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Inde. Twitter censure 250 comptes liés à la mobilisation paysanne

À la demande du gouvernement indien, Twitter a censuré, lundi pendant 24 heures des centaines de comptes liés à la mobilisation des paysans. La plateforme a finalement fait machine arrière le mardi.

jeudi 4 février

Crédits photo : Adnan Abidi/REUTERS

Il y a deux mois avait lieu la plus grande grève de l’histoire : 250 millions de travailleurs avaient paralysé l’Inde fin novembre dernier, contre les réformes gouvernementales qui prévoient de libéraliser le marché agricole et de s’attaquer durement aux droits des paysans. En effet, ces mesures prévoient de nouvelles lois sur le travail, une plus grande flexibilisation des régulations en matière de santé et de sécurité sur le lieu de travail et dans le secteur agricole, ainsi que des privatisations dans le secteur public.

« Le gouvernement cherche à faire taire la voix des paysans »

Deux mois après, des dizaines de milliers d’agriculteurs continuent de s’organiser et se mobiliser. La plupart viennent du Punjab (au nord du pays) et manifestent le long des grands axes routiers en périphérie de New Delhi. La semaine dernière, l’une de ces manifestations a dégénéré et de violents affrontements ont eu lieu avec la police indienne. Le gouvernement avait même ordonné « en renfort » le déploiement de 2 000 paramilitaires.

C’est précisément le prétexte dont s’est servi le ministère de l’intérieur indien pour demander à Twitter de censurer des comptes de militants, dirigeants syndicaux ou leaders de l’opposition, accusés de représenter une « grave menace pour l’ordre public ». En réponse à cette demande, Twitter a bloqué quelques 250 comptes liés à la contestation sociale en cours. « Notre compte Twitter est suspendu. Le gouvernement cherche à faire taire la voix des paysans », s’est exprimé Kisan Ekta Morcha, un des leader de l’opposition comptant près de 200 000 abonnés.

Twitter complice de la répression des travailleurs

Le réseau social a ainsi obéi aux demandes de censure du gouvernement indien. Mais ce n’est pas la première fois : l’Inde figure parmi les 5 pays d’où Twitter reçoit le plus grand nombre de requêtes de fermetures de comptes. Et en l’occurrence, l’an dernier, Twitter a obtempéré dans 14 % des cas à ces demandes en Inde..

Ainsi, bien que les demandes de censures puissent être variées, on voit que le réseau social est prêt à se mettre au service de gouvernements antidémocratiques qui cherchent à invisibiliser les luttes sociales dans leur pays, et donc à coopérer dans la répression.

Finalement, une réunion de conciliation a eu lieu avec le gouvernement. Twitter affirme avoir défendu le principe de la libre expression – après avoir tout de même censuré 250 comptes liés de près ou de loin à la mobilisation – et les comptes en question sont à nouveau accessibles depuis ce mardi 2 février.

Une censure sur les réseaux sociaux de plus en plus banalisée

Alors que le mois dernier, certains se satisfaisaient à gauche de la censure de Donald Trump, ce nouvel exemple de l’arbitraire des grandes plateformes rappelle le danger de confier à celle-ci le pouvoir de censure.

En ce sens, il apparaît essentiel que le mouvement ouvrier et l’ensemble des secteurs en lutte revendiquent l’expropriation des GAFAM pour leur imposer un contrôle démocratique.




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