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Politique

Nouvelle tactique électorale du RN

Les européennes se muent en présidentielles : le RN joue la carte du « vote utile » contre Macron

À son meeting du 1er mai, Le RN cherche à profiter de la crise du gouvernement pour transformer l’épineuse thématique européenne, en campagne « présidentielle » anti Macron…

jeudi 2 mai

Photo : JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

La réponse de la bergère au berger : Le Pen appelle à « battre Macron » 

Marine Le Pen a choisi de faire de son traditionnel meeting du 1er mai le temps fort de sa campagne en vue des élections européennes du 26 mai prochain. Profitant de la situation de crise qui a agité le pays en ce jour de manifestations sous haute tension, elle s’est appliquée à transformer cette échéance électorale toute proche en un bras de fer, façon présidentielles, entre Macron et elle. Selon son propre terme, elle veut faire de ces élections une « réplique » des présidentielles de 2017.

Dès lors, elle « met le paquet » pour faire de Macron le repoussoir qui jetterait l’électorat dans ses bras. Et il faut avouer que Macron a été le premier à lui fournir des arguments « populistes » en or. On a notamment pu constater l’importance qu’ il a donnée aux questions migratoires et « identitaires » lors de sa conférence de presse, qui sont pourtant absentes des revendications des Gilets Jaunes, pour mieux éviter les questions sociales et la remise en question des institutions réactionnaires de la Vème république.

L’attaque est à la hauteur de l’intention : prônant « la révolution par les urnes », elle lance un réquisitoire incendiaire contre le chef de l’exécutif qu’elle traite, comme le souligne Ouest France de « locataire barricadé à l’Elysée » en « fin de règne » et qu’elle qualifie d’« incompétent » en « déconnexion humaine » avec « la saine révolte populaire des “gilets jaunes” »« Le premier responsable de la situation, c’est lui ! » accuse-t-elle, sous les « Macron démission » de la salle .

Porté par cette nouvelle tactique, le candidat tête de liste du RN, Jordan Bardella développe : « Si la liste portée par Emmanuel Macron arrive en tête le 26 mai, le chef de l’État le percevra comme un blanc-seing donné à sa politique et le rouleau compresseur social et fiscal s’accélérera. ». Pression fiscale, fermeture des services publics, insécurité… taxes devenues insupportables… il déroule et enchaîne les thèmes plus ou moins éloignés de l’Europe qu’il pense servir sa tactique, en réservant, cependant, une place de choix à ce qui fait la marque de fabrique du FN, l’hostilité déclarée aux migrants.

Une stratégie qui ne manque pas de perspicacité

Et effectivement, même si le contexte a profondément changé, le panorama des formations politiques et de leurs poids respectifs reste relativement constant. On est toujours face à une crise organique profonde qui touche les partis traditionnels de gauche et de droite, et une France Insoumise qui ne parvient pas à percer. Dès lors, le scénario qui, sur fond de forte abstention, a amené Macron au pouvoir par défaut, et en grande partie grâce au « vote utile » contre Marine Le Pen, reste ouvert. Toutefois, la crise politique profonde, provoquée par un puissant et durable mouvement social et la manière dont Macron ne trouve jusqu’ici aucune autre issue qu’une démentielle surenchère dans la répression, peut faire basculer le scénario en défaveur du président. Un sondage d’Opinion Way diffusé ce jeudi donne d’ailleurs une avance au RN avec 24% des voix, contre 21% à LREM tandis que la plupart des sondages les donnent au coude à coude.

Une gauche au plus faible. Quelle alternative à la polarisation LREM-RN

Il ne fait de doute pour personne que la signification politique du scrutin se jugera en grande mesure au rapport des forces entre l’actuelle majorité présidentielle et un RN qui pourrait se targuer d’être la première formation politique de France, cette place fût-elle acquise à l’occasion d’une élection européenne.

Cependant, les très forts chiffres d’intentions d’abstention lors de cette élection rappellent à quel point Le Pen n’est forte que de la faiblesse de la gauche, qui peine à convaincre et à exprimer la colère ouvrière et populaire. Pour Laurence Rossignol, sénatrice socialiste, Mélenchon n’arrive pas à capitaliser sur la radicalisation en cours, qui se fait pourtant « à gauche » car : « Quoi qu’il fasse, il fait partie d’un système rejeté. Et il a beau mettre du charbon dans le moteur antiparlementaire, antimédia et anti-oligarchie, jamais il ne pourra aller assez loin pour piloter la machine vu qu’il reste républicain ». Cette opposition, qui reste adaptée au cadre institutionnel, et qui fait de nombreuses concessions au nationalisme ambiant au travers du « souverainisme de gauche », ne saurait être une alternative sérieuse à la polarisation RN-LREM.

Au moment où le mouvement des gilets jaunes est en train de questionner les institutions de la Ve République, de parler de révolution ou encore d’éviter de tomber dans le piège du débat sur l’immigration, il serait nécessaire que cette colère se saisisse d’un projet révolutionnaire, internationaliste, de défense des intérêts des exploités. Lutte Ouvrière, soutenue par le NPA, présente la seule liste qui défend sans ambiguïté une candidature indépendante des institutions, représentante des intérêts des salariés, clairement anticapitaliste et pour l’unité des exploités de tous les pays d’Europe.




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