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Moyen-Orient

Israël : le nouveau gouvernement d’extrême-droite annonce un saut autoritaire du régime

Ce jeudi, Benyamin Netanyahou a présenté son nouveau gouvernement. La nomination à des postes clés de plusieurs figures de l’extrême-droite israélienne vient confirmer la bonapartisation du régime et annonce déjà une intensification des offensives coloniales contre le peuple palestinien.

Gabriel Ichen

29 décembre 2022

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Crédits photo : AFP

Vainqueur avec le Likoud des dernières élections législatives de novembre dernier à la tête d’une coalition d’extrême-droite, Benyamin Netanyahou a présenté ce jeudi le nouveau gouvernement israélien devant la Knesset (parlement israélien). Comme le laissait présager cette coalition qui lui a permis de retourner aux affaires, Netanyahou a nommé à des postes clés du gouvernement plusieurs figures de l’ultra-droite nationaliste et de l’orthodoxie juive anti-arabe.

Itamar Ben Gvir, raciste anti-palestinien et homophobe notoire, est nommé ministre de la Sécurité nationale. Dirigeant du parti d’extrême-droite Force juive, il avait revendiqué en 2020 le terroriste sioniste Baruch Goldstein, auteur du massacre de vingt-neuf palestiniens en 1995. Désormais à la tête du ministère de la sécurité publique, la police israélienne a été placée sous contrôle direct de son ministère.

Bezalel Smotrich, du parti sioniste religieux, autre sioniste ultra-nationaliste, anti-arabe et homophobe forcené, est nommé aux Finances. Il sera également chargé de gouverner les colonies israéliennes en territoires occupés et aura le contrôle d’une branche de l’armée dans les territoires palestiniens occupés. Dans une tribune publiée dans le Wall Street Journal, où il développe quelques éléments de sa feuille de route en tant que nouveau ministre, Smotrich a d’ores et déjà annoncé vouloir mener une politique ultra-libérale en supprimant le contrôle des prix et en s’attaquant aux syndicats pour réduire leur marge de manœuvre. 

La feuille de route du nouveau gouvernement : renforcement autoritaire, annexion de la Cisjordanie, attaque des droits des LGBTQI…

La feuille de route politique présentée par Netanyahou 24 heures avant la présentation du nouveau gouvernement d’extrême-droite annonce un véritable saut autoritaire et bonapartiste du régime israélien. En effet la nouvelle coalition gouvernementale a fixé parmi ses objectifs centraux, une réforme du système judiciaire longtemps réclamée par l’extrême-droite et prévoit de limiter l’étendue du pouvoir judiciaire en permettant au gouvernement de contourner la Cour suprême pour faire passer ses projets de lois. De quoi reconcentrer davantage les pouvoirs dans les mains de l’exécutif qui n’aura pas à se soucier d’atténuer des projets de loi qui s’annoncent ouvertement réactionnaires : attaques des droits LGBTQI, approfondissement de la colonisation en Cisjordanie, peine de mort pour les auteurs « d’attentats terroristes », stigmatisation et répression renforcées des populations arabes et palestiniennes, etc.

C’est bien le peuple palestinien qui se retrouve en première ligne des attaques que promet ce gouvernement. Plusieurs membres de ce nouveau gouvernement de coalition ont pour objectif commun de vouloir intensifier le processus d’occupation et de colonisation de la Palestine via un projet d’annexion de la Cisjordanie. Un tel projet implique invariablement un sursaut des violences à l’encontre des Palestiniens qui subissent la brutalité de la colonisation israélienne depuis des décennies, comme en témoignent les récents meurtres de six Palestiniens par l’armée israéliennes en octobre dernier. Avec un tel projet c’est aussi le renforcement du racisme anti-arabe et de l’oppression des populations arabes au sein de l’État Israël qui est annoncé.

Mais ce nouveau gouvernement dont les membres sont directement liés aux franges les plus extrémistes de l’orthodoxie juive et du sionisme laisse également entrevoir des offensives contre les minorités LGBTQI+. En effet, outre des figures comme Ben Gvir et Smotrich, Avi Moaz, dirigeant du parti d’extrême-droite Noam dont l’homophobie constitue le cœur du projet politique, a été nommé vice-ministre en charge d’un organe pour « l’identité juive ». Suite aux dernières élections législatives Moaz promettait de mettre en place un programme ouvertement anti-LGBTQI+ en voulant par exemple interdire la Gay Pride en Israël, rétablir les « thérapies de conversion » ou encore interdire les études de genre.

L’entrée de ces figures au sein de l’exécutif israélien vient écorner l’image construite par le régime israélien d’un État pro-LGBTQI+. Cette politique historique d’instrumentalisation de la lutte pour les droits LGBTQI+ a notamment servi à présenter l’État d’Israël comme une enclave « progressiste » au sein d’un Moyen-Orient arabe et musulman dépeint comme « barbare » et homophobe. Cette orientation politique pourrait être partiellement remise en cause par la nouvelle place de l’extrême-droite au sein de l’exécutif.

Seulement partiellement, car plusieurs voix de l’opposition et du régime ont fait entendre leurs « inquiétudes » et leur « mécontentement » suite à l’annonce du nouveau gouvernement. L’ambassadrice d’Israël en France, Yael German, a par exemple présenté sa démission pour s’opposer au nouveau gouvernement. Dans une lettre ouverte adressée à Netanyahou, 78 juges à la retraite ont évoqué leurs inquiétudes concernant la politique annoncée du nouveau gouvernement. Le ministre de la défense sortant et figure du régime Benny Gantz a également tenu à mettre en garde sur d’éventuels actes « irresponsables » en évoquant par exemple une potentielle visite de Ben Gvir sur l’esplanade des mosquées, lieu sacré sujet au statu quo.

C’est aussi dans la rue qu’a commencé à se faire entendre l’opposition au nouveau gouvernement, le jour même de sa nomination. Plusieurs centaines de personnes ont ainsi manifesté devant la Knesset avec notamment des drapeaux LGBT.

Pour autant, le nouveau gouvernement d’extrême-droite en place a cherché à rassurer en montrant quelques signes de « normalisation » face à ces inquiétudes d’une partie du régime. La nomination du député homosexuel Amir Ohana comme président de la Knesset par Netanyahou en est un exemple. Ben Gvir a d’ailleurs parlé de son amitié avec Ohana et Avi Moaz a affirmé qu’il se prononçait pour la nomination d’Amir Ohana comme président de la Knesset.

L’accession au pouvoir de l’extrême-droite en Israël marque donc une étape dans la radicalisation du régime israélien qui court depuis plusieurs années. Face au renforcement autoritaire et réactionnaire annoncé, il est clair que seule la mobilisation du peuple palestinien en alliance avec la classe ouvrière israélienne pourra faire reculer un État qui s’attaquera toujours plus au peuple palestinien mais aussi aux franges opprimées de la population israélienne.


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