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« Islamo-gauchisme », « complicité intellectuelle » avec le terrorisme : Blanquer agite le discours de l’extrême-droite

A la veille d’une deuxième vague annoncée et alors que les effets de la crise économique se font déjà lourdement ressentir avec son paquet de fermetures, licenciements et baisses de salaire, l’assassinat atroce de Samuel Paty a fait l’objet d’une instrumentalisation politique du côté du gouvernement. C’est dans cette ligne que Jean-Michel Blanquer a accusé de « complicité intellectuelle » avec le terrorisme et d’ « islamo-gauchisme » les organisations et les individus contestant le saut réactionnaire et islamophobe du gouvernement

mercredi 28 octobre

Crédit photo:Anne-Christine POUJOULAT / AFP
En effet, l’instrumentalisation de l’assassinat du professeur est un coup d’accélérateur de la séquence sécuritaire que le gouvernement a cherché à imposer récemment avec le couvre-feu et s’inscrit dans la logique réactionnaire et islamophobe de la loi Séparatisme avec laquelle le gouvernement a répondu aux mobilisations anti-racistes et contre les violences policières qui ont traversé le pays après le confinement.

Le gouvernement tente donc de profiter de l’émoi populaire pour retrouver un nouveau souffle via l’unité nationale au même temps qu’il cherche à renforcer son arsenal répressif en mettant en cause la liberté d’organisation – comme c’est la cas pour le CCIF ou BarakaCity – et en criminalisant les musulmans ou supposés comme tels. L’opération cependant, ne s’est pas arrêté là. En empruntant le discours de l’extrême-droite autour de l’islamo-gauchisme, le gouvernement a aussi décidé de cibler comme « complices intellectuels » du terrorisme toute personne ou organisation défendant les libertés démocratiques fondamentales ou dénonçant l’islamophobie, le racisme ou le caractère colonial de l’état Français. Toute opposition ou réticence face à l’unité nationale réactionnaire serait donc une preuve de perméabilité devant l’islamisme radical. Ainsi, il s’agit non seulement de criminaliser une partie important du secteur le plus précaire de la société mais aussi de couper l’herbe sous le pied à toute forme de contestation politique.

C’est dans cette ligne que Jean-Michel Blanquer lors d’un entretien sur Europe 1, s’en est pris à l’Unef et à la France Insoumise qu’il accuse de « complicité intellectuelle » dans l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine, et d’être responsable plus globalement de l’idéologie qui l’a inspirée avant de suggérer que le monde académique ferait lui aussi « partie du problème » en reprenant les thèses du Front National.

« Je pense surtout aux complicités intellectuelles du terrorisme. Notre société a été trop perméable […] » expliquait le ministre, qui dénonçait « ce qu’on appelle communément l’islamo-gauchisme, qui fait des ravages [...] dans les rangs de la France Insoumise », et qu’il décrit comme une « idéologie qui mène évidemment au pire ».

Le ministre de l’Éducation Nationale reprenait ainsi les mots de Gérald Darmanin, qui avait, le 6 octobre, accusé le parti fondé par Jean-Luc Mélenchon d’être « lié avec un islamo-gauchisme qui détruit la République. »

Ces accusations ne manquent pas seulement de tout fondement mais elles s’inspirent directement de la formule « judéo-bolchevisme » employé par les nazis lors des années 30 pour mettre dans le même sac l’opposition politique et les pires préjugés racistes. Dans le même sens, cette formule, met volontiers dans un second plan les liens prouvés entre l’extrême-droite et l’attentat de l’hyper cacher, l’alliance entre l’Arabie Saoudite et l’état français ou encore les relations financières entre l’entreprise Lafarge et Daesh où les implications de l’état français n’ont pas encore été clarifiées.

Malgré ces faits, Jean Michel Blanquer, reprenait encore ce mardi le discours de l’extrême-droite pour répondre au député LFI Alexis Corbière qui lui reprochait le fait d’avoir adopté la ligne du RN. A cela le ministre de l’éducation nationale lui répondait dans ces termes : « Vous n’avez pas le droit d’avoir des complicités intellectuelles avec cela », « si quand on est républicain, on est d’extrême droite, ce que je dis c’est qu’aujourd’hui, vous avez un problème avec la République. »

Cette déferlante islamophobe et la méthode d’accusation de l’ « islamo-gauchisme » a ouvert la voie à l’extrême-droite et à « une chasse aux sorcières » avec la complaisance du gouvernement tel que l’a dénoncé le NPA dans un communiqué. Que ce soit la dégradation de mosquées (à Montélimar, Bordeaux, Béziers…), ou encore l’agression armée à caractère raciste et islamophobe contre des femmes voilées près de la Tour Eiffel. Diverses organisations, personnalités et militants de gauche ont aussi été ciblés : le PCF, LFI ou encore les accusations odieuses proférées contre des journalistes comme Rokhaya Diallo ou Edwy Plenel et les menaces de mort publiques contre des militants politiques du NPA comme Julien Salingue et [Anasse Kazib- >https://www.revolutionpermanente.fr/Anasse-Kazib-menace-de-mort-par-l-extreme-droite-sur-Twitter-lutter-contre-la-deferlante]

Dans ce sens, alors que gouvernement compte bien profiter de cette offensive islamophobe de grande ampleur pour durcir le renforcement répressif pour imposer la casse sociale et les conséquences de la mauvaise gestion de la pandémie, il est plus que nécessaire de refuser toute opération d’« union nationale » qui cherche, en dernière instance, à désarmer le monde du travail et la jeunesse. Il s’agit, pour l’ensemble des organisations politiques et syndicales qui se revendiquent du mouvement social, de dénoncer avec force ce saut répressif qui s’incarne sur plusieurs terrains, des mesures islamophobes aux attaques contre les droits démocratiques.




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