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Politique

In vino veritas ?

Interdiction de l’alcool sur la voie publique : une nouvelle mesure répressive et contre-productive

Dans le cadre des nouvelles mesures annoncées mercredi par le gouvernement, Jean Castex a annoncé que la consommation d’alcool sur la voie publique serait dorénavant interdite. Une mesure répressive qui fait une nouvelle fois porter la responsabilité de l’épidémie sur la population.

vendredi 2 avril

Crédit photo : Thomas Coex / AFP

L’éthanol, nouvelle cause de la propagation du Covid19 ? Pour le gouvernement, toutes les raisons sont bonnes pour cacher son bilan désastreux et sa responsabilité centrale dans la situation actuelle. Surtout quand elles permettent de faire porter la responsabilité de la propagation de la pandémie sur la population. Après les diverses sorties critiquant les personnels soignants qui ne voudraient pas être vaccinés, c’est maintenant les jeunes et les personnes isolées qui sont visées. Au milieu de toutes les non-annonces d’Emmanuel Macron mercredi, c’est maintenant l’interdiction de la consommation de l’alcool sur la voie publique qui devrait permettre de faire reculer la pandémie. L’idée derrière cette nouvelle mesure serait que ce sont les fêtes en extérieur qui seraient des foyers importants de contamination, avec un Premier ministre condamnant « sans réserve » ceux ne respectant pas « les règles sanitaires » devant l’Assemblée Nationale jeudi matin.

Derrière cette logique, il faut tout d’abord voir que le gouvernement cherche une nouvelle fois à faire porter la responsabilité de la nouvelle vague à la population plutôt qu’à la politique qu’il a menée ces derniers mois. Comme le disait Pierre Schwob, du collectif inter-urgence hier dans nos colonnes, « nous avons un président qui joue au poker, qui s’est persuadé qu’il n’y aurait pas de seconde vague ; perdu, il y en a eu une. Il s’est dit ensuite que nous ne connaîtrions pas de troisième vague grâce aux vaccins ; et rebelote, il n’y pas eu de vaccins et en plus il y a la troisième vague. » Dans cette partie de poker, le gouvernement n’a rien fait, rien préparé pour faire face à une nouvelle vague : aucun nouveau lit ouvert, pas d’embauches massives de personnels soignants, la perpétuation du secret des brevets qui empêche la production massive de vaccins… Autant de décisions qui ont mené à une deuxième puis une troisième vague destructrices. Et faute d’un mea culpa, le gouvernement cherche des responsables, qu’il a trouvé dans les « irresponsables » qui consomment de l’alcool sur les places et les quais des grandes villes. Une façon de se dédouaner de toute erreur, une nouvelle fois.

Si le gouvernement fait une nouvelle fois porter ses responsabilités sur les épaules d’autres, il utilise aussi les mêmes méthodes qu’au printemps et à l’automne, avec un accent mis une nouvelle fois sur la répression comme unique méthode de gestion de la crise sanitaire, à coup d’interdictions, d’amendes et de poursuites judiciaires. Une méthode devenue l’unique réponse du gouvernement à tous les problèmes qui se posent à lui, qui font peser le coût de la crise et les efforts sur les épaules des travailleurs en première et deuxième ligne, qui doivent gérer au jour le jour la crise, à défaut d’un plan global de lutte contre la maladie.

Finalement, et c’est loin d’être anecdotique, cette mesure pourrait être plus contre-productive qu’autre chose. S’il est difficile d’évaluer à quel point les dits « rassemblements festifs » sont des foyers de contamination, ce qui est sûr, c’est qu’ils sont aujourd’hui les seuls moyens pour la jeunesse et les personnes isolées de maintenir un semblant de vie sociale dans une année marquée essentiellement par des confinements et des couvre-feux. Et dans l’hypothèse où ces moments seraient des lieux de contamination et de développement de l’épidémie, leur interdiction pourrait en réalité être une mesure contre-productive. C’est en effet ce qu’explique Stéphane Gayet, infectiologue au CHU de Strasbourg : s’il explique qu’en effet la consommation d’alcool renforce les chances de contamination, parce que la désinhibition causée par l’alcool pousse les consommateurs à parler plus fort, se rapprocher ou même chanter, pour lui, cette interdiction pourrait pousser les gens à se réunir autre part : « Dès l’instant où l’on ne se trouve plus dans un lieu ouvert au public mais dans un lieu privé, les gens ont tendance à ne plus mettre de masques. Si les conditions ne sont pas réunies dans des lieux ouverts au public et où l’on peut consommer de l’alcool, elles vont l’être à l’intérieur des locaux, où les gens ne respecteront pas les mesures. » Sachant cela, l’interdiction de consommation d’alcool sur la voie publique pourrait avoir donc l’effet inverse que celui espéré, poussant les gens à se rassembler dans des conditions plus propices à la contamination : « Dehors il y a toujours un petit peu de vent, un petit peu de courant d’air, et les micro-goutelettes que l’on émet sont immédiatement dispersées dans l’air, dans l’atmosphère. Surtout s’il y a un petit de vent et si l’on bouge, le système de ventilation va épurer l’air. La transmission est beaucoup plus facile, beaucoup plus risquée, beaucoup plus probable à l’intérieur de locaux. Lorsqu’on est à l’extérieur, le risque est infiniment plus faible. »




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