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Tempête Daniel

Inondations meurtrières en Libye : l’écrasante responsabilité de l’impérialisme occidental

Une semaine après le ravage de la Libye par la tempête Daniel, le bilan s’alourdit toujours plus. Mais ce sont également les explications de la tragédie qui se précisent : infrastructures vétustes, impréparation au phénomène… le tout causé par les politiques des puissances impérialistes qui ont mené à la ruine du pays depuis plus d’une décennie.

Antonin Cheron

18 septembre 2023

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Inondations meurtrières en Libye : l'écrasante responsabilité de l'impérialisme occidental

«  Entre 18 000 et 20 000 morts » : l’estimation terrifiante du maire de Derna

Dimanche 10 septembre, l’Est et le nord-est de la Libye étaient dévastés par le passage de la tempête Daniel. C’est dans la ville côtière de Derna que se concentrent les constats les plus terrifiants. Si quelques jours après la catastrophe, on parlait déjà d’au moins 10 000 disparus, les confirmations de décès se font par milliers selon les sources.

Du côté du gouvernement reconnu par les instances internationales, le ministre de l’aviation civile a confirmé à Reuters 5300 morts, tout en estimant que le chiffre pourrait doubler. Le maire de Derna a quant à lui annoncé à la chaîne de télévision saoudienne Al-Arabiyaune (relayé par Courrier International) une estimation allant de 18 000 à 20 000 morts au total, en se basant sur le nombre de quartiers détruits de sa ville.

Pour l’instant, l’accès aux différentes zones impactées, et notamment à Derna, reste très complexe, rendant le bilan incertain. Les actions de secourismes sont également entravées par des infrastructures ravagées. La population compte ses morts et cherche désespérément dans les décombres, dans les alentours et jusqu’en mer méditerranée les corps de leurs proches. Le gouvernement de l’Ouest rapporte en effet que « la mer déverse constamment des dizaines de corps ».

Le Washington Post résumait déjà ces derniers jours l’ampleur de la situation en qualifiant la tempête de : « la pire jamais vue en Afrique du Nord depuis près d’un siècle ». Si les secours arrivent au compte-goutte, les jours à venir s’annoncent sombres pour la Libye, l’Organisation internationale des migrations (OIM), ayant affirmé « qu’au moins 30 000 personnes avaient été déplacées par les inondations à Derna ». La crainte qu’une crise sanitaire suive cette catastrophe plane évidemment et la gestion de ces catastrophes par les différents pouvoirs politiques en présence est chaotique.

C’est un cyclone intensifié par le changement climatique qui est venu frapper en Libye. Mais si la catastrophe est aussi meurtrière, c’est parce que cette tempête a rencontré sur son chemin un territoire ravagé par plus de 10 ans de guerre civile, dans lesquels la responsabilité des puissances impérialistes est écrasante.

Une décennie de guerre civile a rendu vulnérables les infrastructures et la population

Pour Libération, la chercheuse libyenne Malak Altaeb explique : « cela fait très longtemps que les experts alertent sur la vulnérabilité des infrastructures, mais rien n’a été fait.  » Dans le cas de Derna, ce sont les deux barrages censés protéger la ville qui ont cédé et provoqué un déferlement d’eau sans précédent. Des barrages qui n’ont bénéficié « d’aucune ressource dédiée à l’entretien », précise Malak Altaeb, et qui sont fissurés depuis 25 ans d’après différents rapports et études.

En termes d’anticipation, ce sont aussi les services environnementaux et météorologiques qui sont pointés aujourd’hui comme défaillants : « avant, la Libye disposait d’un service météo relativement moderne, mais ce n’est plus le cas. Il ne fonctionne quasiment plus. Le réseau d’observation est presque détruit. Donc, la tempête est arrivée sans qu’aucune évacuation n’ait lieu. » confiait à RFI Petteri Taalas, secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Un élément aggravé par un constat plus grave encore : quand bien même l’évacuation aurait été déclarée, les différentes régions n’auraient sans doute pas eu les moyens de la faire appliquer.

A ces défaillances d’infrastructures s’ajoutent des défaillances sur tous les services publics en terme de santé, de secours, de transports… Des défaillances qui ont été causées et approfondies par une guerre civile dévastatrice déclenchée en 2011 sous l’égide de l’ONU et de l’OTAN. Riche en pétrole et lieu stratégique pour le contrôle du passage des migrants, la Libye de Kadhafi jouissait jusqu’en 2011 d’une relative autonomie stratégique, comme les contrats militaires signés en 2007 avec le gouvernement Sarkozy (plus tard plongé dans le scandale du financement de sa campagne par Kadhafi lui-même) l’illustre. En 2011, les puissances impérialistes voient le Printemps Arabe comme une opportunité pour reprendre l’initiative dans la région : le 19 mars, après un vote au conseil de sécurité de l’ONU, une coalition internationale menée par les principales puissances de l’OTAN lance une intervention militaire qui prendra la forme de bombardements, armements de différentes factions locales, ainsi que d’interventions directes. Cette intervention enfoncera la Libye dans plus d’une décennie de chaos et de guerre civile, qui a ravagé le pays et sapé ses capacités à faire face aux catastrophes comme le démontre tragiquement le cyclone Daniel.

Mais si cette guerre a ravagé la plupart des infrastructures du pays, certaines d’entre elles se portent très bien : les puits de forages et les raffineries de pétrole.
Historiquement, on retrouve les grands groupes pétroliers internationaux sur les sols libyens : National Oil Corporation (compagnie pétrolière nationale de la Libye), ENI, Total, ConocoPhillips… Si les conflits armés ont ponctué l’exploitation de temps morts, la zone semblait assez « sûre » pour rependre en grande pompe les opérations en aout dernier !.

Pour prendre un autre exemple, en 2018 Total rachetait Marathon Oil Libya coexploitant de la zone de Waha. Un achat salué par le PDG de la multinationale française en ces termes : «  cette acquisition s’inscrit dans la stratégie de Total qui vise à renforcer notre portefeuille avec des actifs pétroliers de grande qualité et à faible coût technique, tout en consolidant notre présence historique au Moyen-Orient et en Afrique du Nord  ». Des millions en ligne de mire donc, sur le dos du « faible coût technique » permis par le territoire. On ne peut que se demander ce que coûtent « techniquement » des barrages et des infrastructures, permettant de faire face aux catastrophes environnementales qui vont se multiplier.

Alors que le cyclone a été renforcé par le changement climatique dans lesquelles ces entreprises pétrolières ont une responsabilité écrasante, la situation catastrophique en Libye montre l’urgence pour une écologie conséquente de s’affronter frontalement aux patrons pollueurs mais également aux politiques bellicistes des puissances impérialistes.


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