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Politique

La gauche institutionnelle abandonne face au racisme

Loi séparatisme : débâcle du PCF et de la gauche au Sénat face à l’offensive islamophobe

Ce lundi le Sénat votait une version toujours plus raciste et islamophobe du projet de loi sur le « séparatisme ». S’abstenant ou votant pour certains amendements, les parlementaires PCF auront participé au durcissement de ce texte déjà extrêmement réactionnaire.

mardi 13 avril

Photo : AFP

Interdiction du port du voile pour les mères accompagnant des sorties scolaires, interdiction des burkinis dans les piscines publiques, interdiction des drapeaux étrangers lors des mariages, dissolution des associations organisant des réunions en non-mixité, interdiction des prières à l’université… Le Sénat s’est adonné aux votes d’un florilège d’amendements racistes et islamophobes pour durcir la texte de la loi « séparatisme », avec la complicité d’une bonne partie des sénateurs de gauche.

Une nouvelle fois, la gauche institutionnelle a montré la plus grave inconséquence à l’heure de lutter contre l’offensive raciste, répressive et autoritaire du gouvernement. Cette fois-ci, ce sont des sénateurs du PS et du PCF qui, en s’abstenant ou en votant pour une bonne partie des amendements qui durcissent le projet de loi islamophobe sur le séparatisme, cautionnent les attaques racistes du gouvernement, de la droite et de l’extrême-droite.

Bien que le groupe des sénateurs PCF au Sénat a voté contre le texte lors du vote final, une partie des sénateurs PCF aura participé à faire passer parmi les amendements les plus réactionnaires proposés par la majorité de droite du Sénat. C’est notamment le cas de l’amendement « Unef », qui permet à l’État de dissoudre les associations qui « interdisent à une personne ou un groupe de personnes à raison de leur couleur, leur origine ou leur appartenance ou non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée de participer à une réunion ». En bref, une offensive énorme contre la liberté de s’organiser qui répond aux attaques de la droite, de l’extrême-droite et du gouvernement contre l’Unef. Une attaque qui vise plus largement le mouvement antiraciste et le mouvement étudiant, en allant jusqu’au mouvement ouvrier et toutes celles et ceux qui osent dénoncer le racisme d’État et l’islamophobie.

La sénatrice PCF Céline Brulin a ainsi voté pour l’amendement, en argumentant contre la non-mixité au prétexte que « le racisme on le combat tous ensemble ». Marie-Noëlle Lienemann ex-PS rattaché au groupe communiste au Sénat, a également voté pour l’amendement en arguant du fait qu’apparemment « personne ne peut voter contre un amendement comme ça »… A moins d’être conséquent dans la lutte contre l’islamophobie et le racisme ! Le sénateur PCF Pascal Savoldelli quant à lui aurait bien aimé pouvoir voter l’amendement liberticide et réactionnaire, mais il a dû s’abstenir à cause de la présence du mot « race » dans le texte en expliquant que « pour moi, il n’y a pas de place dans la République pour la race. Si vous enlevez cette référence à la race je voterai cet amendement. Si ce n’est pas enlevé, je ne le voterai pas ».

Du côté du PS (même s’il n’y avait pas grand-chose à espérer) l’amendement a été adopté par l’ensemble du groupe PS présidé par Patrice Kanner, ancien ministre de Valls et Hollande qui a osé préciser avec la plus grande hypocrisie, que le groupe socialiste a voté l’amendement tout en n’étant « pas d’accord avec l’exposé des motifs ».

La gauche institutionnelle et les parlementaires du PCF semble donc bien avoir abandonné la lutte résolue contre le racisme entretenu par le gouvernement et ses lois islamophobes et liberticides qui touchent de plein fouet les musulmans et toutes celles et ceux qui osent se positionner contre cette offensive nauséabonde. En effet ce fût le cas déjà lors du vote de la loi séparatisme à l’assemblée nationale où une majorité de députés PCF – Fabien Roussel et Marie-George Buffet en tête - s’étaient abstenus au moment de s’opposer au texte.

Au moment de la cabale lancée contre l’Unef et l’organisation de réunions non-mixtes, le PCF a été dans le sens de l’offensive réactionnaire du gouvernement et de la droite en préférant prendre position contre l’organisation de ces réunions plutôt que de se positionner sans concession contre ces attaques.

La direction du parti, qui n’a aujourd’hui de communiste que le nom, marche ainsi dans le sens du courant réactionnaire alimenté par la macronie qui cherche à gratter le terrain de Marine Le Pen en vue de 2022, en reprenant à leur compte les attaques islamophobes contre le mouvement antiraciste et le mouvement étudiant.

Face à cette inconséquence grave des dirigeants du PCF et de la gauche institutionnelle, il est urgent que les organisations du mouvement ouvrier, de la jeunesse ainsi que les comités des quartiers populaires qui luttent contre les violences policières et contre le racisme d’État , fassent front et se mobilisent dans la rue pour construire un rapport de force qui pourra stopper le gouvernement et imposer le retrait de toutes les lois liberticides et racistes.




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