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Irak. Macron annonce le maintien des militaires français pour protéger les milliards de Total

La semaine dernière Macron rejouait la rhétorique de la guerre contre le terrorisme pour annoncer le maintien des troupes françaises en Irak. Une manière d'assurer les intérêts de l'impérialisme français au moment où Total a signé un contrat de 10 milliards de dollars avec le gouvernement irakien, et alors que les États-Unis se désengagent progressivement de la région.

mardi 7 septembre

Emmanuel Macron et le premier ministre irakien, Moustafa al-Kazimi à une conférence de presse à Bagdad, le 28 août dernier. Crédits photo : AFP/Eliot BLONDET

La visite officielle de Macron en Irak les 28 et 29 août dernier, était la première dans la région depuis la prise de Kaboul par les Talibans. Les fondamentalistes se sont engouffrés dans la brèche ouverte par le départ des américains ; impossible, dès lors, que les regards ne se tournent pas également vers l’Irak, qui elle aussi va voir le départ des soldats US, avant le 31 décembre, selon les promesses de Joe Biden. Un départ qui, certes, rend la situation instable, mais laisse surtout le champ libre à l’enracinement de nouvelles puissances impérialistes au Moyen-Orient.

Et cela, Macron l’a bien compris. À Mossoul, fraîchement libérée du joug de Daesh, le président français s’est voulu rassurant envers son allié irakien, et compte bien reprendre le flambeau des États-Unis. « Nous maintiendrons notre présence pour lutter contre le terrorisme en Irak, aussi longtemps que l’Irak le demandera » a déclaré le chef des armées, qui déclare vouloir « aider l’Irak à être pleinement stable, souverain, et en paix ».

L’impérialisme français entend placer ses pions après le départ des USA

Après le départ des troupes militaires américaines qui opèrent un pivot vers la Chine, Macron et l’impérialisme français entendent ainsi essayer de reprendre la main dans le pays en usant la même réthorique sur la guerre contre le terrorisme que celle avec laquelle l’impérialisme américain a justifié son intervention militaire en 2003. A l’époque c’est derrière la lutte contre les prétendues armes de destructions massives du régime de Saddam Hussein que la coalition menée par les Etats-Unis a fait la guerre entre 2003 et 2011 pour s’accaparer les richesses pétrolières du pays, avec des conséquences désastreuses pour les classes populaires irakiennes, avec des milliers de morts et de réfugiés, ainsi qu’une déstabilisation durable de la région.

Macron se veut rassurant quant à la capacité de l’armée d’assurer une présence au Moyen-Orient : « Nous avons les capacités opérationnels d’assurer cette présence, quels que soient les choix Américains [...]. Nous adapterons notre dispositif. » Toutefois malgré ces annonces en grande pompe, l’intervention française en Irak subie également le retrait américain du Moyen-Orient, puisqu’à ce jour, seuls 200 militaires français sont présents en Irak, dans le cadre de l’opération Chammal, dédiée à la formation de l’armée irakienne, contre quelques 2 500 soldats américains encore en activité dans le pays. A l’instar du Sahel où l’impérialisme français se retrouve face à des difficultés militaires et diplomatiques,

L’Irak, une mine d’or pour les capitalistes français

Pourquoi Macron insiste-t-il autant sur une présence militaire en Irak, alors que les forces armées françaises sont déjà en difficulté au Sahel, et que l’arrivée au pouvoir des Talibans en Afghanistan renforce les risques de conflits armés au Moyen-Orient ?

Car l’Irak est le 4e exportateur de pétrole brut dans le monde, ce qui en fait un géant dans le secteur de l’énergie, aux besoins en infrastructures considérables. Et c’est Total, fleuron de l’industrie française, qui va pouvoir en développer une grande partie, après un juteux contrat de près de 10 milliards de dollars signé ce dimanche avec le gouvernement irakien.

L’entreprise renoue ainsi avec son passé et reprend son rôle clé dans la domination impérialiste de la France en Irak. En effet, c’est en Irak que la Compagnie française des pétroles, ancêtre de Total Énergies, installe ses premières exploitations, en 1924. « Ces accords signent notre retour en Irak par la grande porte ! » s’en félicite même le patron de Total, Patrick Pouyanné. L’Irak est un investissement de choix pour les grands capitalistes de l’énergie, car les années de guerre et d’instabilité ont généré un retard important dans la construction d’infrastructures.

Quoi de plus logique, donc, qu’un renforcement de la présence militaire de la France dans le pays qui est désormais un enjeu économique majeur pour Total ? L’entreprise est déjà après tout un des grands moteurs de l’impéralisme français en Afrique et dans le monde, et justifie déjà de l’interventionnisme militaire de l’Etat français comme au Mozambique. D’autant plus que l’investissement de 10 milliards n’est qu’un premier versement, et que Total vise à terme un investissement de 27 milliards de dollars sur une durée de 25 ans. Des intérêts astronomiques que l’État français doit absolument sécuriser.

En somme, il ne s’agit en rien de protéger les Irakiens et les Irakiennes de la menace terroriste, puisque la France protège avant tout ses intérêts. Au contraire, les grands gagnants sont bien les capitalistes, et non pas la population irakienne, qui a vécu les guerres impérialistes, continue de subir la violence terroriste, et la répression de la part du régime irakien soutenu par l’État français. La catastrophe en Afghanistan où le pays a vu revenir les talibans au pouvoir après 20 ans de guerre impérialiste confirment que les interventions militaires des grandes puissances impérialistes n’augurent rien de bon pour les peuples de la région. En Irak et ailleurs, troupes impérialistes françaises et américaines dehors !




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