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Politique

Offensive réactionnaire

Islamophobie. Une étudiante harcelée après le tweet d’une journaliste du Figaro l’assimilant au 11 septembre

« 11 septembre » : il y a trois jours, Judith Waintraub, journaliste au Figaro attaquait de façon lapidaire sur Twitter une étudiante voilée, figurant dans une vidéo où elle présente des recettes spécial petits budgets. Depuis l’extrême-droite se déchaîne contre l’étudiante, tandis que la journaliste a reçu le soutien d’une partie de la classe politique et de nombreux journalistes.

lundi 14 septembre

« 11 septembre » : une journaliste du Figaro reçoit un torrent de soutien après sont tweet haineux

« 11 septembre ». Dans un tweet lapidaire, Judith Waintraub assimilait ainsi vendredi dernier une étudiante voilée, connue pour tenir un compte Instagram dédié aux recettes à petit budget, au terrorisme. Une attaque islamophobe qui a largement fait réagir sur le réseau social. De nombreux comptes ont ainsi dénoncé un tweet « abject », « odieux », appelant à le signaler raison de son contenu haineux, tandis que d’autres insultaient, sous le coup de la colère, la journaliste du Figaro.

Si le tweet islamophobe de la journaliste a logiquement suscité des réactions vives, c’est sur celles-ci que journalistes et classe politique ont choisi de centrer leur attention. Isolant un tweet menaçant de mort la journaliste, Judith Waintraub a reçu un un torrent de soutien de la part de figures médiatiques connues pour leurs propos islamophobes, comme Zohra Bitan, Zineb El Rhazoui, Mohamed Sifaoui ou Gilles-William Goldnadel, ainsi que d’une grande partie de la classe politique, de Gérald Darmanin à François-Xavier Bellamy en passant par Xavier Bertrand, Manuel Valls, Aurore Bergé ou Gérard Larcher.

Du côté du Parisien, du Figaro, du HuffPost ou de LCI qui ont couvert l’affaire, c’est une même attitude de solidarité sans faille qu’exprime leur traitement médiatique. Les trois journaux ont en effet choisi de centrer leur attention sur la menace de mort visant Judith Waintraub, sans aucun égard pour le tweet initial décrit comme « polémique » dans un euphémisme scandaleux.

Imane Boun harcelée dans le silence médiatique le plus total

Si Judith Waintraub a pu bénéficier d’un soutien de la classe médiatique et politique large et sans nuance, les rares journalistes souhaitant condamner la menace de mort tout en se désolidarisant d’un tweet raciste ayant été attaqués par l’intéressée elle-même, Imane Boun subit depuis un harcèlement violemment raciste.

Servie sur un plateau à la fachosphère par la journaliste du Figaro et ses soutiens [cf. le tweet de Zohra Bitan plus bas], l’étudiante a en effet reçu des milliers de tweets racistes et xénophobes. Tentant de faire passer l’étudiante pour une « militante de l’islam politique », l’appelant à « retourner » en Algérie, ces attaques d’une violence inouïe l’ont conduit à supprimer son compte Twitter après avoir remercié les milliers d’anonymes et les quelques personnalités l’ayant soutenu.

Face à ces attaques de la part de personnalités détenant parfois des positions de pouvoir importantes, des twittos ont en effet réussi à imposer le #JeSoutiensImane en tendances pour montrer que, face à la classe politique et médiatique, les soutiens existent massivement bien qu’ils ne bénéficient pas de relais politiques comparables. Du côté du gouvernement, seule la Ministre de la Ville, Nadia Hai, a condamné l’offensive contre la jeune femme.

Après les mobilisations anti-racistes, une contre-offensive réactionnaire

Depuis trois mois, la mobilisation anti-raciste qui a mis des dizaines de milliers de jeunes dans les rues contre les violences policières a laissé place à une véritable contre-offensive réactionnaire. L’extrême-droite et le gouvernement ont ainsi profité de l’été pour imposer un débat sécuritaire et raciste autour de l’ « ensauvagement », massivement relayé par les médias. Un débat qui s’accompagne d’un véritable plan de bataille sécuritaire porté par Gérald Darmanin et Marlène Schiappa qui préparent une loi contre « les séparatismes », dont les premières mesures ne font aucun mystère de leur adversaire principal, les musulmans.

Dans ce contexte, le tweet de Judith Waintraub constitue le prémice d’un nouveau déferlement de haine, à l’image de celui qui avait accompagné à la rentrée 2019 le discours d’Emmanuel Macron sur « l’hydre islamiste », culminant dans l’agression d’une mère voilée par un élu RN en plein Conseil Régional et dans l’attentat contre la mosquée de Bayonne..

Face à une telle situation, l’offensive en cours attend toujours une véritable réponse. A l’heure où de nombreux responsables politiques se sont adaptés au discours sécuritaire promu par le gouvernement, il s’agit au contraire d’agir pour construire la mobilisation la plus large possible face à ces attaques. Dans ce cadre, l’ensemble des organisations anti-racistes, de gauche, d’extrême-gauche mais aussi syndicales devraient s’exprimer clairement en soutien à Imane Boun et penser ensemble les modalités d’une réponse à la contre-offensive sécuritaire du gouvernement.




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