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Notre classe

Inflation, instabilité, grèves

« L’inflation remet la question de la lutte des classes au centre » : retour sur l’émission de RP

Face aux poussées inflationnistes, la vie chère et dans le contexte de la multiplication de grèves ouvrières sur les salaires : quelle stratégie pour repartir à l’offensive ? Révolution Permanente a réuni ce jeudi Anasse Kazib, Laura Varlet, Gaëtan Gracia, Romaric Godin et Nordine Kebbache pour une émission qui revient sur la nécessité de construire un plan de bataille face aux attaques à venir et faire en sorte que ce ne soit pas aux travailleurs de payer la crise.

vendredi 1er juillet

Ce jeudi soir, Révolution Permanente diffusait une émission « Inflation, instabilité politique et grèves ouvrières : quelle stratégie face à la crise ? ». Anasse Kazib, militant Révolution Permanente, cheminot et ex-candidat aux présidentielles, Laura Varlet, cheminote et militante à Révolution Permanente et Du Pain et des Roses, Gaétan Gracia, ouvrier dans l’aéronautique, militant CGT et Révolution Permanente, Nordine Kebbache, militant à Révolution Permanente, ouvrier dans le transport aérien et acteur de la grève intersectorielle en cours à Roissy ainsi que Romaric Gardin, économiste et journaliste à Médiapart, sont revenus sur les enjeux de la séquence à venir : entre promesses de nouvelles attaques antisociales et retour de la lutte des classes.

Où va l’inflation et quelles conséquences pour les classes populaires ?

La soirée s’ouvre par une introduction de Anasse Kazib. « Nous allons discuter ensemble de ce tableau noir ouvert par l’inflation et la guerre en Ukraine, mais aussi de la situation politique à l’assemblée, de la déroute de la macronie et de la poussée de l’extrême droite. La question qu’on va se poser c’est de savoir comment on analyse la situation mais surtout de savoir comment on y fait face ».

Romaric Godin dans cette perspective revient sur l’origine de la poussée inflationniste actuelle. « La question de l’inflation prend directement sa source dans les politiques économiques mises en place depuis plus de 30 ans par les classes dominantes. Pendant trop longtemps la production a été désorganisée, les chaines étirées au maximum pour préserver les profits de quelques-uns. La Covid est venue mettre un coup de pied dans la fourmilière. L’offre productive n’a pas su s’adapter à la demande. Le déclenchement de la guerre en Ukraine, fin février, a fait office de deuxième coup de semonce, accouchant d’une augmentation du prix de certaines matières premières ».

De quoi rendre la situation intenable pour un grand nombre de travailleurs et de travailleuses. « Dans nos boîtes et sur nos lieux de travail, les collègues sont déjà très nombreux à souffrir de la situation. Le 15 du mois la plupart sont déjà dans le rouge. La question qui se pose c’est de savoir comment les capitalistes vont chercher à nous faire payer la crise. » explique Laura Varlet. Et Gaétan Garcia de poursuivre : « Il est important de ne pas accepter le discours des classes dominantes qui nous présentent l’inflation comme un phénomène naturel. Les capitalistes profitent de la situation pour augmenter les prix et faire des profits. Il y a des profiteurs de crise. A Total, par exemple, l’année 2022 a été celle de tous les records en termes de bénéfices ».

Colère à la base. Vers un retour de la lutte des classes ?

Si la situation et la crainte des fins de mois difficiles a de quoi inquiéter bon nombre de secteurs des classes populaires, l’enjeu brûlant de l’inflation pourrait provoquer quelques sueurs froides du côté des classes dominantes. « La crise sanitaire a mis un coup d’arrêt à l’ébullition de la lutte des classes depuis 2016 mais la période qui s’ouvre pourrait marquer un retour de la conflictualité sociale » lance Anasse Kazib. Gaétan Gracia abonde : « Il y a un phénomène important dans notre classe qui passe sous les radars médiatiques. Ces derniers mois un certain nombre de grèves et notamment dans des secteurs peu habitués à la contestation sociale se sont déclenchées à Décathlon, Sephora, Thalès, à la RATP et à la Sncf, ou encore à Chronodrive, à Amazon et à l’hôpital et j’en passe ».

