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Maltraitance des résidents, sous-effectif : les salariés de l’EHPAD Korian en grève à Sarcelles

Depuis ce mardi les salariés de l'EHPAD Korian Les Merlettes à Sarcelles se sont mis en grève pour demander plus de moyens. En première ligne face au Covid-19, ils dénoncent le sous-effectif et « la maltraitance institutionnelle » des résidents. Interview de Cynthia Mouyombo, aide-soignante depuis 26 ans dans cet EHPAD et déléguée CGT.

mercredi 31 mars

Les salariés de l’EHPAD Korian Les Merlettes tiennent un piquet de grève tous les jours jusqu’à vendredi cette semaine devant leur établissement : 206 Avenue de la Division Leclerc à Sarcelles. Soutenez- les !

Révolution Permanente : Qu’est-ce qui vous a poussé à faire grève ?

Cynthia Mouyombo : Ces derniers mois les collègues qui sont en arrêt maladie ou en congés maternité ne sont pas remplacés, ou seulement à mi-temps. Il y a deux semaines, les infirmiers se sont retrouvés à deux pour 156 résidents pendant plus de quatre heures ! En cuisine pareil, il manquait trois salariés. Une était malade et les deux autres étaient en arrêt enfants malades, et la direction n’a pas voulu remplacer. Tous les jours il y a des absences qui ne sont pas remplacées parce que la direction estime que le taux d’occupation n’est pas atteint et qu’on peut travailler en sous-effectif. Donc on a dit « ça suffit ! », on veut que les absents soient remplacés à 100% et on est partis en grève.

RP : Quel est l’impact de la crise sanitaire et de la politique du chiffre sur vos conditions de travail ?

Cynthia Mouyombo : On est très fatigués parce que l’année dernière on a eu une trentaine de résidents décédés du Covid-19, et depuis plus de 60% des salariés ont été contaminés et ça continue. La semaine dernière on a encore eu deux collègues qui l’ont attrapé et qui étaient asymptomatiques. Au quotidien on est cinq par étages de 50 résidents ainsi qu’un infirmier. Les équipes sont épuisées, il faut qu’on porte le masque tout le temps, les surblouses, la charlotte, tout désinfecter... Quand les familles viennent visiter les résidents on doit les descendre puis les remonter... Même si on sait que c’est important au quotidien ça crée une grosse fatigue.

Et puis on a eu un turn-over de salariés, certains sont partis à la retraite, d’autres ne sont pas bien formés notamment les remplaçants parce que la direction préfère prendre des auxiliaires de vie (non-diplômés) plutôt que des aides-soignants pour économiser. On estime que le groupe Korian va très bien (3,6 milliards de chiffre d’affaires en 2019), ils veulent racheter des maisons de retraites, mais une aide-soignante touche 1.800€ bruts par mois (1.400€ nets) et ils nous maintiennent en sous-effectif. En plus il faut savoir que la CGT Korian subit de la discrimination syndicale. Dans un reportage sur France 3, notre délégué central Albert Papadacci a dénoncé ce qui se passait dans les EHPAD, le manque de matériel et de moyens, et la direction a osé l’attaquer en justice pour diffamation.

Autre chose, vers janvier lorsque l’établissement n’était pas rempli, la direction a pris des résidents jeunes avec des gros problèmes psychiatriques. Il y avait une personne violente qui frappait les autres résidents, les médecins ont même dû augmenter son traitement. Ça nous a épuisé car on n’était pas formé pour ça. Ça a été une lutte pour que la direction les envoie ailleurs. Ils font rentrer n’importe qui tout ça pour remplir leur taux d’occupation.

RP : Quelles sont les conséquences sur les résidents ?

Cynthia Mouyombo : Ça relève de la maltraitance institutionnel parce qu’on a pas le temps d’accorder du temps aux résidents. Normalement un soignant a entre huit et douze toilettes à faire, mais quand on est en sous-effectifs ça va au moins jusqu’à quinze toilettes. Donc on fait du travail à la chaîne. On essaye de discuter quand même avec eux mais on n’a pas beaucoup de temps. Comme les pauses sont en décalés et que les nouveaux n’ont pas de RTT, ils doivent partir en pause et les collègues se retrouvent seuls. Il y en a même qui sont obligés parfois de ne pas donner le dessert à un résident car il faut qu’il aille en faire manger un autre. Le soir on court pour faire manger les résidents parce que 50% des soignants partent à 19h15. Après manger il faut les coucher, les changer... C’est la course. La nuit on est cinq pour plus 150 résidents et il n’y a pas d’infirmier. Même si ça fait des années qu’on se bat pour avoir des postes en plus.

RP : Où en est le mouvement ?

Cynthia Mouyombo : Le mouvement a été suivi à 80% sur un total de 90 salariés (en comptant l’encadrement et la cuisine), soit une cinquantaine sur le piquet. L’idée c’est de faire grève une heure de midi à 13h et de tenir le piquet sur le temps de pause jusqu’à 15h30, pour éviter que les salariés perdent trop d’argent et se retrouvent en difficulté car il y a beaucoup de femmes seules par exemple. On a mis une petite boîte pour que les passants puissent nous soutenir en donnant dans la caisse de grève.

La direction de l’établissement est venue nous rencontrer, mais on leur a dit que puisque ce ne sont pas eux qui prennent les décisions, nous on veut voir le responsable des ressources humaines et la directrice régionale. Ce mercredi on doit avoir une réunion avec notre directrice pour savoir quand est-ce qu’on pourra les rencontrer.

RP : Que penses-tu du Ségur de la santé ? Les choses ont-elles changé depuis ?

J’avais manifesté à l’époque mais on ne s’était pas tous mis en grève. Je pense que la lutte a payé parce qu’on a eu des augmentations, mais le problème c’est c’est repris autre part : certains n’ont plus d’APL par exemple, c’est tout un système.




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