent obligées de réagir ce dimanche, en promettant l’envoi de moyens humains et matériels à la population indienne : une occasion pour les États-Unis, suivis par le Royaume-Uni puis la France notamment, de s’afficher en grands sauveurs de l’Inde. Les États-Unis ont annoncé envoyer immédiatement « des composants pour la production de vaccins ainsi que des équipements médicaux, des médicaments, des tests à diagnostic rapide, des respirateurs, et des équipements de protection » ainsi que des « experts ». Joe Biden a ainsi déclaré : « Tout comme l’Inde a envoyé de l’aide aux Etats-Unis lorsque nos hôpitaux ont été mis à rude épreuve au début de la pandémie, nous sommes déterminés à aider l’Inde en ces temps difficiles ». « Au peuple indien, je veux exprimer toute ma sympathie face à la terrible souffrance que le Covid-19 inflige à nouveau à la population », a quant à elle déclaré la chancelière allemande Angela Merkel. Mais contrairement à ce qu’affirme Merkel dans cette sortie des plus hypocrites, plus que le Covid-19, c’est l’incapacité des États à gérer la crise qui continue d’alimenter ce désastre sanitaire.

Le gouvernement d’extrême-droite en place en Inde, dirigé par Narendra Modi, a une grande part de responsabilité du fait d’avoir nié les risques d’une potentielle deuxième vague, afin de préserver l’économie au détriment de la santé des travailleurs. C’est ce sur quoi insiste notamment Le Monde, fustigeant le premier ministre indien frappé d’une « gifle monumentale », tout en se gardant bien de pointer la responsabilité des États impérialistes qui profitent de la situation pour renforcer leur domination économique au détriment de la population des pays semi-coloniaux.

En effet, comme nous l’écrivions la semaine dernière, « les causes de cette flambée ne sont pas inconnues et sont directement liées à la dépendance économique de l’Inde vis-à-vis des puissances occidentales et à sa place dans le capitalisme mondial comme manne de main d’œuvre bon marché. Ainsi, avec 90% des travailleurs dans le secteur informel selon la Banque Mondiale Blogs, les mesures de confinement et de couvre-feu ne sont réalisables que pour une très petite minorité de la population indienne ».

Par ailleurs, comme le rapporte Le Monde, le Serum Institute of India, basé à Pune, en Inde, avait déjà alerté il y a une dizaine de jours sur son accès restreint à certains composants issus des États-Unis pourtant nécessaires à la fabrication et lancé un appel public au président américain pour qu’il lève les embargos sur les exportations de matières premières.

Mais la plus grande contradiction entraînée par la domination impérialiste en Inde réside dans le fait que, si 62 % des vaccins de la planète sont produits dans ce pays qui fournit 70 % des vaccins essentiels à l’OMS, « ses capacités, comme celles d’autres pays dépendants économiquement comme le Pakistan ou le Brésil, sont aujourd’hui sous-utilisées à cause des brevets qui existent sur les vaccins ». La levée des brevets est en effet une condition sine qua none de la résolution de la crise sanitaire à l’échelle mondiale, à tel point qu’elle est même revendiquée par l’OMS et par la papauté, qui sont pourtant loin d’être les acteurs les plus anticapitalistes de la scène politique internationale. Mais les principales puissances impérialistes, comme le Royaume-Uni, les États-Unis et les pays de l’Union Européenne, continuent de défendre le maintien des brevets sur la fabrication des vaccins, sous prétexte qu’ils « encouragent la recherche et le développement des médicaments. ». En réalité, les brevets leur permet surtout d’avoir la main sur la technologie, la production et le prix des vaccins, soit une arme redoutable pour protéger leurs économies nationales et se faire une place dans un marché fortement concurrentiel, et ce d’autant plus en temps de crise économique.

La nécessité de la levée des brevets sur la production de vaccins

Ainsi, la tragédie que subit la population indienne, et en premier lieu les secteurs les plus paupérisés de cette dernière, illustre la défaillance du système capitaliste face à l’urgence de la résolution de la crise sanitaire et son incompatibilité structurelle avec la possibilité de protéger la vie de milliards de travailleurs, à l’échelle des États comme sur le plan mondial. Les interventions impérialistes, y compris celles qui revêtent un emballage « humanitaire », ne font que renforcer ce constat.

Cette possibilité existe pourtant objectivement et la situation que traverse actuellement l’Inde, mais aussi le Brésil et les États-Unis qui restent le premier pays le plus gravement touché par la pandémie, est loin d’être une fatalité : le retrait de la mainmise capitaliste par la levée des brevets, les capacités de recherche et de production du vaccin combinées à des mesures de restrictions sanitaires sous contrôle des travailleurs constituent le seul horizon viable pour mettre un terme à la pandémie du Covid et éviter celles qui apparaîtront dans les années à venir.




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