A Roissy, le 9 juin dernier une grève historique a réuni l’ensemble des travailleurs de l’aéroport autour du même mot d’ordre d’augmentation de 300 euros pour tous. Un appel à la reconductible est lancé à partir du 1er janvier. Nordine, travailleur sur le site, commente : « Ces dernières semaines on observe un changement de subjectivité. Les salariés commencent à prendre conscience de leur force et que l’obtention de nos réclamations ne pourra se faire que par la lutte. Depuis des semaines on travaille à l’unité des travailleurs de Roissy pour contrer les patrons qui essaient de négocier boite par boite, NAO par NAO. On s’est préparés à leurs tentatives de nous diviser, alors on essaye de multiplier les assemblées générales et dans le plus d’entreprises possibles ». Pour Laura ce qui se passe à Roissy est crucial et symptomatique des prémisses d’un possible changement dans la construction du rapport de force face au patronat :« C’est une grève historique. Les salariés donneurs d’ordre réclament la même chose pour tous les sous-traitants. C’est quelque chose de très important, c’est un jalon essentiel dans la conscience des travailleurs pour briser la division imposée par le patronat. A Total, on a observé la même chose sur une journée le 24, c’est quelque chose qu’il faut généraliser. ».

L’ensemble des intervenants se rejoignent sur un point. Après la crise sanitaire qui a remis au centre la classe ouvrière et son rôle -en première ligne- dans la société, l’inflation et la question des salaires pourraient attiser ce phénomène. Romaric Godin analyse : « Pendant des années on a voulu nous faire croire que les augmentations de salaires étaient à l’origine de la hausse des prix et étaient contrindiquées dans l’intérêt même des travailleurs. Tout cela est fini. La situation remet en jeu la question de la lutte des classes au centre. Les salaires ne suivent pas et cela génère des mobilisations au niveau des entreprises. C’est finalement quelque chose d’assez basique mais que certains semblent redécouvrir avec l’inflation. »

Anasse Kazib conclue : « On note un certain nombre de grèves et l’irruption de phénomènes intéressants mais cela n’est pas suffisant pour déstabiliser Emmanuel Macron et les patrons pour imposer de nouveaux acquis sociaux. Dans le contexte actuel, l y a quelque chose qui frappe, c’est la question des directions syndicales dont l’absence de plan de bataille est marquante. »

Quelle stratégie pour repartir à l’offensive ?

Laura Varlet enchaîne : « L’enjeu est de voir comment on arrive à devenir une alternative à ces directions syndicales qui défendent le dialogue syndical ou des grèves de pression. Quels moyens mettent les grandes confédérations syndicales pour généraliser la grève ? Combien d’euros dans les caisses de grève à Roissy et ailleurs ? C’est toujours la même salade. Il faut qu’on se pose le problème sérieusement, en se posant la question de la coordination et du lien éminemment politique des différentes grèves pour les salaires ». Nordine poursuit : « Les salariés ont besoin de syndicats crédibles, ont soif de victoires. On a besoin d’un vrai plan de bataille, pas de manif merguez. A Roissy on fait des assemblées générales, ce sont les salariés qui nous donnent le tempo. C’est comme cela qu’on apprend à se battre collectivement et c’est comme cela que ça doit être partout ».

Pour Gaétan, la crise politique et la fragilisation du régime constituent une opportunité pour le mouvement de masse. Celle de construire une politique alternative, basée sur le rapport de force plutôt que sur la conciliation, sur la lutte des classes, dans la rue et les entreprises plutôt que les négociations dans l’hémicycle ou les couloirs feutrés de l’Assemblée nationale. « On ne veut pas être une force d’appoint aux gouvernements de gauche. On ne veut pas mettre notre confiance dans l’attente du salut institutionnel, entre les mains de ceux qui veulent décider à notre place, et qui bien souvent nous ont trahi ». Reste à savoir comment se préparer face à la violence qui se prépare en face du côté des classes dominantes. Pour Gaétan il faut prendre exemple sur ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique. « On ne peut faire que des hypothèses pour les mois et années à venir : sur la teneur de l’inflation, etc. mais aussi sur la réponse de notre classe. Le cas des Etats Unis est éclairant : une nouvelle génération militante a fait ses premières armes pendant BLM et c’est aujourd’hui la même génération qui prend part à la lutte pour la syndicalisation à Amazon et ailleurs. Le cheminement de cette génération ouvrière qui a pris conscience de son rôle dans le capitalisme, de la nécessité de la lutte contre le racisme et aujourd’hui se mobilise contre les attaques réactionnaires sur le droit à l’avortement il faut le prendre en compte. L’unité se fera à ce prix ».

Une perspective qui pour le militant révolutionnaire doit être liée à des enjeux programmatiques et à des perspectives à même de donner envie de se battre. « Il y a bien évidement la question des salaires et de nos revendications sur ce terrain mais face à la crise systémique, il nous faut un programme radical. Face aux profiteurs de crise on doit poser la question de la propriété de leurs entreprises, de l’expropriation. Voilà l’enjeu, se préparer à des luttes de classes, on ne sait pas encore lesquelles, mais avec un programme qui s’attaque aux racines du capitalisme ».



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